ÉTATS-UNIS

À New York, le quartier "paisible et multiculturel" du Queens choqué par le meurtre d'un imam

Des fidèles de la mosquée Al-Furqan Jame Masjid se sont rassemblés, dimanche 14 août, dans le Queens, à New York pour réclamer justice après le meurtre d'un de leurs imams.
Des fidèles de la mosquée Al-Furqan Jame Masjid se sont rassemblés, dimanche 14 août, dans le Queens, à New York pour réclamer justice après le meurtre d'un de leurs imams. Charlotte Oberti, France 24

Dans le Queens, l’un des quartiers les plus multiculturels de New York, qui compte une forte communauté musulmane, le meurtre d’un imam et de son assistant a ébranlé une population habituée "à vivre en paix". Reportage.

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correspondante à New York

Arpenter le quartier d’Ozone Park, dans le Queens, à New York, par un caniculaire après-midi d’août revient à déambuler dans des rues pavillonnaires quasi-désertes. La chaleur s’ajoutait à une atmosphère chargée d’émotions, au lendemain du meurtre, en pleine rue, d’un imam et de son assistant, Maulana Akonjee et Thara Uddin.

Les deux hommes rentraient chez eux à la mi-journée, dimanche 14 août, après un prêche donné à la mosquée Al-Furqan Jame Masjid, lorsqu’un individu leur a tiré dessus par derrière, avant de prendre la fuite. Depuis, Oscar Morel, un résidant de Brooklyn âgé de 35 ans, qui clame son innocence, a été inculpé de meurtre et de possession d'arme. Une nouvelle audience devant le juge est prévue jeudi. Si les motifs du suspect ne sont toujours pas connus, la police n'a pas exclu la piste du crime de haine. La thèse d’un crime crapuleux avait, elle, vite été écartée par les habitants du Queens, le corps de l’imam ayant été retrouvé avec la somme de 1 000 dollars en liquide sur lui.

"Ce genre de choses n'arrive normalement pas ici"

Devant le lieu de prière où officiaient les victimes – modeste établissement niché entre les pavillons et fréquenté majoritairement par des personnes originaires du Bangladesh – une foule compacte s’est pressée ce dimanche 14 août. Représentants de la communauté musulmane, figures politiques et fidèles sont venus exprimer leur incompréhension. "Nous avons perdu l'un de nos meilleurs imams. Nous demandons justice", lance un représentant de la communauté bangladaise, dont faisaient partie Maulana Akonjee et Thara Uddin.

"Nous sommes dévastés, choqués, mal à l’aise", explique Ash, 27 ans, un fidèle de la mosquée. "Ce genre de choses n'arrive normalement pas ici. C'est un quartier multiculturel et toutes les communautés vivent en paix, Noirs, Blancs, Chinois, juifs, hindous, musulmans." "Il n'y avait jamais eu de menaces envers la mosquée", ajoute, à ses côtés Mohamed, 28 ans, démentant des propos tenus la veille par d'autres fidèles.

Les deux jeunes hommes sont, eux aussi, originaires du Bangladesh. Ils ont grandi à New York et vivent dans ce quartier "paisible" où la mosquée a ouvert ses portes il y a 15 ans. Leurs prières, ils les effectuent aussi dans un autre établissement religieux situé un peu plus loin dans la rue. Le Queens abrite une communauté de quelque 200 000 musulmans, indique-t-on dans la foule des badauds.

Quand ils entendent le terme d’islamophobie, Ash et Mohamed tiquent. "L'islamophobie, cela peut exister n'importe où ailleurs dans le monde, mais pas à New York, assurent-ils. Ici, il y a le monde entier. Et c'est encore plus vrai dans le Queens."

Appuyant ces propos, Melinda Katz, la présidente du quartier du Queens, qui a fait le déplacement jusqu'à la mosquée pour l'occasion, indique que cette zone de New York abrite des habitants originaires de 120 pays différents.

"En tant que musulman, je me sens différent aujourd’hui"

Rokeya Akhter et Romana Jasmin habitent, elles aussi, dans le Queens. Elles chapeautent l’association New American Women’s Forum of New York, qui aide à l’intégration des femmes bangladaises dans la vie politique locale. Sous leur voile, les deux femmes dénoncent sans détour "un crime de haine". "Il n'y a pas d'autres manières de le décrire. On n'a pas vu ça en 10 ans, alors pourquoi maintenant ?", lance, énervée, Rokeya Akhter, pour qui la politique anti-musulmans du candidat républicain à la présidentielle, Donald Trump, attise les tensions envers sa communauté.

L’homme politique milliardaire multiplie en effet les déclarations stigmatisant les musulmans, affirmant notamment que ces derniers devraient être interdits d’entrée aux États-Unis.

Dans l’assemblée, d’autres personnes se disent "surprises" lorsqu’elles entendent les discours de "certains candidats à l'élection présidentielle". Regard au loin, I. Daneek Miller, conseiller municipal de New York, explique ressentir de plus en plus d’animosité envers les "Afro-Américains musulmans", comme lui. "Chaque jour, nous nous efforçons de prouver que les musulmans ne sont pas différents du reste de la population, dit-il. Mais après ce crime, je me sens différent. J'ai grandi à dix pâtés de maison de là dans les années 1970 et je peux vous dire que ce n'était pas beau à voir. La population était divisée selon les origines ethniques et il n'y avait aucune communication entre les communautés. Pourtant, à l’époque on n’avait jamais atteint ce niveau-là. Jamais un représentant religieux n’avait été abattu en plein jour."

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