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Une ville en Californie paie des jeunes pour les inciter à ne pas commettre de crimes

l'Office of Neighborhood Safety de Richmond, en Californie, aide des jeunes délinquants à revenir dans le droit chemin en octroyant conseils et argent.
l'Office of Neighborhood Safety de Richmond, en Californie, aide des jeunes délinquants à revenir dans le droit chemin en octroyant conseils et argent. Washington Post, Getty Images

Depuis 2007, le programme "Advance Peace" mis en place par la ville de Richmond, en Californie, tente de remettre dans le droit chemin des jeunes soupçonnés de meurtre. Il les conseille dans leur réinsertion et leur verse une allocation.

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Richmond, Californie, 100 000 âmes et un triste record de 47 homicides par armes à feu en 2007 pour la petite ville de la banlieue de San Francisco.

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Pour lutter contre la propagation des armes à feu et des crimes violents, Richmond a adopté un programme original. "Advance Peace" se présente comme une "communauté" qui sort de la rue des jeunes soupçonnés de crimes ou d'implication dans des fusillades mais qui n'ont pas été condamnés faute de preuves. La communauté leur offre une oreille, des conseils et fait office de service social pour les aider à se réinsérer.

Le programme offre également aux jeunes la possibilité de se mettre au vert avec un voyage loin de Richmond en échange de la promesse de réflechir à un "plan de vie" – qui n'inclut pas le crime bien-sûr – et de contacter chaque jour le programme. Si tout se passe bien, au bout de six mois, le participant gagne le droit à une allocation d'un maximum 1 000 $ par mois (888 euros) durant une année pour repartir du bon pied.

"17 personnes étaient responsables de 70 % des fusillades"

À l'origine de ce programme aux méthodes originales, il y a un homme : DeVone Boggan. Ce diplômé de Berkeley a fondé en 2007 l'"Office of Neighborhood Safety" (ONS) alors que la violence à Richmond atteignait des sommets. Sur fond de guerre des gangs et de chômage massif chez les jeunes et particulièrement les Afro-Américains, Richmond avait alors connu l'année la plus meurtrière de son existence : 47 homicides par armes à feu cette année-là pour la ville de 100 000 habitants. À titre de comparaison, à Chicago, à la même époque, "seulement" 16 meurtres ont eu lieu pour 100 000 habitants.

DeVone Boggan est parti d'un constat, comme il le raconte à NPR : "J'ai appris que 17 personnes étaient responsables de 70 % des coups de feu tirés dans notre ville. Dix-sept personnes ! Il était possible de changer ça."

À l'aide d'une équipe de "mentors", Boggan va donc ramasser ces 17 jeunes sur la mauvaise pente, ainsi que quelques autres, pour les remettre dans le droit chemin. Et les mentors qu'il a choisis ne sont pas des enfants de chœur. Ce serait même plutôt le contraire. La plupart sont d'anciens taulards réinsérés dans la société civile et à ce titre bien placés pour comprendre les jeunes et les guider.

Les résultats semblent là. Les homicides ont baissé de 40% un an après la création de l'ONS, et le chiffre est désormais réduit à 11 homicides par an. En août 2016, 82 personnes étaient passées par ce programme : la quasi-totalité est encore en vie et n'a jamais été de nouveau suspectée dans des crimes incluant une arme à feu, se félicite Devon Boggan devant Fox News.

Une méthode qui fait débat

Donner de l'argent à de possibles criminels qui ont frôlé la condamnation, la méthode fait évidemment débat aux États-Unis.

"Ce n'est pas juste pour les victimes", explique à Fox News l'activiste Lorrain Taylor qui a perdu ses deux enfants dans une fusillade à Oakland près de Richmond. "Comment dois-je réagir si j'apprenais que l'homme ayant tué mes deux jumeaux se voyait attribuer mille dollars par mois sur une promesse ? Comment leur faire confiance ? Ils ont tué des gens… ils vont mentir".

Devon Boggan se défend de l'idée de "donner de l'argent aux criminels". À CNN, il explique que le programme est bien plus que ça : "Nous les harcelons avec de l'amour et de la gentillesse."

"Ce sont des bébés qui ont grandi dans une zone de guerre", explique-t-il, pointant du doigt les histoires familiales difficiles de la plupart de ces jeunes délinquants. Et il se félicite de leur offrir une nouvelle chance dans la vie tout en éradiquant les violences.

Aux États-Unis, on estime à 32 000 le nombre de décès causés par les armes à feu chaque année.

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