FRANCE

Le CFCM et l’État ressuscitent la "fondation de l’islam de France"

Bernard Cazneuve, entouré d'Abdallah Zekri, président de l'Observatoire des actes islamophobes du CFCM et d'Anouar Kbibech, président du CFCM.
Bernard Cazneuve, entouré d'Abdallah Zekri, président de l'Observatoire des actes islamophobes du CFCM et d'Anouar Kbibech, président du CFCM. Jacques Demarthon, AFP

Le président du Conseil français du culte musulman et le ministre de l'Intérieur ont annoncé, lundi, la création d'une "fondation de l'islam de France", destinée à clarifier ses financements, souvent jugés peu transparents.

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Après l’échec de la fondation des œuvres de l’islam, créé en 2005, l’instance chargée du financement de la deuxième religion en France renaît de ses cendres. Anouar Kbibech, le président du Conseil français du culte musulman (CFCM), a annoncé, lundi 1er août, la création d’une nouvelle "fondation de l'islam de France", à l’issue d’une rencontre avec le ministre de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve.

>> À lire sur France 24 : Peut-on se passer du financement étranger des mosquées comme le souhaiterait Valls ?

L’instance, qui fonctionnera de pair avec une association culturelle, est destinée à soutenir financièrement l’islam de France et clarifier son financement souvent critiqué pour son manque de traçabilité. "Cette fondation vivra des dons de mécènes et de particuliers, comme n’importe quelle fondation déclarée d’utilité publique avec des comptes certifiés pour garantir une complète transparence des sources de financements", assure Anouar Kbibech à France 24.

Le financement étranger en question

L’annonce intervient moins d'une semaine après l'assassinat du prêtre Jacques Hamel à Saint-Étienne-du-Rouvray (Seine-Maritime), à l’issue duquel Manuel Valls avait appelé à "bâtir un véritable pacte" avec la deuxième religion de France, à travers une "fondation pour l’islam de France", dans les colonnes du JDD paru dimanche 28 juillet.

Après les attentats de Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher de la porte de Vincennes, le Premier ministre avait même appelé à interdire des "financements d’un certain nombre de pays étrangers pour la construction des mosquées" en France.

Il n’est pourtant pas question pour la fondation de se priver de cette manne étrangère. "Nous ne fermons pas la porte aux mécénats étrangers, qui peuvent venir d’entreprises ou de personnalités ou de fonds publics, dès lors que les sources de financement sont claires", prévient Anouar Kbibech. En réalité, très peu de mosquées ou salles de prières sont financées par des fonds étrangers. La quasi-totalité des lieux de cultes musulmans de l’Hexagone sont financés par des fidèles français", précise le président.

"Une mauvaise idée"

Il ne serait pas non plus question que la fondation se prive des aides de l’État français. Bien que la loi de 1905 sur la séparation des Églises et de l’État interdise tout financement public de culte, des aides publiques pourraient être allouées à l’association culturelle rattachée à la fondation pour soutenir la recherche universitaire à travers le financement de thèses pour une meilleure connaissance de l'islam en France, de bourses pour les imams et aumôniers candidats aux 13 diplômes universitaires de formation "profane". Pas question que la fondation ait cependant recours à des fonds publics pour construire des mosquées ou assurer la rémunération des imams.

À gauche, comme à droite, la question des fonds publics fait grincer des dents. Alexis Corbière, porte-parole de Jean-Luc Mélenchon, candidat de "La France insoumise" à la présidentielle, est monté au créneau sur RMC contre la piste d'un financement public. "Je ne suis pas d'accord avec l'angle, pris notamment par le Premier ministre Manuel Valls, qui vise en quelque sorte à remettre en cause la loi du 9 décembre 1905, car quand on lit entre les lignes, [...] il s'agirait d'avancer vers un financement public du culte. Ce sont les fidèles qui doivent financer le culte, quel que soit le culte."

Même réaction indignée à droite du député juppéiste, Benoist Apparu (LR). "J'entends qu'il puisse y avoir la nécessité de se dire qu'un financement public permettrait de régler un certain nombre de choses [...]. En même temps dans la situation financière dans laquelle est la France [...], ça me paraît une mauvaise idée."

Halal et hajj mis en renfort

Mauvaises ou bonnes idées, les propositions ne manquent pas au sein des fédérations musulmanes pour trouver d’autres sources de financement, afin de réunir les cinq ou six millions d’euros nécessaires au fonctionnement de la fondation. Le président du CFCM espère ainsi lancer prochainement une "redevance sur le halal", qui ne serait pas une taxe perçue par l'État - la législation ne le permet pas - mais une contribution pour service rendu perçue par les instances musulmanes, à partir d'un secteur d'activité évalué à plus de 5 milliards d'euros par an.

Le CFCM étudie également d’autres pistes : une redevance sur le grand pèlerinage à La Mecque, le hajj. "Il y a à peu près 30 000 pèlerins venant de France chaque année, dont les coûts de voyage vont de 4 000 à 9 000 euros. Le fait de rajouter 10 ou 20 euros par séjour comme contribution au financement du culte devrait être indolore pour les pèlerins, transparent pour les agences et les opérateurs du pèlerinage, et permettre au CFCM et au culte musulman d'avoir les moyens de leur fonctionnement", a estimé Anouar Kbibech à l’AFP.

Reste la question du mode de fonctionnement de la fondation. Cette dernière devrait être composée d’un conseil d’administration composé de membres du CFCM, de responsables religieux mais pas seulement. Des chercheurs, intellectuels, des représentants du secteur privé ou de la société civile complèteront la gouvernance de l’instance musulmane.

Du côté de la place Beauvau, on annonce d’ores et déjà que le cadre juridique de la structure a été posé. On se risque même à parler d’une mise en route pour le mois d’octobre. Anouar Kbibech est confiant.

 

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