MOYEN-ORIENT

Syrie : des contrats humanitaires de l’ONU octroyés à des proches d’Assad

Portrait de Bachar al-Assad durant une interview avec l'AFP en janvier 2014.
Portrait de Bachar al-Assad durant une interview avec l'AFP en janvier 2014. Joseph Eid, AFP

Pour mener à bien sa mission humanitaire en Syrie, l’ONU a octroyé des contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars à des organisations proches du président syrien Bachar al-Assad, affirme un journal britannique.

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Des organisations ou des personnes proches du président syrien Bachar al-Assad se sont-elles vues octroyer par l’ONU des contrats de plusieurs dizaines de millions de dollars ? C'est ce qu'affirme mardi 30 août le journal britannique The Guardian, qui a passé au crible des centaines de contrats passés par l'ONU depuis le début du conflit syrien, en 2011.

Selon le quotidien, nombre de ces contrats ont été signés malgré l'existence de sanctions prises par l'Union européenne ou les États-Unis à l'encontre de leurs bénéficiaires.

8,5 millions de dollars pour une organisation présidée par Asma Assad

D’après le Guardian, l'ONU a, par exemple, versé plus de 13 millions de dollars au gouvernement syrien pour le développement de l'agriculture, bien que l'UE ait interdit le commerce avec les ministères concernés par ces aides.

L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a de son côté dépensé plus de 5 millions de dollars pour soutenir la banque de sang nationale syrienne, contrôlée par le ministère de la Défense. À ce propos, le porte-parole de l'OMS à Genève a précisé que l'agence ne "travaille pas directement avec le ministère de la Défense". "L'OMS a distribué des poches de sang à la banque de sang syrienne, par l'intermédiaire du ministère de la Santé et du ministère de l'Éducation supérieure", a-t-il déclaré.

Deux agences de l'ONU sont également partenaires, à hauteur de 8,5 millions de dollars, du Syria Trust charity, une organisation présidée par l'épouse du président Assad, Asma, indique le quotidien. L'Unicef a versé pour sa part 268 000 dollars à Al-Bustan Association, une organisation caritative contrôlée par Rami Makhlouf, richissime cousin du président, frappé de sanctions, et l'une des figures les plus vilipendées par les opposants du régime.

"Notre devoir est d'aider les civils"

À Genève, un porte-parole de l'ONU a indiqué mardi "travailler avec toutes les parties au conflit", car l'organisation internationale agit ainsi "dans toutes les crises".

Selon Jens Laerke, porte-parole de l'OCHA (agence de l'ONU pour les affaires humanitaires), si l'on n'accepte pas le fait que le gouvernement syrien décide avec quelles organisations non gouvernementales (ONG) l'ONU peut travailler, "les agences de l'ONU ne pourraient pas sauver autant de vies, comme elles le font actuellement en acheminant des aides" cruciales pour la population du pays.

Interrogés par le journal, des responsables de l'ONU soulignent qu'en raison de la dureté et de la complexité du conflit, le choix des partenaires pour répondre aux besoins humanitaires urgents de la population est nécessairement "limité". "Quand il s'agit de choisir entre fournir des biens ou des services via des entreprises qui pourraient être affiliées au gouvernement ou laisser des civils sans l'aide vitale dont ils ont besoin, le choix est clair : notre devoir est d'aider les civils", déclare un porte-parole de l'ONU cité dans l'enquête du Guardian.

Un autre responsable onusien souligne toutefois que la situation a créé un certain embarras au sein de plusieurs agences onusiennes préoccupées par l'emprise du régime syrien sur le fonctionnement de l'aide humanitaire.

Avec AFP

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