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Bénin : quand une ancienne colonie française demande la restitution de ses "trésors pillés"

Des visiteurs à une exposition consacrée au patrimoine du Bénin au musée du quai Branly, en 2010.
Des visiteurs à une exposition consacrée au patrimoine du Bénin au musée du quai Branly, en 2010. Olivier Laban-Mattei, AFP

Fin juillet, le Bénin a réclamé à la France la restitution de 5 000 pièces de son patrimoine, "pillées" par Paris à l’époque coloniale. Une première pour un pays d’Afrique subsaharienne, qui pourrait en pousser d’autres à faire la même demande.

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C’est une demande historique que le Bénin a adressée à la France le 27 juillet. L’ancienne colonie d’Afrique subsaharienne, indépendante depuis 1960, a officiellement réclamé à Paris la restitution de biens culturels acquis à la fin du XIXe siècle, du temps de la colonisation.

"C’est la première fois qu’une ancienne colonie d’Afrique noire entame une telle démarche", explique Louis-Georges Tin, président du Conseil représentatif des associations noires de France (Cran), contacté par France 24. L’association s’active depuis 2013 pour la restitution de ces "trésors pillés" béninois.

Il s’agit de quelque 5 000 pièces, réparties dans plusieurs musées privés, mais dont la majorité appartient désormais aux collections du musée du quai Branly, à Paris.

>> À lire sur France 24 : "Pour ses dix ans, le musée du quai Branly rebaptisé Quai Branly - Jacques Chirac"

"Pièces pillées"

"Les pièces maîtresses de ces trésors pillés, visibles au Quai Branly, sont des statues anthropomorphes des derniers rois d’Abomey, une dynastie qui a régné au Bénin jusqu’à la fin du XIXe siècle, dans ce qu’on appelait alors le royaume du Dahomey", détaille Louis-Georges Trin.

Autres objets d’une très grande valeur patrimoniale, plusieurs "récades" (sceptres royaux), des trônes, ou encore les portes sacrées du palais d’Abomey. "Ces pièces ont été pillées par le général Dodds, le militaire français à la tête des troupes, qui ont conquis le pays entre 1892 et 1894", poursuit Louis-Georges Trin.

La France doit désormais apporter une réponse officielle à cette demande. Si Paris répond positivement, la procédure peut cependant prendre du temps, car l’autorisation de restitution doit être entérinée par la loi, d’après le Cran, qui espère néanmoins voir la démarche aboutir avant l’élection présidentielle de 2017.

"Nous avons senti une évolution de l’Élysée, qui se montre désormais plus ouvert sur ces questions de restitutions et de réparations post coloniales", estime Louis-Georges Tin, citant en exemple l’annonce faite par François Hollande le 10 mai 2016 – journée de commémoration de l’esclavage –, de la création d’un musée de l’esclavage et d’une fondation pour la mémoire de l’esclavage.

>> À lire sur France 24 : "En Guadeloupe, François Hollande commémore l'esclavage"

Pour le Cran, l’enjeu est très important. C’est d’abord une question d’identité et de fierté nationale. "Les jeunes Béninois doivent pouvoir admirer ces pièces chez eux, elles sont les témoins de leur riche passé, elles ont un rôle à jouer sur le plan mémoriel", estime Louis-Georges Tin, pour qui ces objets n’ont rien à faire au sein d’un musée parisien. "C’est un peu comme si des œuvres fondamentales du patrimoine français étaient exposées à Berlin", estime-t-il.

Un signal fort

L’enjeu est également économique : le Bénin pourrait tirer parti de ce patrimoine pour développer le tourisme dans le pays en mettant en avant son riche passé. Enfin, c’est une première historique qui pourrait, Louis-Georges Tin l’espère, faire des émules et pousser d’autres États africains à faire de telles requêtes à la France. "Le Bénin a sauté le pas, il a montré qu’une demande officielle était possible et n’entraînait pas de représailles économiques ou diplomatiques de la France ; c’est un signal fort envoyé aux autres États africains".

Selon le Cran, des œuvres et pièces de dizaines d’États africains se trouvent actuellement dans des musées occidentaux. "On estime que 95 % du patrimoine culturel du continent se trouve aujourd’hui en dehors de ses frontières", avance-t-il, citant un chiffre donné par Aminata Traoré, ancienne ministre de la Culture du Mali.

Le Cran est en train de constituer un inventaire de ces objets en France et travaille plus largement, avec des organismes comme la "European reparation commission", la "European Network Against Racism" ou encore le Forum des rois et leaders traditionnels d’Afrique, à la restitution de ce patrimoine inestimable par les pays occidentaux.

 

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