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Afghanistan : à Kunduz, dans l’ombre des Taliban

Il y a près d’un an, les Taliban se sont brièvement emparés de Kunduz, ville stratégique du nord-est de l’Afghanistan. Ils en ont été chassés quinze jours après leur arrivée, mais la possibilité d'un retour au pouvoir des islamistes est désormais dans tous les esprits. Notre correspondante en Afghanistan s’est rendue sur place.

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En survolant le nord-est du pays pour rejoindre la province de Kunduz, c’est l'Afghanistan mythique qui défile sous nos yeux : des montagnes brunes à perte de vue. Puis de petites tâches de vert parsèment le paysage, nous arrivons à Kunduz, non loin de la frontière avec le Tadjikistan. Sur le tarmac du petit aéroport, des militaires afghans veillent.

Le drapeau national afghan flotte au-dessus de la place centrale de Kunduz, mais pour combien de temps ? Le 28 septembre 2015, après être entrés dans la ville, les Taliban ont réussi à y hisser leur drapeau blanc. Leur plus grande victoire depuis la chute de leur régime en 2001 constitue aussi un grave revers pour l’armée afghane ainsi que pour le président Ashraf Ghani, au pouvoir à l’époque depuis un an tout juste.

La contre-offensive de l'armée afghane, appuyée par des raids de l’aviation américaine, avait été marquée par un drame : le bombardement de l’hôpital de Médecins sans frontières, situé au cœur de la ville. L’hôpital avait été entièrement détruit, 42 personnes, des patients et des membres du personnel, tuées. Washington avait ensuite été contraint de présenter ses excuses pour cette bavure. Mais des mois après, les habitants de Kunduz restent traumatisés.

Kunduz, symbole de l’instabilité afghane

Avec la chute de cette ville stratégique du nord-est de l’Afghanistan, le monde entier a compris qu'un retour au pouvoir des Taliban était possible dans le pays. Après la déroute de septembre dernier, le commandement militaire a été renouvelé et un nouveau chef des renseignements a été nommé dans la province.

Pour l’heure, les forces gouvernementales contrôlent la ville, mais la situation est beaucoup plus volatile dans les districts alentours, où les islamistes sont toujours présents. Deux jours avant notre arrivée, des dizaines de passagers d’un bus ont été kidnappés sur la route qui mène à Badakhshan, la province voisine.

Pour sécuriser le territoire, le gouvernement s’appuie ici comme dans d’autres provinces sur des milices locales, souvent dirigées par d’anciens seigneurs de guerre. Une politique dangereuse, qui participe à l’instabilité actuelle de l’Afghanistan.

Face à l'insécurité chronique, des milliers de personnes ont fui la province. Le docteur Ghafar est l’un des rares à y venir depuis Kaboul. Spécialisé en chirurgie plastique, il vient opérer gratuitement des enfants qui n’auraient pas accès aux soins autrement. Il y a aussi ceux qui restent, parce qu’ils n’ont nulle part ailleurs où aller, ou par choix comme Zargol Alemi, députée provinciale, décidée à rester coûte que coûte dans sa ville. Nous sommes allés à leur rencontre.

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