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Sports

Des pionnières du sport en pleine Première Guerre mondiale

© Collection Michel Merckel | Des sportives françaises aux championnats annuels féminins d'athlétisme en 1920

Texte par Stéphanie TROUILLARD

Dernière modification : 14/08/2016

Aux JO de Rio, 45 % des athlètes sont des femmes. Il y a 100 ans, le sport féminin n'en était qu'à ses balbutiements. C'est durant la Première Guerre mondiale qu'il s'est véritablement développé, ouvrant la voie aux futures championnes olympiques.

Sur 396 athlètes français débarqués à Rio pour les Jeux olympiques, 168 sont des femmes. Alors qu’aux Jeux de Londres en 1948, les sportives représentaient à peine plus de 10 % des athlètes, en 2016, les femmes font désormais presque jeu égal avec les hommes avec un taux record de 45 % en 2016.

Les championnes tricolores d’aujourd’hui, comme la basketteuse Isabelle Yacoubou, la judoka Clarisse Agbegnenou ou la cycliste Pauline Ferrand-Prévot, sont désormais autant sous le feu des projecteurs que leurs homologues masculins. Elles peuvent remercier les pionnières du sport qui, il y a un siècle, en pleine Première Guerre mondiale, se sont battues pour se faire une place. Michel Merckel, auteur de l’ouvrage, "14-18, le sport sort des tranchées", aux éditions Le Pas d'oiseau, explique à France 24 en quoi ce conflit a permis l’éclosion du sport féminin.

France 24 : Quelle était la situation du sport féminin en France avant la Première Guerre mondiale ?

Michel Merckel : Cette partie du siècle est marquée par un vaste mouvement d’hostilité des autorités sportives, politiques et médicales au développement du sport féminin. On considère que "la femme n’existe que pour sa fonction de procréation". Pierre de Coubertin précise que "les femmes et le sport ne font pas bon ménage". Depuis le milieu du XIXe siècle, si des femmes pratiquent des activités sportives, c’est souvent avec leurs maris. On reproche au sport de rendre les femmes stériles et de les inciter à la débauche en montrant leur corps sur les stades. Malgré cette campagne de dénigrement systématique et clairement machiste, sont créés dès 1912 à Paris des clubs omnisports féminins comme L’En Avant ou le Fémina Sport, toujours actif.

Le 25 novembre 1903 en France, près de 2 500 ouvrières du textile, participent à la Course des Midinettes, épreuve reliant Paris à Nanterre à la course ou à la marche.
© Collection Michel Merckel

La Grande Guerre a permis une certaine émancipation des femmes notamment dans le monde du travail, mais de quelle manière le conflit a-t-il influencé la pratique sportive féminine ?

Les femmes vont en effet remplacer les hommes dans le monde du travail. Moins soumises au joug masculin, ayant plus de temps libre et la chute de la natalité aidant, elles vont pouvoir se tourner vers des activités qui n’étaient pas envisageables auparavant. Informés par les courriers de leurs maris du développement du sport sur le front, elles vont s’ouvrir à cette pratique. Dès 1915, se mettent en place dans le pays des réunions sportives féminines inter-usines, ancêtres du sport corporatif. Le 2 mai 1915, le Club Académia organise, au Stade Brancion, à Paris, la première réunion de l’athlétisme féminin français.

Le 30 septembre 1917, le premier match de football féminin est disputé en France. Le journal L’Auto, ancêtre de L’Équipe, relate dans son édition du 2 octobre 1917 que "pour la première fois des jeunes filles ont joué au football". Cette rencontre oppose deux équipes du même club, le Fémina Sport. En juillet 1917 naît le premier championnat de France d’athlétisme féminin. En avril 1918 se déroule dans le bois de Chaville le premier cross-country féminin, qui voit la participation de 42 concurrentes et qui est remporté par Sébastienne Guyot.

