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EUROPE

Le "Pyongyang Café", un bar à la gloire de la Corée du Nord en Espagne

© Josep Lago, AFP | Alejandro Cao de Beno, le fondateur espagnol du "Pyongyang Café"

Texte par Charlotte BOITIAUX

Dernière modification : 10/08/2016

Mise au ban de la communauté internationale, la Corée du Nord dispose depuis l’été 2016 d'une petite "ambassade" en Espagne : le "Pyongyang Café", un bar, à Tarragone, créé par un fervent défenseur du régime de Pyongyang, Alejandro Cao de Benos.

Une imposante étoile rouge dans un rond blanc. Un immense mur rouge et bleu derrière le comptoir. Au "Pyongyang Café", impossible d'ignorer la référence. Ouvert depuis mi-juillet, chaque parcelle de ce bar de Tarragone, au sud de Barcelone, rend hommage à la Corée du Nord et à la dynastie des Kim – Kim Il Sung, Kim Jong-Il et Kim Jong-un, trois dictateurs qui ont successivement dirigé le pays depuis 1948.

Alejandro Cao de Benos, son fondateur, assume son attachement pour l’une des dernières autocraties de la planète. Cet Espagnol de 42 ans, totalement acquis à la cause nord-coréenne, explique avoir ouvert ce bar pour "casser tous les mythes" autour de la dictature communiste : "Comme beaucoup de gens ne peuvent pas aller en Corée parce que c'est loin et difficile, ils peuvent venir à notre café", déclare-t-il à l'AFP.

>> À (re)lire sur France 24 : "La Corée du Nord, pays de tous les fantasmes médiatiques"

Si les images et vidéos ne s'affichent pas, cliquez ici

Au "Pyongyang Café", donc, les clients peuvent découvrir les spécialités locales et autres gourmandises nord-coréennes, poursuit-il. Boire des bières asiatiques en feuilletant quelques ouvrages écrits par les Kim et traduits en espagnol ou siroter un thé typique devant des affiches de propagande à la gloire du régime. Car la Corée du Nord, continue l’Espagnol, "est la grande inconnue du monde. Et les médias […] mentent en permanence sur elle".

Délégué spécial de Pyongyang pour les relations culturelles avec l’étranger

Alors bien sûr, on se doute que le fondateur du "Pyongyang Café" n’est pas un citoyen espagnol comme les autres. Plutôt un cas d’espèce. Sa fascination pour le régime nord-coréen est ancrée dans son ADN. Elle remonte d’ailleurs à son adolescence. "Je ne voulais pas être un esclave du capitalisme. Je voulais faire partie d’une révolution", explique-t-il au journal britannique The Independent. À 16 ans, il rencontre une délégation nord-coréenne à Madrid, au siège de l’organisation mondiale du Tourisme (OMT). C’est le coup de foudre. "Ils me traitaient comme leur fils […] Je me suis senti à moitié Nord-Coréen". Deux ans plus tard, il effectue son premier voyage à Pyongyang. Le début d’une longue série.

Son intérêt pour le pays ne cesse de grandir, tout comme son réseau. Sa fascination pour la Corée du Nord lui vaut le mépris de ses amis, le détachement de sa famille. Mais il ne renie rien. Adulte, il passe la moitié de l’année à Pyongyang, où il entretient des relations très étroites avec les hauts membres du régime. Lors de ses apparitions publiques dans les médias occidentaux, il porte même un uniforme militaire de Pyongyang sur lequel sont arborées de nombreuses médailles honorifiques du régime. Son discours anti-américain se durcit, il devient belliqueux à l’instar de la ligne politique de Kim Jong-un.

Nommé en 2002 délégué spécial pour les relations culturelles avec l'étranger de la Corée du Nord – un titre honorifique – il est le seul représentant occidental du régime de Kim Jong-un. Il dirige aussi l'Association d'amitié avec la Corée (KFA), laquelle organise, de temps à autre, des voyages dans le pays le plus fermé au monde.

