Rendez-vous

Rejouer


LES DERNIÈRES ÉMISSIONS

LE GROS MOT DE L'ÉCO

Cotisations sociales : la machine à redistribuer

En savoir plus

LE JOURNAL DE L’AFRIQUE

Guinée : Cellou Dalein Diallo chef de l'opposition est l'invité du Journal de l'Afrique

En savoir plus

UNE SEMAINE DANS LE MONDE

Royaume-Uni - Brexit : Quelles issues pour Theresa May et le Royaume-Uni ?

En savoir plus

LE PARIS DES ARTS

Le Paris des Arts de Yarol Poupaud

En savoir plus

#ActuElles

Des employées enceintes harcelées au Japon

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

Projet d'accord sur le Brexit : Theresa May, une première ministre bien isolée

En savoir plus

LA SEMAINE DE L'ECO

L'avenir incertain de la démocratie libérale

En savoir plus

VOUS ÊTES ICI

Dans le nord, sur la route de l’Art déco

En savoir plus

TECH 24

Audrey Tang, la hackeuse taïwanaise devenue ministre

En savoir plus

Moyen-Orient

Régime syrien et forces kurdes : pourquoi s'affrontent-ils désormais ?

© AFP | Un combattant pro-régime fait le signe de la victoire le 21 août dans un quartier de la ville de Hassaké, théâtre d'affrontements entre forces gouvernmentales et milices kurdes.

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 23/08/2016

Les frappes de l’aviation syrienne sur des positions kurdes à Hassaké le 18 août ouvrent un nouveau front. Qu’y a t-il derrière cet apparent changement de donne ? France 24 a posé la question à plusieurs spécialistes de la région.

C’est un événement inédit depuis le début du conflit en Syrie : l’aviation syrienne a frappé des secteurs tenus par les forces kurdes à Hassaké, dans le nord-est de la Syrie, jeudi 18 août. Un changement de donne qui a poussé les États-Unis à intervenir pour la première fois directement contre le régime syrien, en dépêchant des avions pour protéger leurs forces spéciales, qui conseillent les combattants kurdes dans le pays.

>> A lire sur France24 : "Les Kurdes : une nation, quatre pays, une myriade de partis"

"Il y avait déjà eu des clashes entre les forces kurdes et l’armée syrienne mais, jusque-là, tout s’était toujours résolu assez vite", rappelle Frédéric Pichon, chercheur et spécialiste du Moyen-Orient, auteur de l’ouvrage "Pourquoi l’Occident s’est trompé" (Éd. du Rocher) consacré à la Syrie. Cette fois, la trêve semble difficile à concrétiser malgré la tentative de médiation menée depuis samedi 20 août par une délégation militaire russe avec chacun des belligérants. En atteste le tweet du porte-parole de la milice kurde des Unités de protection du peuple (YPG), Redur Xelil, au lendemain des frappes à Hassaké : "Le régime baasiste va périr".

Les Kurdes syriens, jusqu'alors "le dernier problème d’Assad"

Les Kurdes et le régime syrien sont-ils en train de devenir ouvertement ennemis ? Rien ne le laissait présager il y a encore quelques mois. Le régime de Damas allait même jusqu’à parler de coopération de circonstance avec les Kurdes du YPG. Bouthaina Shaaban, la conseillère de Bachar al-Assad, affirmait début 2016 que les YPG - en plus de coopérer avec les forces américaines - "travaillaient en coopération avec l’armée syrienne et les forces aériennes russes pour nettoyer le nord de la Syrie du terrorisme". "Il y a eu, de fait, ces cinq dernières années, une coopération tacite entre les forces kurdes YPG et l’armée syrienne", explique Frédéric Pichon.

"Jusqu’à présent, il semble que le régime d’Assad considérait les Kurdes comme le dernier de ses problèmes. Il y avait donc peu de confrontations entre eux. D’ailleurs, certains, comme la Turquie, accusaient même les Kurdes de collaborer avec Assad", confirme Gallia Lindenstrauss, chercheur à l’Institute for national security studies (INSS) en Israël.

Pour expliquer ce statu quo de cinq années entre le régime syrien et les Kurdes, il faut remonter au début de la guerre civile en Syrie : "Pour éviter que les Kurdes rejoignent l’opposition, Bachar al-Assad fait revenir d’exil un chef du Parti de l'union démocratique (PYD), Saleh Mouslim", explique Frédéric Pichon. Le PYD, la branche politique des YPG, revendique alors sa neutralité et adopte une ligne "ni Bachar, ni l’opposition". Entre forces gouvernementales et kurdes, les confrontations sont rares : pendant que l'armée de Damas consacre l'essentiel de ses moyens à la lutte contre les rebelles qui cherchent à renverser Bachar al-Assad, les Kurdes affrontent principalement l'organisation État islamique (EI) pour défendre ses territoires dans le nord du pays.