Un match de football féminin en 1919
© Collection Michel Merckel

Quelles étaient à cette époque les personnalités féminines qui ont permis le développement du sport chez les femmes ?

Incontestablement, Alice Milliat en est la plus marquante. Présidente depuis 1915 du Fémina Sport, cette institutrice, veuve et polyglotte, encourage ses équipes à disputer des matchs de football dans toute la France afin de promouvoir la pratique sportive féminine. Devant la multiplication des clubs parisiens et provinciaux, elle pousse à la création de la Fédération des sociétés féminines sportives de France, déclarée officiellement le 18 janvier 1918, dont elle sera présidente en 1919. Organisé par cette fédération, un championnat de France de football féminin se met en place. C’est une première mondiale. Les finales se déroulent les 23 mars et 13 avril 1918. Le Fémina Sport enlève le premier titre national, en s’imposant face à L’En Avant.

Alice Milliat demande également, dès 1919, au Comité international olympique (CIO) d’inclure quelques épreuves féminines au programme des Jeux d’Anvers. Elle se heurte à l’antagonisme irréductible de plusieurs dirigeants et notamment à celui de Pierre de Coubertin, même si, dès 1900, certaines femmes, issues de la haute bourgeoisie, sont admises aux Jeux olympiques de Paris uniquement dans les épreuves de golf et de tennis. En constants déplacements, multipliant les contacts dans de nombreux pays, Alice décide alors de mettre en place en 1921 les premiers Jeux mondiaux féminins, dont le cadre sera Monte-Carlo. Cinq nations répondent à l’appel : la Grande-Bretagne, l’Italie, la Norvège, la Suisse et la France. À l’issue de cette première mondiale, elle crée le 31 octobre la Fédération sportive féminine internationale, dont elle devient présidente. De nombreux pays l’approuvent et participent activement au premier congrès de cette organisation. L’Allemagne, l’Autriche, la Chine, l’Espagne, les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, la Suède, la Tchécoslovaquie, la Yougoslavie y sont présents. Les rencontres sportives internationales vont alors se multiplier.

Née à Nantes en 1884, Alice Milliat avait pour sport de prédilection l'aviron
© Wikimedia

Comment a-t-elle réussi à faire finalement accepter au CIO la participation des femmes aux Jeux olympiques ?

Défiant les responsables du CIO, Alice Milliat organise le 10 août 1922 au stade Pershing à Paris. Une épreuve qu’elle ose appeler "les premiers Jeux olympiques féminins". Huit pays sont présents. Onze épreuves d’athlétisme sont disputées en présence de 20 000 spectateurs. La Française Lucie Bréard y remporte le 1 000 m. C’est un succès qui n’empêche pas un nouveau refus pour les JO de 1924 à Paris. Infatigable, Alice organise en 1926 à Göteborg les deuxièmes Jeux olympiques féminins.

Devant une telle détermination, les oppositions sectaires de l’International association of athletics federations (IAAF) de Sigfrid Edström et du CIO de Pierre de Coubertin finissent par jouer la carte du compromis. La reconnaissance olympique s’accomplira en 1928 aux Jeux d’Amsterdam où 21 nations déléguèrent 277 féminines. L’élan est désormais donné, rien ne l’arrêtera. Mais malgré son engagement pour le sport féminin, Alice Milliat mourut dans un complet anonymat le 19 mai 1957 à Paris. C’est pourtant grâce à son impulsion et à la détermination d’autres personnalités d’exception, motivées par la volonté d’égalité entre les sexes, que les femmes ont pris conscience qu’en l’absence des hommes, elles étaient capables d’assumer leur indépendance et de vivre autrement. La Grande Guerre a été l’élément déclencheur, qui a mis en évidence ce besoin d’équité et a ainsi facilité la mise en place du sport féminin au plus au niveau et l’ouverture des Jeux olympiques à toutes les femmes du monde.

Une rencontre de basketball en 1920
© Collection Michel Merckel

 

 

Première publication : 14/08/2016

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