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Carte : la frontière syrienne au cœur de la lutte entre Turcs et Kurdes

Des tanks de l'armée turque positionnés près de la frontière syrienne (archives).
Des tanks de l'armée turque positionnés près de la frontière syrienne (archives). Bulent Kilic, AFP

La Turquie a intensifié cette semaine ses bombardements à Jarablus et à Manbij, dans le nord de la Syrie. Dans son viseur : l'EI mais surtout les YPG, principale milice kurde de Syrie, qu'Ankara veut faire reculer à tout prix.

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La Turquie bombarde depuis lundi 22 août non seulement des positions de l'organisation État islamique (EI) dans le nord de la Syrie voisine, mais aussi et surtout celles des milices kurdes qui progressent à sa frontière. Selon les médias turcs NTV et CNN-Türk, les cibles de l'EI visées se trouvaient dans la ville de Jarablus ; celles des Unités de protection du peuple (YPG), principale milice kurde de Syrie qualifiée de terroriste par Ankara, autour de la ville de Manbij.

Longtemps aux mains de l’EI, Manbij a été reprise par les Kurdes qui entendaient faire de même à Jarablus. Un scénario contrarié par les tirs turcs. "Les bombardements turcs sont tombés à Manbij alors que les Kurdes commençaient à se diriger vers Jarablus", précise Fatma Kizilboga, correspondante de France 24 en Turquie.

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Un "Kurdistan" syrien : la bête noire turque

Ce pilonnage est intervenu alors que le Premier ministre turc, Binali Yildirim, venait de juger "absolument inacceptable" la création d'une entité kurde dans le nord de la Syrie, où les forces kurdes gagnent du terrain dans leur offensive contre les jihadistes et où elles rêvent de relier les régions déjà sous leur contrôle.

En mars 2016, diverses factions kurdes de Syrie – dont le PYD, principal parti kurde de Syrie lié au PKK - ont auto-proclamé l’établissement d’une "région fédérale", le "Rojava" [Kurdistan syrien], dans le nord de la Syrie. Le projet, fondé sur une base "territoriale" et non "ethnique" selon le PYD, n’a été reconnu ni par la coalition internationale, ni par l’opposition syrienne, ni par le régime de Damas. Encore moins par la Turquie qui s'oppose catégoriquement à la création d'un territoire autonome kurde à sa frontière. 

"Quand il s’agit de terrorisme, de risque pour l’État ou de nationalisme, les Turcs ont peur d’une seule chose : des Kurdes, rappelle Armelle Charrier, chroniqueuse internationale à France 24. Les Turcs redoutent notamment la création d’un nouveau Kurdistan autonome séparatiste avec les Kurdes d’Irak, d’Iran, de Syrie et de Turquie." Une perspective qui reste lointaine, "mais si les Kurdes étaient restés discrets jusqu’à maintenant, ils ont récemment gagné en notoriété", souligne Armelle Charrier.

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>> Sur France 24 : "Les Kurdes : une nation, quatre pays, une myriade de partis"

"Avec les nombreuses batailles menées contre les jihadistes, ils ont acquis une véritable légitimité auprès de la population", poursuit l’analyste. Ankara ne l’entend pas de cette oreille et accuse de son côté le PYD d'organiser des attaques sur le sol turc en collaborant avec le Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), principal ennemi d’Ankara depuis 1984 et considéré par la Turquie comme un groupe terroriste.

Jusqu’où irait la Turquie pour contrer les Kurdes ?

Mardi matin, l'artillerie turque a par ailleurs ouvert le feu sur des positions de l'EI. Deux obus se sont abattus dans la localité turque de Karkamis (sud-est), tout près de la frontière syrienne et juste en face de Jarablus, également frappée. Quelques heures plus tôt, le chef de la diplomatie turque Mevlüt Cavusoglu avait affirmé que la frontière de la Turquie avec la Syrie devait être entièrement "nettoyée" de l'EI.

Selon un responsable turc, l’objectif des bombardements est d’ouvrir un "corridor pour les rebelles modérés". Du côté turc de la frontière, des centaines de rebelles syriens seraient déjà en train de préparer une offensive pour reprendre Jarablus, tenue par l'EI depuis 2013, ce qui pourrait les placer face à face avec les milices kurdes syriennes, selon Fatma Kizilboga.

Quelques jours auparavant, le Premier ministre turc Binali Yildirim avait déclaré que son pays allait avoir un rôle plus actif dans le conflit dans les six prochains mois afin d'empêcher que la Syrie soit divisée entre les différentes communautés en présence. Entendre : que les Kurdes y établissent un territoire autonome. Mais jusqu’où pourrait aller la Turquie, membre de l’Otan, pour empêcher l’avancée des Kurdes sur le sol voisin ?

>> Sur France 24 : "Régime syrien et forces kurdes : pourquoi s'affrontent-ils désormais ?"

"Les Kurdes sont épaulés par les forces occidentales, Bachar al-Assad bénéficie du soutien de l’axe irano-russe. Le président Erdogan sera-t-il prêt à soutenir Assad pour éviter la formation d’un Kurdistan syrien [sachant que l’aviation syrienne a frappé les forces kurdes à Hassaké, dans le nord de la Syrie, à la mi-août, pour la première fois depuis le début du conflit] ? On le verra dans les prochains jours", estime Armelle Charrier. De son côté, Recip Tayyip Erdogan est attendu dans les prochaines semaines à Téhéran.

 

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