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EUROPE

Allemagne : Comment Frauke Petry a transformé l'AfD en machine de guerre populiste

© Odd Andersen, AFP

Texte par Sébastian SEIBT

Dernière modification : 05/09/2016

Après le succès symbolique de l’AfD lors des élections régionales allemandes dans le fief historique d’Angela Merkel, la chef de file de ce parti populiste Frauke Petry apparaît comme la principale menace pour le pouvoir en place.

C’est lui qui devrait tenir le haut du pavé médiatique en Allemagne. Après tout, Leif-Erik Holm est le chef de file du parti populiste Alternative für Deutschland (AfD) dans le Land de Mecklembourg-Poméranie occidentale, où il a infligé une défaite aussi symbolique qu’historique à la chancelière Angela Merkel dans son fief électoral. L’AfD y est arrivé en deuxième position derrière les sociaux-démocrates du SPD et devant la CDU d’Angela Merkel, dimanche 4 septembre.

Mais c’est Frauke Petry, la porte-parole nationale de ce mouvement anti-immigrés qui récolte les lauriers de cette victoire. Depuis sa prise de pouvoir au sein de l’AfD, en juillet 2015, la jeune quadragénaire fascine, fait peur et accumule les succès électoraux et les coups d’éclat médiatiques outre-Rhin. Le résultat en Mecklembourg-Poméranie occidentale est largement perçu comme la victoire la plus éclatante du virage à droite que Frauke Petry a imposé à un mouvement qui, à l’origine, était un rassemblement anti-UE.

Mariée et quatre enfants

La chef de file de l’AfD a été, tour à tour, comparée à une Sarah Palin en plus futée, une Marine Le Pen en moins extrême et même à Angela Merkel, avec qui elle partage une même formation de chimiste et des origines est-allemandes. Mais Frauke Petry, c’est surtout la percée d’une politicienne que personne n’avait vu venir et qui est devenue incontournable dans le paysage politique allemand. L’histoire, en somme, d’une ambition sur fond de populisme et de discours anti-immigrés.

Frauke Petry a adhéré à l’AfD dès sa création en avril 2013. Elle y est directement nommée porte-parole nationale aux côtés de deux poids lourds du nouveau parti : Konrad Adam et Bernd Lucke. Son profil de jeune femme – elle a à peine 40 ans – au milieu d’une assemblée d’hommes plus âgés a dû jouer en sa faveur. Elle incarne aussi certaines valeurs familiales que l’AfD veut promouvoir pour séduire l’électorat conservateur. Mariée à un pasteur et mère de quatre enfants, elle a toujours défendu une vision très traditionaliste de la famille.

Si elle est très à l’aise sur le thème des valeurs, elle refuse régulièrement de parler de sa famille. Tout juste sait-on qu’elle s’est séparée de son mari en octobre 2010. L’autre sujet qu’elle ne veut pas aborder concerne son passé de chef d’entreprise. Elle avait fondé en 2007 une société chargée de commercialiser un composant chimique inventé par sa mère, mais a fait faillite en 2013.

Elle affirme que cette déconvenue lui a permis de se consacrer entièrement à sa carrière politique... au grand dam de ses rivaux masculins qui ont mis l’AfD sur les rails électoraux en misant sur un discours surtout économique et isolationniste.

Frauke Petry a compris qu’il y avait un vide politique à combler à la droite de la CDU et même de la CSU (les alliés bavarois ultraconservateurs d’Angela Merkel). La posture anti-UE ne lui suffit pas. Elle vient de Dresde, la ville de Saxe où le mouvement antimusulman Pegida a vu le jour et qui est “agitée par le discours anti-islam, la question du droit d’asile et le rejet des partis traditionnels”, rappelle le quotidien de centre droit Frankfurter Allgemeine.

Clash final à l’AfD

En 2015, Frauke Petry voit dans la popularité grandissante de Pegida une aubaine pour l’AfD… contrairement aux autres ténors du parti qui veulent éviter toute radicalisation. La jeune femme s’oppose tout d’abord, en mars 2015, au grand nettoyage de printemps proposé par Bernd Lucke, qui veut se débarrasser des éléments les plus extrémistes au sein du parti.

Elle inaugure à cette occasion un numéro d’équilibriste qu’elle va utiliser durant toute sa carrière politique et que le magazine Die Zeit à décrit comme l’art “de ne jamais prendre de position trop radicale tout en défendant ceux qui en ont”. Un militant comme Sören Oltersdorf a ainsi pu rester à l’AfD, et même se présenter comme candidat du parti à Dresde, alors que ses accointances avec les milieux néo-nazis étaient connus en interne. Il a finalement dû démissionner en 2015 après que la presse s'est emparée de l’affaire.

Le clash final pour le contrôle du parti avec Bernd Lucke intervient lors de l’université d’été en juillet 2015. C’est la ligne dure défendue par Frauke Petry qui l’emporte et la nouvelle chef de file de l’AfD ne manque pas l’occasion pour faire le procès des années Lucke et affirmer qu’il “ne faut pas avoir peur d’être à droite” alors que le mouvement se voulait jusque là comme une alternative au système partisan traditionnel. “Bernd Lucke a quitté le congrès au bord des larmes”, a raconté le Spiegel à cette occasion.

Après avoir assassiné son père politique, Frauke Petry a pointé son viseur sur l’autre femme politique allemande qui compte : Angela Merkel. La politique généreuse d’accueil des réfugiés défendue par le gouvernement devient la cible incessante des attaques de l’AfD. Un acharnement qui, jusqu’à présent, a plutôt bien réussi au parti. À tel point qu’il est devenu le troisième parti d’Allemagne devant les Verts et Die Linke, le mouvement d’extrême gauche.

Si Frauke Petry réussit pour l’instant à surfer sur une vague xénophobe sans jamais apparaître elle même trop extrémiste, le couac n’est jamais loin, souligne le quotidien de gauche Sueddeutsche Zeitung. En août 2016, elle a ainsi frôlé le carton rouge en proposant d’isoler les réfugiés qui n’ont pas obtenu le droit d’asile sur une île… où serait construit un grand centre d’accueil.

Première publication : 05/09/2016

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