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Opposé au déploiement de policiers de l'ONU, le Burundi s'en prend à Paris et Kigali

Le président Pierre Nkurunziza paradant à bord d'un véhicule militaire, lors du 53e anniversaire de l'inépedance du pays, le 1er juillet 2015, à Bujumbura.
Le président Pierre Nkurunziza paradant à bord d'un véhicule militaire, lors du 53e anniversaire de l'inépedance du pays, le 1er juillet 2015, à Bujumbura. Marco Longari, AFP

Le Burundi s'est opposé à la résolution de l'ONU autorisant le déploiement de 228 policiers de l'ONU sur son territoire. Le pays des Grands Lacs accuse la France et le Rwanda de profiter de la situation pour sceller leur réconciliation.

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Sans surprise, le Burundi a refusé en bloc, mercredi 3 août,  la résolution de l'ONU qui prévoit le déploiement progressif de 228 policiers dans le pays. Quelques jours auparavant, le gouvernement burundais avait affiché son hostilité face à la mesure onusienne en organisant une manifestation devant l'ambassade de France à Bujumbura. Le Conseil de sécurité a en effet voté le 29 juillet un texte, proposé par la France, pour tenter de ramener le calme dans le pays et de faire respecter les droits de l'Homme.

Depuis plus d'un an, le Burundi est plongé dans une profonde crise à la suite de la décision du président, Pierre Nkurunziza, de briguer un troisième mandat. Cette crise a déjà fait plus de 500 morts et poussé plus de 270 000 burundais à l'exil. Ces violences font craindre un génocide, comme celui qui a frappé le Rwanda voisin en 1994.

L’ONU accusée de violer la souveraineté du Burundi

Dans un texte en 18 points publié mardi 2 août, le gouvernement burundais a d’abord estimé que la résolution onusienne, prise dans la "précipitation", constituait une "violation des règles élémentaires régissant la famille des Nations unies et surtout viol[ait] la souveraineté de son territoire" dans la mesure où l’ONU s’était passée de son consentement.

Bujumbura a ensuite justifié son refus en assurant que la situation était désormais parfaitement maîtrisée par les forces de l’ordre. "Cette hypothèse n'a plus de raison d'être et (est) donc à reconsidérer, car les forces de défense et de sécurité maîtrisent parfaitement la situation à l'intérieur de tout le territoire national", a expliqué le porte-parole présidentiel, Philippe Nzobonariba, dans un communiqué.

>> À lire sur France 24 : "Amnesty International dévoile les images de fosses communes potentielles"

Dans son argumentaire, le pays des Grands Lacs a par ailleurs durci sa position. Alors qu'il s'était jusque-là dit prêt à accueillir jusqu'à 50 policiers onusiens, il a désormais totalement écarté cette éventualité. Il a en revanche précisé que les 100 observateurs et 100 experts militaires qui devaient être déployés par l'Union africaine restaient "les bienvenus". Pour l'heure, seuls 32 observateurs et 14 experts sont cependant effectivement sur le terrain.

Burundi accuse la France et le Rwanda

Le Burundi ne veut, en outre, pas croire à une simple opération de pacification. Le Burundi accuse Paris, à l'origine de la résolution de l'ONU, d’exploiter la situation pour sceller la réconciliation avec Kigali, renvoyant la France à son expérience controversée au Rwanda en 1994. "Il est hors de question, déclare le gouvernement, que le Burundi accepte de payer les frais de la réconciliation entre ces deux pays par le sacrifice de sa population".

>> À voir sur France 24 : "Génocide des Tutsis du Rwanda : l'armée française accusée d'avoir abandonné des civils"

Bujumbura accuse également le Rwanda de s'ingérer dans les affaires burundaises et d'armer des groupes rebelles pour déstabiliser le régime. "Le déploiement d'une force étrangère ne vise qu'à préparer la base arrière des éléments terroristes actuellement mis en déroute", peut-on d'ailleurs lire dans le communiqué burundais. Le pays suggère enfin que les policiers onusiens soient plutôt déployés au Rwanda, d’où sont lancées "les entreprises déstabilisatrices de groupes terroristes".

>> À lire sur France 24 : "Le président Kagame accuse son homologue burundais Nkurunziza de 'massacrer' son peuple"

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Un journaliste burundais en exil poignardé

Le gouvernement burundais accuse enfin régulièrement les journalistes d'organiser des mouvements de révolte afin de déstabiliser le pouvoir. Le journaliste de la radio burundaise Bonesha FM, Boaz Ntaconayigize, en exil à Kampala, en Ouganda, a été poignardé, lundi 1er août, par quatre hommes tout près de son domicile. Le journaliste affirme avoir reconnu deux de ses agresseurs. "Des Burundais qui se font passer pour des réfugiés et qui font un commerce ambulant à Kampala", a précisé la victime.

>> À lire sur France 24 : "Au Burundi, les blogueurs de Yaga veulent 'prendre le relais des médias'"

Le Burundi figure en 2016 à la 156e place (sur 180) au classement de la liberté de la presse dans le monde établi par RSF. Le pays était pourtant considéré comme l'un des rares États des Grands Lacs doté d'une presse libre et indépendante, avant le début de la crise déclenchée par l'annonce en avril 2015 de la candidature du président Nkurunziza pour un troisième mandat, qu'il a obtenu en juillet. Depuis, la quasi-totalité de la presse indépendante burundaise a été réduite au silence. Craignant la répression, une centaine de journalistes ont fui le pays.

>> À lire sur France 24 : "Le journaliste Phil Moore juge 'très troublante' l'attitude du Burundi envers les médias"

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