SYRIE

L'Emni, la cellule secrète du groupe État islamique pour répandre la terreur dans le monde

Un membre des forces rebelles syriennes devant un immeuble de Manjib bombardé par la coalition internationale.
Un membre des forces rebelles syriennes devant un immeuble de Manjib bombardé par la coalition internationale. AFP Archives

Dans une enquête exclusive, le New York Times révèle le rôle déterminant d’une cellule secrète, appelée Emni, que l’organisation État islamique a mise en place en 2014 pour planifier des attentats partout dans le monde.

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On en sait désormais davantage sur la manière dont l’organisation État islamique (EI) exporte le terrorisme à travers le monde. Dans un long article publié mercredi 3 août, le New York Times décrit le mode opératoire d’Emni, la cellule secrète du groupe jihadiste chargée depuis 2014 de recruter des combattants étrangers et de planifier des attentats hors des territoires qu’il contrôle en Syrie et en Irak.

Pour les besoins de son enquête exclusive, le quotidien américain a recueilli le témoignage d’Harry Sarfo, un ancien membre de l’EI détenu en Allemagne après son retour de Syrie. Sur la base de son récit ainsi que sur celle de documents des services français, allemands, autrichiens et belges, le journal décrit ainsi une cellule "à plusieurs niveaux", agissant sur les ordres d'Abou Muhammed al-Adnani, porte-parole de l’EI et chef des opérations extérieures, dont Larossi Abbala, le meurtrier du couple de policiers dans les Yvelines, dit s’être inspiré.

"Attaques simultanées en Angleterre, en Allemagne et en France"

Sous le commandement d’Adnani se trouvent des "lieutenants" habilités à organiser des attaques dans toutes les régions du monde. Ce sont eux qui identifient les combattants, déterminent les cibles et pensent la logistique des attentats. Selon Harry Sarfo, qui affirme avoir rencontré plusieurs membres de l’Emni lors de son séjour en Syrie, la cellule dispose d’un "service secret pour les opérations européennes", un pour les opérations asiatiques et un pour le Moyen-Orient.

D’après les investigations du New York Times, les services de renseignements auraient identifié les responsables de la cellule européenne, comme étant Abou Souleymane et Abou Ahmad. Le premier est un Français d’une trentaine d’années dont le rôle prégnant dans les attentats du 13-Novembre à Paris avait déjà été évoqué par les enquêteurs français. Le second, que l’on dit de nationalité syrienne, est également considéré comme l’un des "donneurs d’ordre" des attaques de Paris.

Harry Sarfo rapporte ainsi qu’avant les attentats de Paris et de Saint-Denis on lui avait confié que "plusieurs personnes étaient positionnées en Europe, prêtes à passer à l'action. Ils voulaient avoir une action simultanée. Ils souhaitaient que plusieurs attaques aient lieu en même temps en Angleterre, en Allemagne et en France". D’après le New York Times, l’Emni aurait également envoyé des combattants en Autriche, en Espagne, au Liban, au Bangladesh, en Indonésie, en Malaisie et en Tunisie, où elle a commandité les attaques meurtrières au musée du Bardo et de la plage de Sousse.

"Ne t’inquiète pas pour la France, il n’y a pas de problème"

D’après le détenu interrogé par le quotidien, son profil intéressait particulièrement l’EI car, lui a-t-on révélé, “il n’y a pas beaucoup de candidats en Allemagne pour vouloir faire le job". Même chose pour le Royaume-Uni. En revanche, la cellule disait disposer de nombreux volontaires dans l’Hexagone. "Mon ami leur a demandé pour la France, confie Harry Sarfo. Ils se sont mis à rire. Mais à rire sérieusement, ils en avaient les larmes aux yeux et ont dit : ‘Ne t’inquiète pas pour la France, il n’y a pas de problème'."

De fait, l’Emni affirme recruter des candidats sans qu’ils aient besoin de se déplacer en Syrie. Mais pour que ces derniers ne se fassent pas repérer, la cellule fait appel à des intermédiaires sans lien connu avec les milieux jihadistes. Des nouveaux convertis – des "hommes propres" selon le récit d’Harry Sarfo – dont le rôle est de délivrer des consignes aux futurs assaillants. Ainsi, comme le précise Le Figaro, des terroristes présentés comme des "loups solitaires", notamment en France, ont très certainement bénéficié du soutien logistique de ces "go-between". Ce qui pourrait être le cas d’Adel Kermiche et Abdelmalik Petitjean, les deux auteurs de l’attaque de Saint-Étienne-du-Rouvray qui a coûté la vie au prêtre Jacques Hamel.

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