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Entre la Russie et l’Iran, "une alliance très pragmatique" doublée d’une "leçon de Realpolitik"

Le président russe Vladimir Poutine et son homologue iranien Hassan Rohani, photographiés en 2015.
Le président russe Vladimir Poutine et son homologue iranien Hassan Rohani, photographiés en 2015. Atta Kenare, AFP (archives)

Depuis le 16 août, des avions russes décollent d'une base située dans le nord-ouest de l'Iran afin de mener des frappes en Syrie. Un développement qui met en lumière le degré de coopération atteint entre les deux pays. Décryptage.

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Jamais depuis la révolution islamique de 1979, l’Iran n’avait autorisé une armée étrangère à utiliser son territoire pour mener des missions dans la région. Mardi 16 août, des bombardiers russes ont mené des frappes contre des cibles en Syrie, après avoir décollé pour la première fois depuis la base iranienne d’Hamedan, au nord-ouest du pays. Profitant de cet avantage stratégique d'envoyer en mission des appareils lourds chargés de plus de bombes grâce à un temps de vol plus court, l’armée russe a renouvelé ses opérations le lendemain.

Ce développement démontre qu’un pas supplémentaire a été franchi dans la coopération entre les deux pays, qui soutiennent militairement le régime du président syrien Bachar al-Assad.

Pour comprendre la nature des liens qu’entretient le président Vladimir Poutine avec l'Iran, France 24 a interrogé Pierre Lorrain, journaliste et écrivain, spécialiste de la Russie. 

France 24 : Le degré de collaboration entre Russes et Iraniens semble désormais très élevé. Quel regard portez-vous sur cette évolution significative des relations entre les deux pays?

Pierre Lorrain : Incontestablement, une nouvelle étape a été franchie dans la coopération entre l’Iran et la Russie. Il s’agit toutefois d’un développement logique, puisque l’Iran avait déjà donné aux bombardiers stratégiques russes, en partance pour la Syrie, l’autorisation d’utiliser son espace aérien. De même que des missiles de croisière lancés depuis des navires russes dans la mer Caspienne survolent le territoire iranien depuis un certain temps déjà. À mon sens, il s’agit d’un signe de la volonté des dirigeants iraniens de s’ouvrir vers leurs amis traditionnels, qui sont en premier lieu les Russes, même s’il y eut, pendant la crise sur le dossier nucléaire iranien, quelques frictions entre Moscou et Téhéran. Voir la Russie de Vladimir Poutine s’allier avec un régime théocratique chiite n’est pas si étrange : c’est une leçon de Realpolitik, dictée par un contexte concret, puisqu’ils combattent le même ennemi, à savoir l’ensemble des groupes extrémistes qui luttent contre le président Bachar al-Assad. Elle n’est pas motivée par des raisons idéologiques, du type de celles qui mènent à des absurdités. Je pense à certains États occidentaux qui trouvent plus justifié de s’allier avec des pétromonarchies wahhabites du Golfe qui propagent dans le monde un islam rigoriste et qui financent directement ou indirectement le terrorisme.

S’agit-il d’une amitié pragmatique ou plutôt d’une alliance de circonstance ? Russes et Iraniens n’ont-ils pas des intérêts divergents, dans le sens où la Syrie se trouve dans le pré-carré chiite de l’Iran ?

Disons qu’il s’agit, et ce depuis les années 1980, d’une alliance très pragmatique, que le président Poutine ne fait qu’entretenir. L’Iran n’a pas oublié que les Soviétiques lui avaient fourni des armes dont elle avait grandement besoin lorsque la République islamique était empêtrée dans une guerre sans fin contre l’Irak (1980-1988), alors que les Occidentaux soutenaient Saddam Hussein. Aujourd’hui, une nouvelle phase de cette relation particulière s’ouvre, à la faveur de l’accord sur le nucléaire. L’Iran, qui a normalement renoncé à se doter d’un arsenal nucléaire, doit s’inscrire, ne serait-ce que parce qu’elle est cernée de puissances disposant d’une telle arme comme l’Inde et le Pakistan, dans un réseau de relations à même de lui donner des garanties. S’inscrire dans une logique d’amitié et éventuellement d’alliance avec la Russie est une manière d’y parvenir. Toujours est-il qu’en effet, tôt ou tard, leurs intérêts vont diverger, une fois que la donne aura changé, c’est le sens de toute alliance internationale. Pour l’instant les deux parties y trouvent leur compte, chaque chose en son temps.

Au final, en regardant ces événements de près, Vladimir Poutine semble continuer à avancer ses pions au Moyen-Orient, au point de devenir incontournable dans la région.

C’est indéniable, il est plus que jamais au cœur du jeu. La Russie s’est non seulement récemment réconciliée avec la Turquie, mais elle entretient aussi d’excellentes relations avec Israël et l’Iran, sans parler de l’Irak et évidemment de la Syrie, le tout en se coordonnant avec la coalition dirigée par Washington. L’explication est simple : contrairement aux chefs d’États occidentaux qui ne cessent de tergiverser, Vladimir Poutine est depuis le début sur la même ligne politique en Syrie, en soutenant le président Assad. Et il ne faut pas croire que la Russie s’est lancée dans une aventure avec les Iraniens à l’aveuglette. Nul doute que les Saoudiens et leurs alliés locaux sont ulcérés par ce rapprochement entre Moscou et Téhéran. Mais considérant que Riyad est un partenaire avec lequel il faut discuter, de par son influence sur les républiques à majorité musulmane du Caucase Nord, frontalières de la Russie. Les échanges diplomatiques restent permanents entre les deux pays. Ils ont même été relativement intenses ces dernières semaines. La lisibilité est une constante de la diplomatie russe, quoi qu’on en pense. C’est ce qui lui confère une cohérence et une crédibilité aux yeux de ses partenaires et de ses interlocuteurs. Ce dont ne peuvent se targuer les Occidentaux qui se retrouvent pratiquement exclus du théâtre moyen-oriental.
 

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