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"Toni Erdmann" : la cocasse histoire d'humour entre un père et sa fille

Winfried (Peter Simonischek) grimé en Toni Erdmann pour renouer avec sa fille Ines (Sandra Hüller).
Winfried (Peter Simonischek) grimé en Toni Erdmann pour renouer avec sa fille Ines (Sandra Hüller). Komplizen Film

Chouchou des critiques au Festival de Cannes, "Toni Erdmann" sort mercredi sur les écrans français. Injustement absent du palmarès, le film de l’Allemande Maren Ade allie rire, émotion et charge sociale avec finesse. Une pure comédie dramatique.

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À Cannes, personne ou presque ne l’avait vu venir. Peu nombreux étaient ceux, en effet, qui auraient misé un kopek sur l’unique film allemand à concourir pour la Palme d’or 2016. C’est pourtant bien "Toni Erdmann", troisième long métrage d’une jeune réalisatrice à la notoriété jusqu’alors confidentielle, qui a remporté, en mai dernier, le titre officieux, mais néanmoins flatteur, de "chouchou incontesté de la Croisette".

De mémoire de festivalier, jamais un film en compétition n’avait remporté une adhésion aussi vive de la part de la presse. Maren Ade – c’est le nom de la cinéaste – sera au moins entrée dans l’histoire du Festival en remportant la meilleure moyenne jamais enregistrée par l’hebdomadaire britannique Screen International, qui recense les notes attribuées à chaque film par les grands noms de la critique mondiale. Las, le jury de George Miller ne lui a rien décerné. Pour ses plus grands fans, "Toni Erdmann" était pourtant éligible à toutes les récompenses : Palme d’or, Grand prix, Prix du jury, prix du scénario, de la mise en scène ou de la meilleure interprétation féminine et masculine...

Comment expliquer un tel engouement critique ? Par sa capacité à agréger dans un même mouvement le rire et l’émoi tout en parvenant à capter une réalité contemporaine d’ordre social, pour ne pas dire politique. L’histoire est celle de Winfried (Peter Simonischek, sorte de sosie allemand de l'acteur français Jacques Weber), sexagénaire baba-cool en sandales qui se met en tête de libérer sa très carriériste fille Ines (Sandra Hüller, épatante) de son addiction au travail.

Lui, est professeur de musique tendance écolo soixante-huitard. Elle, est consultante dans une grande société allemande installée à Bucarest, où le miracle économique n’attend qu’à se réaliser à coups de restructuration, d’externalisation et autres stratagèmes de cols blancs visant à mettre un pays (en l’occurrence la Roumanie) au pas de la mondialisation. Autant dire que Winfried et Ines ne partagent pas vraiment la même conception du monde. Entre les deux, la communication est difficile. Lors de leurs rares retrouvailles, les menus signes d’affection paternelle semblent provoquer chez elle une poussée d’urticaire. Même à la simple – mais pas si innocente – question "es-tu heureuse ?", Ines ne trouve pas les mots pour répondre.

Perruques, fausses dents et coussin péteur

Pour rétablir le contact avec sa fille, le papa s’invente alors un double facétieux : Toni Erdmann, vieux loser et roi de la déconne qui ne se sépare jamais de ses ridicules farces et attrapes. Armé d’une impayable perruque, de fausses dents et d’un coussin péteur du meilleur goût, le vieux trublion va, à la manière d’un importun VRP multi-cartes, s’immiscer dans la vie personnelle et professionnelle de la "working-girl". Résultat : un enchaînement de situations aussi cocasses que délicieuses durant lesquelles le paternel sabote les rêves de réussite de sa fille. Sa spécialité : débarquer à l’improviste au travail d’Ines en se faisant passer pour l’ambassadeur d’Allemagne en Roumanie.

>> À relire sur France 24 : "Quand les plaisantins débarquent sur la Croisette"

La plaisanterie tend parfois à s’éterniser (le film dure quand même 2h42) mais évite la surcharge potache grâce à des moments de bravoure dramatique où l’émotion prend le pas sur la comédie. Mention spéciale à cette magnifique séquence où Ines, accompagnée au piano par son père, se met à chanter un tube de Whitney Houston avec une exaltation insoupçonnée. Frissons également garantis avec cette fin en apothéose où, à l’issue d’un brunch d’anniversaire virant à l’happening nudiste (oui, oui, ça peut arriver), le père et la fille échangent une embrassade comme seul le cinéma peut en créer (disons seulement qu’il est question de beaucoup, beaucoup de poils…).

Cinéaste et productrice réputée perfectionniste (elle a mis sept ans pour écrire et réaliser "Toni Erdmann"), Maren Ade est parvenue à redonner tout son sens à un genre aux contours d’ordinaire assez flous : la comédie dramatique. Un tour de force qui, finalement, vaut bien tous les prix cannois.

 

 

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