AFRIQUE DU SUD

Municipales en Afrique du Sud : l'ANC enregistre un recul historique

Une affiche électorale de l'ANC à Pretoria, le 28 juillet 2016.
Une affiche électorale de l'ANC à Pretoria, le 28 juillet 2016. Mujahid Safodien, AFP

Les élections municipales de mercredi ont porté un coup à la suprématie de l'ANC, au pouvoir en Afrique du Sud. Si le parti reste la première formation politique du pays, il a cédé beaucoup de terrain à l'opposition, notamment dans les villes.

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Un score historiquement bas et la capitale politique Pretoria perdue à l'opposition. Le bilan du parti au pouvoir en Afrique du Sud, l'ANC, aux élections municipales traduit le recul de cette formation historique, qui va devoir se remettre en question après l'annonce des résultats définitifs, samedi 6 août.

Sur l'ensemble du pays, c'est la première fois que le Congrès national africain (ANC) affiche un score aussi bas (53,9 %) depuis son arrivée au pouvoir, à la fin de la dictature raciste de l'apartheid et l'avènement de la démocratie en 1994. C'est aussi huit points de moins que lors des précédentes municipales en 2011.

Ce recul "est arrivé plus vite et dans des proportions plus fortes que ce qu'on imaginait. C'est un choc pour tout le monde", estime l'analyste politique indépendant Ralph Mathekga. Ces dernières années, même après le retrait de la figure historique du parti, Nelson Mandela, l'ANC était habitué à remporter confortablement chaque scrutin, avec plus de 60 % des suffrages.

"Un point de basculement" pour le pays

Localement, le parti a enregistré des revers cinglants, comme à Pretoria. La capitale politique du pays a tourné le dos au camp du président Jacob Zuma et a choisi l'Alliance démocratique (DA), le principal parti d'opposition. À Tshwane, la métropole qui englobe Pretoria, les libéraux de la DA ont obtenu 43,1 % des suffrages, contre 41,2 % pour le Congrès national africain (ANC) qui détenait jusqu'à présent la majorité absolue dans cette ville, selon les résultats publiés à l'issue du dépouillement intégral des votes de mercredi. 

"C'est un point de basculement pour le peuple d'Afrique du Sud. Cela montre que nous ne sommes pas seulement un parti d'opposition mais de gouvernement", s'est réjoui Mmusi Maimane, le leader de la DA, qui s'est réjoui du soutien grandissant à sa formation "dans toutes les communautés et particulièrement dans les bastions de l'ANC".

Cette défaite de l'ANC vient s'ajouter à celle enregistrée vendredi à Nelson Mandela Bay, sixième métropole du pays, qui comprend Port Elizabeth, un bastion de la lutte contre l'apartheid, également remportée par la DA. Le camouflet y est encore plus grand : la DA l'emporte avec 46,7 % des voix, contre seulement 40 % pour l'ANC.

L'opposition a toutefois été battue dans la capitale économique Johannesburg : l'ANC y a obtenu 44,5 % de voix, contre 38,3 % pour la DA. Mais là aussi, le parti de Zuma recule et perd sa majorité absolue, ce qui va l'obliger à trouver des alliés pour conserver la mairie.

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Afrique du Sud : après les municipales, un nouveau paysage politique

Cette montée en puissance de l'opposition dans les grandes villes, longtemps acquises à l'ANC depuis la lutte contre l'apartheid, augure d’une campagne acharnée pour les élections générales de 2019. Le parti au pouvoir fait les frais du revirement de millions d’électeurs noirs affectés par la stagnation économique, pour lesquels l’héritage du combat contre l’apartheid de l’ANC ne suffit plus, sur fond du scandale impliquant Jacob Zuma.

Des coalitions en vue

Le chef de l'État a réagi samedi soir en saluant "des élections très disputées, telles qu'elles doivent l'être dans une démocratie". Mais cette expression de la volonté populaire pourrait entraîner une remise en cause du président : le parti pourrait être tenté d'écourter son règne pour éviter une débâcle dans les urnes en 2019.

En attendant ce prochain grand rendez-vous électoral, le paysage politique sud-africain se redessine. Car à Port Elizabeth comme à Pretoria, les libéraux de la DA n'ont pas obtenu de majorité absolue et devront trouver des alliés pour former une coalition. Ils pourraient se tourner vers la troisième force politique du pays, les Combattants pour la liberté économique (EFF), un parti de gauche radicale qui participait à ses premières municipales. La formation du populiste Julius Malema, un exclu de l'ANC, a atteint 8 % au niveau national et près de 12 % à Pretoria et va ainsi pouvoir jouer le faiseur de roi dans cette élection.

Avec AFP et Reuters

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