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Knockin, l'appli qui compile nos données personnelles pour faire gagner Sarkozy

© Bloomberg, Getty Images | Avec l'application Knockin,les militants de Nicolas Sarkozy veulent avoir une longueur d'avance sur leurs concurrents.

Texte par Romain HOUEIX

Dernière modification : 02/09/2016

Créée pour Sarkozy, Knockin est une application exploitant les données personnelles publiques afin de localiser les sympathisants de droite. Objectif : les convaincre de voter pour l'ancien Président lors de la primaire de la droite.

À l'heure d'Internet, des réseaux sociaux et du Big Data, les campagnes électorales se jouent et se gagnent aussi bien sur le terrain que sur Internet. Une idée qu'a bien intégré Nicolas Sarkozy depuis son retour en politique en septembre 2014. C'est d'ailleurs sur Facebook qu'il avait fait son annonce.

VOIR AUSSI : Les politiques s'emparent de Facebook Live, en Australie comme en France

Désormais candidat déclaré à la primaire de la droite et du centre, qui doit avoir lieu les 20 et 27 novembre prochain, Nicolas Sarkozy et son équipe ont décidé de frapper un grand coup : lancer une application, Knockin (de "to knock", qui veut dire frapper à la porte en anglais) afin d'aider ses militants dans l'exercice du porte-à-porte. Celle-ci est sortie en parallèle de l'annonce de sa candidature, fin août.

Comment ça marche ?

C'est RMC qui révèle l'information. Knockin exploite les données publiques nous concernant. Ce qui veut dire que si vous avez liké la page de Nicolas Sarkozy sur Facebook ou un jour retweeté un de ses messages sur Twitter, l'application va directement vous classer comme un sympathisant de droite.

Dès lors, elle va croiser toutes les données publiques à sa disposition (Facebook, Twitter, LinkedIn, Pages jaunes, listes électorales…) pour géolocaliser notre adresse. Ces adresses de sympathisants supposés apparaissent ensuite sur la carte de l'application sous la forme de points. Charge ensuite aux militants de les convaincre de voter pour leur poulain.

Paul Hatte est le créateur de l'application. Militant Les Républicains, il s'est inspiré de Vote Builder, un outil utilisé par le parti démocrate américain, qu'il a pu observer en travaillant aux États-Unis fin 2014 alors que les législatives battaient leur plein. De retour en France, il tente d'importer ses outils, en vain. Trop cher et surtout pas respectueux des législations françaises pointilleuses sur le fichage religieux et ethnique. 

"Comme je savais développer, je me suis dit que c'était l'occasion de lancer quelque chose sur ce marché", raconte-t-il à Mashable FR. "J'ai donc développé cette application d'aide au porte-à-porte. "Pour le moment, Nicolas Sarkozy est l'unique client de l'application mais, à terme, elle pourrait être utilisée pour tous types de campagnes électorales.

"Pendant de très longues années, on allait frapper aux portes avec les connaissances qu'on avait à partir de la carte électorale et des précédents résultats. Aujourd'hui, Knockin est un outil de pilotage qui permet de mieux cibler les populations vers lesquelles on va aller", explique Axel Calandre, conseiller à l'innovation de Nicolas Sarkozy, à Mashable FR. "Ces données sont collectées pour mobiliser nos troupes. Knockin nous permet de frapper 500 portes vraiment ciblées plutôt que 5 000 qui n'auraient aucun intérêt pour nous."

Comment se présente l'application ?

L'application est téléchargeable sur l'Apple store et le Google Play. Dès qu'on la lance, elle nous propose de "rejoindre Nicolas Sarkozy".

De là, il est possible de s'inscrire pour devenir bénévole. Il suffit de donner son prénom, son nom, son e-mail, son numéro de téléphone ainsi que son adresse.

Après avoir validé son inscription, on a accès à la carte. Celle-ci est légendée pour aider le bénévole dans ses actes de militantisme. Les points rouges sont les sympathisants à aller convaincre, les points bleus sont les contacts rentrés manuellement, les points noirs ont déjà été vus par d'autres militants et les jaunes sont "les camarades".

En une semaine, l'application revendiquait près de 1 000 téléchargements et une centaine de premières opérations effectuées à titre individuel ou collectif.

Est-ce bien légal ?

Dans son article, RMC montre que les méthodes employées par l'application peuvent surprendre voire effrayer. Ainsi, une habitante de Levallois, dans les Hauts-de-Seine, rencontrée par un militant Les Républicains s'est étonnée : "Comment avez-vous eu mon adresse? Qu'avez-vous de plus comme information ?"

Patrick Blum, l'un des vice-présidents de l'AFCDP (Association Française des correspondants à la protection des données à caractère personnel) estime que l'application est une menace pour la vie privée : "Le risque, c'est d'être démarché alors qu'on ne l'a pas demandé. C'est un risque modéré mais qui est réel, avec un envahissement de notre vie privée."

Mais le créateur de l'appli Paul Hatte se veut rassurant : "Objectivement, c'est une fausse polémique", rejette-t-il. "Dans le cas précis de cette interview de RMC, passé la surprise initiale, s'en est suivi une discussion constructive sur l'écologie. Notre objectif n'est pas de faire peur mais d'aller apporter un message intéressant la personne quand on la rencontre. Sur les sites Internet type Pages jaunes, Pages blanches, on a de la géolocalisation. Il ne faut pas non plus surinterpréter, il n'y aucun fichage. Les seules données qu'on a, ce sont des adresses et des descriptions Twitter."

Et le militant d'ajouter qu'il est "confiant" quant à l'avis de la Cnil, la commission Informatique et libertés. Celle-ci doit rendre ses recommandations pour Knockin avant la fin du mois de septembre.

Quelque chose à ajouter ? Dites-le en commentaire.

Première publication : 02/09/2016