Alejandro Cao de Benos apparaît régulièrement dans les médias pour défendre le régime qu’il juge juste et égalitaire. "L'accès à l'alimentation, au logement ou au travail est bien mieux garanti en Corée du Nord que dans n'importe quel pays capitaliste", affirme-t-il, toujours à l'AFP. Et qu’on ne lui parle pas du culte de la personnalité, des camps "de réhabilitation", des allégations d’esclavage, de tortures, de viols, d’avortements forcés, de persécutions politiques, de disparitions… Pure diffamation, estime-t-il. À ses yeux, Pyongyang est victime d'une campagne calomnieuse visant à salir un régime qui refuse de se soumettre aux États-Unis et à l'Occident.

Autant de déclarations qui font bondir les ONG. "Des dizaines de milliers de personnes [qui ont fui le régime dictatorial] décrivent la même image du pays", répond Sokeel Park, membre de Liberty in North Korea, une association d'aide aux réfugiés nord-coréens basée à Séoul, en Corée du Sud. "La situation là-bas est désolante. Les gens sont totalement à la merci de ce que Kim Jong-un décide", affirme de son côté Angel Gonzalo, porte-parole de l'ONG de défense des droits de l'Homme Amnesty International. "Il est difficile de trouver un droit qui n'y soit pas bafoué".

Si les déclarations d'Alejandro Cao de Benos, jugées farfelues par ses détracteurs, peuvent faire sourire, son comportement se révèle assez trouble. Dans le documentaire néerlandais "Friends of Kim", tourné en 2006, le réalisateur Raphael Wilking suit l'Espagnol et son association KFA lors d'un voyage en Corée du Nord auquel participent plusieurs étrangers (néerlandais, russe…). On y découvre une séquence filmée (ci-dessous) dans laquelle Alejandro Cao de Benos a fouillé et saccagé la chambre d’un des participants au voyage, Andrew Morse, un journaliste américain. L’Espagnol lui a volé tous ses enregistrements avant de le dénoncer aux autorités.

A la 5', les enregistrements du journaliste américain Andrew Morse ont été confisqués, à Pyongyang.

Une personnalité trouble

"Je me suis porté garant de sa présence en Corée du Nord", se justifie-t-il face caméra, sans sourciller. "Comme vous le savez, les citoyens américains ne sont pas autorisés à entrer dans le pays. Nous sommes fatigués des gens qui mentent". Quelques heures plus tard, le journaliste américain sera expulsé du pays.

En juin 2016, nouvelle affaire : Alejandro Cao de Benos est arrêté à Tarragone dans le cadre d’une vaste enquête sur un trafic d’armes. Selon le journal espagnol El Mundo, l’allié de Pyongyang n’est pas directement mêlé à la revente d’armes à l’étranger, il est plutôt accusé d’avoir "trafiqué" trois armes d’entraînement pour leur permettre de tirer à balles réelles.

Malgré une réputation sulfureuse, Alejandro Cao de Benos revendique aujourd’hui 17 000 membres au sein de la KFA. Et des dizaines de sympathisants, à l’instar de Michel Garcia, un informaticien suisse de 50 ans qui s’est rendu au "Pyongyang Café". Selon lui, la Corée du Nord est "extrêmement intéressante" et "il ne faut pas croire tout ce qu'on nous dit", a-t-il expliqué à l’AFP.

Reste que tout n’est pas une question de "croyance". Si les sympathisants de Pyongyang n’accordent aucun crédit aux témoignages des réfugiés nord-coréens, les chiffres, eux, ne mentent pas sur la situation catastrophique du pays. La Corée du Nord, dont l’économie et l’agriculture sont en ruines depuis la chute de l’URSS en 1991, est exsangue. En juillet 2011, l'Union européenne (UE) a alloué une aide alimentaire d'urgence d'un montant de 10 millions d'euros au pays qui se dirigeait vers une nouvelle famine. Pyongyang dépend aussi en très grande partie de l’ONU pour nourrir sa population. Selon le Programme alimentaire mondiale des Nations unies (PAM), 70 % de la population nord-coréenne souffre aujourd’hui de malnutrition et près d’un tiers des enfants âgés de moins de cinq ans sont sous-alimentés.

Concernant les droits de l'Homme, la situation est aussi extrêmement problématique. D’après l’Institut coréen pour l’unification nationale (Kinu), entre 80 000 et 120 000 personnes seraient détenues dans les camps nord-coréens.

Avec AFP

Première publication : 10/08/2016

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