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Burkini à Nice : la Madeleine entre désapprobation et bravade

Vue aérienne de la ville de Nice
Vue aérienne de la ville de Nice STEPHANE DANNA / AFP

Le quartier populaire de la Madeleine, dans l’ouest de Nice, accueille une forte communauté musulmane. Sur place, l'interdiction du burkini et la polémique qui s'en est suivi divisent la population. Reportage.

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Fin de journée à Nice. Le soleil d’août jette ses derniers rayons sur le quartier de la Madeleine. L'endroit, multiculturel, est moins huppé que le Vieux-Nice. Plus vivant, aussi. Ici, plus de femmes voilées que sur la Promenade des Anglais, désertée depuis la vague de verbalisations qui s'y est abattue après un arrêté interdisant les tenues à caractère ostentatoire à proximité du bord de mer.

Avant, Audrey se baignait le long de ces sept kilomètres de plage. La jeune femme de 26 ans, convertie à l'islam il y a six ans, porte le jilbab, un voile qui couvre tout son corps à l’exception de son visage. Ses yeux, souriant, se voilent à l'évocation de ses enfants, privés de baignade depuis l’arrêté.

Le burkini, "trop moulant"

“Le plus jeune a un an, l’aîné en a deux et demi. Avant, on allait à la plage, le soir, quand il y avait moins de monde et je pouvais me baigner comme ça [avec mon voile]. Mais hier, lorsque nous sommes passés avenue de la Californie [parallèle à la Promenade des Anglais, NDLR], mon fils m'a dit : 'Maman, on va à la plage ?' et j'ai dû refuser."

Si Audrey est indirectement affectée par l’arrêté visant le burkini, elle n’en aurait pas porté pour autant. “Pour moi, il montre encore trop les formes, il est trop moulant", explique-t-elle.

En vacances à Nice, Nadia, parisienne de 45 ans, ne mettrait pas non plus de burkini. Mais pour d'autres raisons. Pour cette musulmane, pas besoin d'aller plus loin que “se couvrir les cheveux, les bras et les jambes. Le reste, comme celles qui portent des gants, c'est ridicule !, estime-t-elle. Même en Iran ils ne vont pas si loin !”

Quand on évoque le burkini, Najet, 53 ans, s'offusque : “Je suis totalement contre. Ce que représente le voile, je ne le tolère pas. Ne serait-ce que par respect pour celles qui ont pu être maltraitées. Mes parents jeûnaient pendant le ramadan, ils priaient. Ils étaient tout aussi musulmans que celles qui se cachent derrière un voile.”

“On n'aura plus rien si on paye l’amende”

Khira et Sabrina, deux copines algériennes qui surveillent leurs enfants au parc, sont arrivées en France il y a 12 ans. L’une s'est mise à porter le foulard, l'autre non.

Khira, au voile rose discret, a d'ores et déjà bravé l'interdit municipal : "On est quand même allé à la plage hier avec mes enfants. Mon fils était inquiet, il m'a dit : 'Maman, je ne veux pas que tu payes 38 euros, c'est bientôt mon anniversaire et on n’aura plus rien.' Ça m'a fait de la peine.” Mais Khira n'est pas allée jusqu'à se baigner. Surtout pas avec le burkini que sa mère lui avait offert pour remplacer ses vêtements en coton, vite alourdis par l'eau de mer.

Alors que les vacances d'été touchent à leur fin, le Conseil d'État, la plus haute juridiction administrative française, doit rendre, vendredi 26 août, sa décision sur la légalité d'un arrêté anti-burkini sur les plages de l'Hexagone. Une décision très attendue, pas seulement à Nice mais dans toute la France, tant le débat s'envenime.

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