Plusieurs hypothèses pour expliquer ce nouveau front

Pourquoi alors cette récente escalade et ces affrontements ouverts après cinq années de "coopération tacite" ? Pour Frédéric Pichon, plusieurs hypothèses peuvent expliquer ce qui peut apparaître comme un tournant. Il cite en premier lieu "le rapprochement entre Ankara et Damas", une convergence qui pourrait se faire "sur le dos des Kurdes", selon lui. "Nous avons besoin de normaliser aussi nos relations avec la Syrie”, indiquait il y a un mois le Premier ministre turc Binali Yildirim. Samedi, ce dernier était encore plus explicite en indiquant que son pays entendait s'impliquer davantage pour trouver une solution à la guerre civile syrienne dans les prochains mois, afin d'éviter qu'elle ne dégénère en "conflit ethnique".

Ankara n’a, en effet, jamais caché son inquiétude de voir les Kurdes syriens se constituer un territoire autonome à sa frontière et alimenter les ambitions séparatistes des Kurdes de Turquie. Hasard ou coïncidence ? Vendredi, dans un communiqué justifiant ses frappes aériennes contre les zones kurdes à Hassaké, l’armée syrienne a pour sa part présenté les YPG comme une branche du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK) en Turquie. Une première. Ankara lui a aussitôt emboîté le pas en se félicitant que Damas ait "compris" que "les Kurdes deviennent une menace pour la Syrie aussi".

>> À lire sur France 24 : Turquie : "Les Kurdes risquent de se retourner contre nous"

Le bombardement des positions kurdes peut aussi être un moyen pour Damas de faire passer "un message en interne en Syrie", estime Frédéric Pichon. En mars 2016, les Kurdes de Syrie ont en effet auto-proclamé une "région fédérale", dont Hassaké fait partie, et rêvent de relier les régions sous leur contrôle dans le nord du pays, à la frontière turque. "S’attaquer aux forces kurdes est peut-être un moyen pour le régime d’Assad d’affirmer qu’il n’acceptera jamais une partition de la Syrie, ni même une fédération comme le demandent les Kurdes", estime Frédéric Pichon. "Les combattants pro-Assad voient tout mouvement d’indépendance comme une menace pour la sécurité du régime", explique Muzaffer Senel, directeur du Center for modern turkish studies, au sein de la Istanbul Sehir University. Jeudi 18 août, une source gouvernementale locale syrienne affirmait d’ailleurs à l'AFP que les bombardements étaient "un message aux Kurdes pour qu'ils cessent de faire ce genre de revendications [territoriales], qui touchent à la souveraineté nationale".

Autre hypothèse : "Ces frappes contre les Kurdes peuvent être un moyen pour le régime syrien de signifier aux États-Unis qu’ils ont franchi la ligne rouge en venant appuyer et conseiller les combattants kurdes en Syrie", estime Frédéric Pichon. Tant que les Américains se contentaient de frapper l’EI, les Syriens toléraient qu’ils utilisent son espace aérien. Mais maintenant qu’ils soutiennent et appuient les forces kurdes, c’est une autre histoire. Or, aux yeux de Washington, les combattants kurdes représentent le levier plus efficace qui soit dans la région pour combattre les jihadistes du groupe État islamique. Ce qui ne semble pas être du goût de Damas, et encore moins d’Ankara. Les Kurdes deviendront-t-ils un sujet de discorde qui détériorera encore davantage l’alliance historique entre Washington et Ankara, malmenée ces derniers temps par la politique de plus en plus autoritaire du président Erdogan ?

Probablement soucieuses d'apaiser les craintes d'Ankara, les Forces démocratiques syriennes (FDS) - qui sont composées à 60 % de Kurdes - ont fait savoir samedi 20 août qu'après avoir repris Manbij, elles n'entendaient pas avancer pour le moment en direction du Nord et de Jarablus, dernier bastion de l'EI près de la frontière turque. Quelque soient les raisons de ce nouveau front, une chose est sûre : ces affrontements sans précédent entre le régime syrien et les forces kurdes compliquent davantage le conflit qui perdure depuis 2011.

Première publication : 22/08/2016

  • TURQUIE

    La Turquie dénonce la présence de soldats américains auprès de combattants kurdes en Syrie

    En savoir plus

  • SYRIE

    Des factions kurdes de Syrie annoncent une région fédérale dans le Nord

    En savoir plus

  • SYRIE

    Syrie : le régime bombarde pour la première fois des positions kurdes

    En savoir plus

COMMENTAIRE(S)