SYRIE

Mort d'Adnani, porte-parole mais surtout instigateur et superviseur des attentats de l'EI

Officiellement, il était le porte-parole de l’EI. Mais Abou Mohamed al-Adnani, ciblé mardi par une frappe de drone américaine, était surtout soupçonné d’avoir joué un rôle décisif dans les campagnes d'attentats menées en Occident.

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Abou Mohamed al-Adnani était la voix de la propagande de l’organisation État islamique (EI), mais pas seulement. Il était surtout un très haut responsable de l’organisation jihadiste, qui a annoncé mardi 30 août qu’il avait été tué dans la province d'Alep, en Syrie. Il est soupçonné d’être directement lié aux campagnes d'attentats en Occident.

"C’était un personnage primordial, qui avait le titre de porte-parole de l’EI, mais beaucoup plus important que cela, il avait le rôle de superviseur de plusieurs actions de l’EI, dont les opérations extérieures", indique Wassim Nasr, journaliste à France 24, spécialiste des réseaux jihadistes.

Un responsable du Pentagone a déclaré qu'un raid aérien américain l'avait pris pour cible mardi à Al Bab, le dernier bastion de l'EI au nord d'Alep, où il était, selon des informations non confirmées, venu soutenir le moral vacillant de ses troupes après plusieurs défaites au cours des semaines écoulées.

Pour l'analyste Charles Lister, expert du jihadisme, la mort d'Abou Mohamed al-Adnani est "un grand coup" porté à l'EI.

Le cerveau des campagnes de terreur en Occident ?

Né en 1977 et originaire de la ville d'Idlib, dans le nord-ouest de la Syrie, Abou Mohamed al-Adnani, surnommé "le cheikh Adnani" par ses sympathisants, était considéré comme le "ministre des attentats" par les services de renseignement occidentaux.

 

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Dans une enquête exclusive du New York Times, il est présenté comme étant à la tête d’une cellule secrète, appelée Emni. Mise en place par l’EI en 2014, elle est en charge de planifier des attentats partout dans le monde.

>> À lire sur France 24 : "L'Emni, la cellule secrète du groupe État islamique pour répandre la terreur dans le monde"

La cellule disposerait d’un service pour les opérations européennes, un pour les opérations asiatiques et un pour le Moyen-Orient, qui agissaient directement sur les ordres d’Abou Mohamed al-Adnani.

Une influence indirecte sur les attentats de Magnanville et de Nice

Abou Mohamed al-Adnani a fait également parler de lui en lançant, en septembre 2014, un appel au meurtre d'"infidèles" français, américains ou de pays alliés par tous les moyens. Un appel qu’il avait réitéré en mai dernier avant le début du mois de ramadan, et qui avait été cité par Larossi Abballa, le jihadiste se revendiquant de l'EI qui a assassiné le 13 juin un couple de policiers français à leur domicile de Magnanville, dans les Yvelines.

Après l'attentat de Nice le 14 juillet, le nom d’Adnani a refait surface. Le ministre français de l'Intérieur, Bernard Cazeneuve, en personne, a évoqué l'influence du "message de Daech" (autre nom de l'EI, NDLR) sur des individus comme Mohamed Lahouaiej Bouhlel, le jihadiste tunisien qui a foncé dans la foule avec un camion.

Selon Romain Caillet, chercheur à l'Institut français du Proche-Orient, le rôle de celui qu’il présente comme "sans doute, le leader le plus charismatique de l'EI", fût capital pour le recrutement au sein du groupe jihadiste. "Ce sont ses audios qui ont fait basculer la majorité des jeunes jihadistes vers l'EI plutôt qu'Al-Qaïda".

Emprisonné par les Américains dans les années 2000

Avant de prêter allégeance à l'EI et d’annoncer le "rétablissement du califat" par le groupe jihadiste, Abou Mohamed al-Adnani avait combattu sous la bannière d'Al-Qaïda en Irak, où il avait été un des derniers compagnons du fondateur du groupe, Abou Moussab al-Zarkaoui – tué par les forces américaines en 2006. Il avait été fait prisonnier par les Américains dans les années 2000, selon la Brookings Institution.

En janvier dernier, les autorités irakiennes avaient déclaré qu'il avait été blessé par une frappe aérienne dans la province d'Anbar, à l'ouest de Bagdad, et qu'il avait par la suite trouvé refuge à Mossoul, la "capitale" de l'EI dans le nord de l'Irak.

Avec AFP et Reuters

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