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"Pokémon Go" cédera-t-il aux exigences sécuritaires des écoles de France ?

Tumisu/Pixabay

Najat Vallaud-Belkacem a demandé à Niantic, l'éditeur du jeu "Pokémon Go", d'empêcher l'apparition de Pokémons rares près des écoles françaises. Demande réaliste ou utopique, une réponse positive de Niantic serait en tout cas une première du genre.

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"Woaw, j'ai chopé un Ronflex au lycée mec !". Attention, dresseurs de Pokémons, cette exclamation pourrait bientôt relever du fantasme le plus pur.

VOIR AUSSI : "Pokémon Go" : grâce aux Pages Jaunes, on sait désormais s'il y a un Pokéstop près de notre bar ou de notre resto préféré

La rentrée inquiète le ministère de l'Éducation nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. La folie "Pokémon Go" ne s'est pas éteinte, et de Central Park (à New-York) à Bordeaux, l'apparition d'un Pokémon rare peut provoquer mouvements de foule, attroupements, et un enthousiasme allant de l'excitation bon enfant à l'hystérie totale.

Najat Vallaud-Belkacem veut éviter que ce genre d'évènements ne viennent perturber la rentrée des classes, ou menacer les enfants. C'est pourquoi elle a annoncé, lors d'une conférence de presse lundi 29 août, avoir contacté Niantic, afin de demander qu'aucun Pokémon rare n'apparaisse dans ou près des écoles françaises.

La raison ? Éviter les attroupements devant les écoles, ou les intrusions dans les établissements. "L'accès des établissements scolaires est interdit aux personnes extérieures, notamment celles en quête de Pokémons. D'autant plus que le niveau "alerte attentat" est activé en Île-de-France et dans les Alpes-Maritimes, et que la vigilance renforcée continue de s'appliquer sur le reste du territoire", explique à Mashable FR le service de presse du ministère. Niantic n'a pour sa part pas encore réagi ni répondu à la demande d'informations de Mashable FR.

Accessoirement, cela éviterait aux élèves la tentation de jouer pendant les cours. L'article L 511-5 du code de l'éducation a beau préciser que "dans les écoles maternelles, les écoles élémentaires et les collèges, l’utilisation durant toute activité d’enseignement et dans les lieux prévus par le règlement intérieur, par un élève, d’un téléphone mobile est interdite", nombreux sont les chenapans qui n'auront aucun scrupule à outrepasser la loi pour attraper un Aquali.

Des lieux inadaptés à la pratique du jeu

Le jeu phénomène est un vrai problème pour les établissements scolaires. Plusieurs établissements, comme le lycée Maurice Ravel à Paris, sont devenus des Pokéstops ou des Arènes, c'est-à-dire des points de passage importants pour les joueurs. L'entourage de la ministre a ainsi rappelé aux directeurs qu'ils pouvaient remplir un formulaire demandant à Niantic de supprimer l'élément du jeu situé sur leur établissements.

Le développeur de "Pokémon Go" s'est déjà montré réactif face à certaines requêtes. Plusieurs lieux historiques comme la ville japonaise d'Hiroshima, l'ancien camp de concentration nazi d'Auschwitz-Birkenau, ou l'ossuaire de Douaumont en France avaient moyennement apprécié l'arrivée de joueurs de "Pokémon Go". La présence de Pokémons sur ces lieux de mémoire, parfois de recueillement, paraissait déplacée et parfois carrément insultante.

Ils ont alors individuellement contacté Niantic pour demander la suppression des Pokéstops et Arènes des lieux, et que plus aucun Pokémon n'y apparaisse. C'est chose faite, en tout cas à l'ossuaire de Douaumont.

La menace terroriste peut-elle faire plier Niantic ?

Si le respect de l'Histoire et des morts a été une raison valable de modifier son jeu pour Niantic, on ignore si les questions de sécurité et l'état d'urgence instauré en France paraîtront aussi pertinents à l'ancienne firme de Google.

D'abord, la requête de Najat Vallaud-Belkacem semble peu réalisable. Il faudrait repérer tous les établissements scolaires français et les exclure des zones d'apparition de Pokémons, soit un travail assez fastidieux et qui n'apporterait pas grand chose à Niantic.

Les géants de la tech sont peu enclins à obéir aux gouvernements

Mais surtout, les grosses entreprises de tech sont peu enclines à obéir aux injonctions ou à collaborer avec les gouvernements. Google avait refusé à l'été 2015 l'injonction de respecter le "droit à l'oubli" énoncé par la Commission Nationale de l'Informatique et des Libertés (CNIL). Et Apple a déjà refusé d'aider le FBI à déverrouiller des iPhone impliqués dans des affaires de drogues. Et si le FBI n'arrive pas à faire pression sur une grosse firme comme Apple, le gouvernement français a-t-il une chance contre Niantic Labs ? L'éditeur de "Pokémon Go" semble à l'écoute des requêtes individuelles, mais il pourrait faire preuve de méfiance envers les officiels français.

En attendant, on ne peut que vous conseiller de laisser les petits élèves français étudier tranquillement pendant que vous chassez le Pokémon. Et franchement, si ce n'est pas Mewtwo ou Métamorph, il n'y a pas de raison de s'exciter.

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