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Wattway, la route solaire du futur est française

Le groupe Colas prépare Wattway, la route capable de serveur de panneaux solaires.
Le groupe Colas prépare Wattway, la route capable de serveur de panneaux solaires. Joachim Bertrand, Colas

Le groupe français Colas prépare la route du futur. Après plusieurs années de développement, le projet de route solaire Wattway est passé en phase de tests grandeur nature en Vendée.

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Et si les routes, exposées en permanence aux éléments, étaient utilisées comme panneaux photovoltaïques pour récupérer l'énergie du soleil ? C'est de cette idée qu'est parti le projet Wattway du groupe français de travaux publics Colas.

Les recherches sont menées depuis 5 ans en collaboration avec l'Ines, l'Institut national de l'énergie solaire. La promesse : "Faire de la route l'énerge de demain." Après la phase de laboratoire, le projet vient de passer à la vitesse supérieure avec des tests sur le terrain initiés début juin, en Vendée.

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"Wattway est un revêtement routier photovoltaïque qui se compose de dalles dans lesquelles sont encapsulées des cellules photovoltaïques que l'on retrouve dans les panneaux solaires traditionnels", explique à Mashable FR Jean-Charles Broizat, directeur de Wattway.

"Le procédé est assez simple. Le revêtement routier est directement collé sur la chaussée et le raccordement au réseau électrique se fait sous la route par le biais de sillages. Le revêtement a la particularité de ne représenter que 7 mm d'épaisseur et il est revêtu d'une résine qui lui confère l'adhérence d'une surface routière traditionnelle."

Le projet est prometteur. "Pour alimenter un foyer en électricité (hors chauffage), 20 m² de chaussée Wattway suffisent", vante le dossier de presse. Il promet aussi que seulement 1000 mètres de chaussée seraient nécessaires pour éclairer une ville de 5 000 habitants.

En décembre 2015, Wattway a été récompensé d'un Trophée solutions climat lors de la COP21. Depuis, le ministère de l'Écologie suit de près les développements du projet.

Les premiers tests en Vendée

Début juin, Wattway est passé à l'étape suivante de son programme : tester son invention lors d'essais grandeur nature. Les deux premiers chantiers d'applications ont été lancés en Vendée, à proximité de sa préfecture la Roche-sur-Yon.

C'est Alain Lebœuf, député Les Républicains, président du Syndicat départemental d'énergie et d'équipement de la Vendée et vice-président du conseil départemental chargé des infrastructures routières, qui a pris l'initiative de faire venir le projet Wattway dans sa région. "J'ai rencontré les responsables Wattway de chez Colas pour leur dire que s'il y avait une première expérimentation, elle devait se faire en Vendée", détaille-t-il à Mashable FR.

Les multiples casquettes du député lui permettent de garantir l'appui logistique des ingénieurs locaux que ce soit en matière d'énergie ou d'infrastructures routières. Si bien que Wattway accepte la proposition. Au total, le conseil départemental vendéen a investi deux fois 160 000 euros dans le projet.

Les deux sites ont été choisis en consultation avec Wattway et chacun pour des raisons propres, explique Alain Lebœuf : "Le premier site est le parking du Vendéspace – la grande salle culturelle et sportive du département. L'endroit est surtout utilisé le soir. L'expérimentation vise donc à tester le produit sur un lieu de passage peu fréquenté mais où les forces de frottement sont importantes puisque les véhicules tournent brusquement pour se garer." Les dalles installées permettent l'alimentation d'une borne de recharge pour voitures électriques.

Le second site est l'échangeur de Bellevigny. "Il a été choisi pour tester un lieu de passage très fréquenté par les véhicules légers mais aussi les poids lourds et les cars scolaires. Les dalles y sont très éprouvées. Iil peut y avoir des pneus qui laissent des traces... Wattway regarde comment réagissent les dalles", explique le député. L'énergie produite alimente pour l'instant un panneau d'affichage autoroutier. La proximité d'un collège permet aussi d'utiliser l'expérimentation à des fins pédagogiques.

Les deux sites sont surveillés en permanence et les données de production d'énergie sont corrélées aux données extérieures tel que le trafic, la météo, la température… Pour le moment, les tests seraient plutôt concluants, selon Jean-Charles Broizat. "Pour 50 m² installés, on tablait sur 6 300 kilowatt produits par heure mais on est plus sur une production moyenne en pic de 6 600 kilowatt." Il note cependant que "les conditions météo de ces derniers temps étaient particulièrement favorables."

100 chantiers d'application d'ici fin 2017

Avec ces deux sites, Wattway est entré dans la deuxième phase de son projet : les tests sur le terrain qui doivent se poursuivre jusqu'à fin 2017. "Nous allons réaliser une trentaine de chantiers cette année et 70 l'année prochaine pour un total de 100 chantiers d'ici 2018", indique Jean-Charles Broizat.

Parmi eux, 75 ont déjà été étudiés ou sont en cours d'études. La moitié d'entre eux pourraient avoir lieu à l'étranger. Certains projets sont d'ailleurs déjà en passe d'être finalisés, notamment en Suisse, en Europe de l'Est et aux États-Unis.

Des expériences similaires aux États-Unis et aux Pays-Bas

Mais les Français de Colas ne sont pas les seuls à explorer le concept de route solaire. La start-up Solar Roadways, aux États-Unis, a aussi pour projet de récupérer le rayonnement que reçoivent en permanence les chaussées routières pour produire de l'énergie. Le projet avance à son rythme et doit être pour la première fois testé à Conway dans le Missouri sur une portion de la route 66.

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Le projet est cependant quelque peu différent. Là où Wattway propose un simple revêtement pour les chaussées existantes, Solar Roadways veut remplacer l'asphalte par des panneaux solaires indépendants les uns des autres. En plus d'être plus avancé, le procédé français semble plus simple d'installation.

Les Pays-Bas ont quant à eux inauguré en 2014 une piste cyclable conçue par SolaRoad capable de produire de l'énergie pour la ville de Krommenie, dans la périphérie d'Amsterdam. Si le projet est prometteur, Jean-Charles Broizat note quelques différences. "D'une part, à la différence de Wattway, la piste n'est pas conçue pour supporter véhicules légers et poids lourds. D'autre part, il semblerait que le matériau s'use rapidement."

Du côté de Wattway, on espère aborder la troisième phase dès 2018 : la commercialisation. "Nous avons aujourd’hui une technologie récemment sortie de la Recherche et développement avec un prix de l'ordre de 2 200 euros du m² ce qui est complètement déconnecté du prix de marché." Ce sera donc l'objectif des deux années qui suivront : "En jouant sur le coût d'industrialisation mais aussi celui de l’application mécanisée (colle et résine) ou encore des raccordements des installations", détaille Jean-Charles Broizat. "Le monitoring coûte cher durant la phase actuelle de tests, il disparaîtra aussi. Avec tout cela, nous travaillons pour atteindre d'ici 2020 le prix à 150 euros du m² ce qui devrait rendre Wattway compétitif."

De quoi envisager un avenir où notre ordinateur sera alimenté par l'énergie produite par nos chaussées.

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