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Rétroprojecteur : l'Autoroute du Soleil, une naissance dans la douleur

Keystone-France, Getty Images

Plus de 50 ans après son inauguration, l'Autoroute du Sud accueille toujours autant de voitures remplies de vacanciers en recherche de plage et de soleil. Sa construction n'a pourtant pas toujours été une partie de plaisir.

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Drrriiiinng. Samedi, 8 h 00 : c’est l'heure du grand départ. On saute dans la Renault Espace pleine à craquer, les sandwichs jambon-fromage sont dans la glacière, prêts à la dégustation, les oreillers dépassent un peu sur la lunette arrière, les lecteurs portables de DVD sont chargés à bloc.

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On est prêts, prêts à passer une dizaine d’heures sur l’autoroute, coincés dans les bouchons, avec une seule direction sur le GPS : le soleil. Depuis plus de 50 ans, des milliers de vacanciers empruntent chaque été l’autoroute du soleil – alias Autoroute du Sud, alias A6 et A7 – pour rejoindre le littoral du sud de la France. De Paris à Marseille en passant par Lyon, l’A6 a rejoint l’A7 dans la sueur et la douleur.

Bâtie entre 1953 et 1970, l’Autoroute du Sud a beau avoir un nom qui sent le sable et la crème solaire, elle a eu du mal à sortir de terre. Dans son livre "La difficile genèse de l’Autoroute du Sud", Jean-Luc France Barbou, raconte l'histoire d'un projet pavé d'ennuis. 

Une naissance laborieuse 

Dans l’entre-deux-guerres, les voitures sont, il faut le reconnaître, de plus en plus chouettes. Alors pour permettre à leurs bolides de rouler des mécaniques un peu partout en France et de joyeusement faire ronronner leurs moteurs en ligne droite, les dirigeants français lancent un grand plan d’aménagement de la région parisienne : le plan "PROST". Une voie rapide est construite à l’ouest de Paris en 1936 et l'idée d'une autoroute au sud de la capitale est lancée.

Trop cher, et surtout avorté à cause de la guerre, le projet ne ressurgira des cartons qu’au début des années 1950 avec la construction de l’aéroport d’Orly. Après moult tergiversations, le chantier démarre en 1953. Traversée de villages, anéantissant de châteaux et tentatives de défiguration du parc Montsouris, les plans des ingénieurs n'en finissent pas de déchirer les esprits.   

Droite, droite l'autoroute 

Imaginez un grand pont aérien au-dessus du parc Montsouris direction la place Denfert-Rochereau, pas très sympa hein ? Initialement, l’A6 devait emmener ses passagers jusqu’au sud de Paris mais la colère des riverains du chic 14ème arrondissement a finalement eu raison de l'audace des ingénieurs.

Les châteaux de l’Essonne sont eux aussi passés à deux crans de la pelleteuse. C’est une magnifique pièce d’eau avec une grotte du XVIIIe siècle ornée de coquillages, dans l’ancien château de Mazarin, qui aurait dû être sacrifiée pour laisser passer le monstre goudronné. Que nenni, après la fronde des historiens qui obtiennent de faire classer le monument, la voie routière est décalée de 135 mètres. Un détour qui coûtera tout de même un peu plus de 225 millions de francs – ça fait chers les coquillages.

À Savigny, le château de Grand-Vaux n'a pas eu la chance de Mazarin. Il verra son domaine coupé en deux par l’autoroute, avant d’être rasé en 1958 pour laisser place à des logements.

Même frustration du côté des amis de la forêt, qui ayant bataillé pendant plus de 10 ans pour que l’A6 ne traverse pas Fontainebleau, n’ont finalement pas obtenu gain de cause. Alors que le général de Gaulle s'empare personnellement du dossier, le tronçon d'autoroute coupe finalement un petit bout de la forêt.

Alors que le premier tronçon allant jusqu'à Corbeil est dévoilé en 1960, il faudra attendre 1970 pour que Georges Pompidou inaugure, au volant de sa Renault 16, la fameuse Autoroute du Sud.

La vidéo de l'inauguration a beau être en noir et blanc, regardez bien à 1 min 05, le visage radieux du président fan d'automobile. 

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