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Hinkley Point : pourquoi Londres fait traîner le projet nucléaire d'EDF

Une modélisation du futur site d'Hinkley Point C, le projet de deux réacteurs nucléaires qu'EDF doit construire dans le sud de l'Angleterre.
Une modélisation du futur site d'Hinkley Point C, le projet de deux réacteurs nucléaires qu'EDF doit construire dans le sud de l'Angleterre. AFP/EDF Energy

À la surprise générale, Londres a décidé de suspendre sa décision sur le chantier nucléaire d’Hinkley Point. Une mauvaise nouvelle pour EDF due au nouveau contexte politique et économique après le vote sur la sortie de l'UE du Royaume-Uni.

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Pris de court. EDF qui venait tout juste de donner, jeudi 28 juillet, le très attendu feu vert à son mégaprojet à 21,4 milliards d’euros pour construire deux réacteurs nucléaires de dernière génération EPR à Hinkley Point dans le sud de l’Angleterre, ne s’attendait pas au moratoire posé dans la foulée par le nouveau gouvernement britannique.

Londres va se pencher “attentivement sur ce projet et rendra sa décision au début de l’automne”, a indiqué Greg Clark, le ministre britannique des Affaires économiques et de l’Énergie.

Le Brexit est passé par là

Ce nouveau retard pour un projet dans les tuyaux depuis 2007 a forcé la direction du géant français de l’électricité à annuler en catastrophe la conférence de presse célébrant le début du chantier et la signature des contrats qui devait avoir lieu ce vendredi. “Les tentes étaient encore en place, mais les VIP ne viendront pas”, a commenté Simon Jack, l’envoyé spécial de la BBC à Hinkley Point.

Le PDG d’EDF, Jean-Bernard Levy, croyait pourtant avoir fait le plus dur pour mettre en branle un chantier qui lui tient à cœur et qu’il qualifie de “stratégique pour l’avenir de la filiale nucléaire française”. Il avait obtenu l’accord du conseil d’administration malgré les réticences des syndicats, la démission de deux responsables du groupe (le directeur financier et un administrateur) opposés au projet, et s’était assuré le soutien de l’État, actionnaire majoritaire d’EDF.

Mais le Brexit est passé par là. Le gouvernement mis en place par la Premier ministre Teresa May, après le vote en faveur d’une sortie de la Grande-Bretagne de l’Union européenne (UE) est plus réticent que le précédent sur le projet Hinkley Point.

Peur de la Chine

La raison la plus évidente est financière. Certes, la construction des deux EPR ne devrait pas coûter un centime à la Grande-Bretagne puisque l’intégralité est prise en charge par EDF (66 %) et son partenaire chinois China General Nuclear Power Corporation (CGN). Mais l’addition devrait être salée pour Londres une fois les deux réacteurs mis en route, théoriquement en 2025.

En effet, lors des négociations en 2008 pour allouer le contrat de construction à EDF, le gouvernement britannique avait garanti au groupe français un prix de 92,50 livres sterling (109 euros) par unité d’électricité, proche de celui du marché. Mais le coût de l’électricité a chuté depuis et Londres va devoir payer de sa poche la différence si cette tendance se confirme, ce qui a des chances de se produire avec le développement des énergies renouvelables. L’Office national britannique de l’audit (NAO) est parvenu à la même conclusion et a chiffré, début juillet, le coût pour le Trésor public – et par conséquent pour le contribuable – à 30 milliards de livres sterling (35 milliards d’euros).

Pour le gouvernement de Teresa May, le problème n’est pas seulement financier, mais sécuritaire. La nouvelle équipe au pouvoir se méfie de la participation d’un acteur chinois à ce projet. L’actuel chef de cabinet de Teresa May, Nick Timothy, a par le passé soupçonné ouvertement Pékin de vouloir profiter de Hinkley Point pour “introduire des faiblesses dans le système informatique [de la centrale] qui permettrait de couper la production d’énergie britannique”. En renvoyant du gouvernement l’ancien chancelier de l’échiquier (ministre des Finances) George Osborne, très favorable aux relations commerciales avec la Chine, Teresa May a aussi voulu rompre avec la politique accommodante de la précédente équipe au pouvoir envers la première puissance asiatique, souligne le Financial Times.

Hinkley Point en otage ?

Cette décision inattendue de faire traîner le début du chantier pourrait aussi être une tactique de Londres dans le contexte des négociations sur le Brexit. “Theresa May peut-elle utiliser Hinkley Point comme moyen de pression sur Hollande ?”, se demande Anne-Sylvaine Chassany, correspondante du Financial Times à Paris sur Twitter. Le gouvernement français veut voir Hinkley Point se concrétiser et sait que tout retard risque d’alourdir un prix à payer très élevée pour EDF. Voire trop pour certains, dont le directeur financier démissionnaire Thomas Piquemal. Londres espère peut-être que Paris se montre plus ouvert aux propositions britanniques sur l’avenir de ses relations économiques avec l’UE pour s’assurer que le dossier de Hinkley Point se concrétise au plus vite.

Mais jouer la montre peut aussi se retourner contre le Royaume-Uni. L’île va avoir besoin de nouvelles sources d’électricité à partir de 2025, date à la quelle le pays va fermer toutes les centrales à charbon et ses réacteurs nucléaires les plus anciens. Les deux EPR de Hinkley Point doivent prendre le relais et assurer 7 % de l’ensemble de l’électricité sur le sol britannique.

Downing Street n’a donc pas intérêt à laisser trop longtemps ce projet en suspens… à moins d’avoir un plan B. Se reposer sur les énergies renouvelables ne serait pas possible, car “il est fort peu probable de mobiliser suffisamment de sources d’énergie à temps”, note The Guardian. La seule option, d’après la BBC, serait de construire des nouvelles centrales au gaz beaucoup plus polluantes que les EPR, ce qui signifierait que la Grande-Bretagne tire un trait sur les engagements pris lors de la COP21.

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