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DIPLOMATIE

"Il n’y pas d’alliance entre la Turquie et la Russie, juste une coopération pragmatique en Syrie"

Les leaders du G20 posent pour la traditionnelle photo de groupe à Hangzhou, en Chine, le 4 septembre 2016.
Les leaders du G20 posent pour la traditionnelle photo de groupe à Hangzhou, en Chine, le 4 septembre 2016. Stephen Crowley, AFP

En marge du G20, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont de nouveau rencontrés scellant ainsi une réconciliation surprenante. Mais les ennemis d’hier sont loin d’être devenus des alliés, selon les experts interrogés par France 24.

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Vladimir Poutine dissertant, l’index levé, et, à ses côtés, Recep Tayyip Erdogan se penchant vers lui comme pour mieux l’écouter. Sur l’une des photos de groupe du sommet du G20 qui s’est clôturé lundi 5 septembre à Hangzhou, en Chine, l’aparté du président russe et de son homologue turc saute aux yeux. Il ne semble d’ailleurs pas avoir échappé à Barack Obama que l’on voit observer la scène du coin de l’œil.

Un tel cliché était impensable il y a encore quelques mois au plus fort de la crise diplomatique entre la Russie et la Turquie après la destruction, le 24 novembre 2015, d'un bombardier russe par l’armée turque au-dessus de la frontière turco-syrienne. Depuis les "regrets" exprimés fin juin par le président turc pour la destruction de cet avion russe, Vladimir Poutine et Recep Tayyip Erdogan se sont rencontrés deux fois en moins d'un mois – à Saint Pétersbourg début août et en marge du G20 samedi. "C’est une réconciliation spectaculaire", estime Pascal Boniface*, directeur et fondateur de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris) qui rappelle : "Après la destruction de l’avion russe, Moscou et Ankara étaient à couteaux tirés. Vladimir Poutine était même allé jusqu’à recommander à ses ressortissants de ne plus aller en vacances en Turquie, alors que plus de deux millions de Russes s'y rendent chaque année".

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Pour Pascal Boniface, il y a toutefois une part d’affichage dans cette réconciliation : "Cela permet à Ankara et Moscou de montrer aux Occidentaux qu’ils ne sont pas isolés ou enfermés dans un système d’alliances. Cela les renforce mutuellement". Mais si Ankara joue la carte russe et Moscou la carte turque, il ne faut pas s’y méprendre. "Il n’y a pas de renversement d’alliance. La Turquie cherche plus à s’investir du côté de l’Otan et des Occidentaux que du côté de la Russie", estime Pascal Boniface. Vladimir Frolov, expert russe en relations internationales, corrobore : "La Turquie et la Russie jouent sur les peurs des Occidentaux mais ce n’est en rien une menace pour l’engagement de la Turquie dans l’Otan ou son intérêt pour l’Union européenne. Et Moscou le comprend bien". Et Vladimir Frolov d‘ajouter : "Il n’y pas d’alliance entre la Turquie et la Russie, juste une coopération pragmatique en Syrie".

"Pas les mêmes objectifs à long terme"

Et les deux pays avaient-ils une autre option que de se réconcilier ? "La Turquie devait stopper les Kurdes dans leur tentative de créer leur région autonome dans le nord de la Syrie, ce que la Russie encourageait pour bloquer l’aide militaire de la Turquie aux rebelles et aux jihadistes sunnites", explique Vladimir Frolov. "Quant à la Russie, elle devait fermer la frontière syro-turque pour que son allié, le régime syrien, gagne la guerre. Cela aurait pu se faire avec les Kurdes contre la Turquie, mais cela s’est fait avec l’accord de la Turquie. Et les Kurdes ont été sacrifiés", poursuit l’expert. Si la Turquie et la Russie communiquent beaucoup sur la relance de leur coopération économique et énergétique – le projet de gazoduc Turkish Stream, gelé lors de la brouille diplomatique, doit reprendre – les deux pays sont moins diserts sur la Syrie. Et pour cause : "La Turquie et la Russie n’ont pas les mêmes objectifs à long terme sur le dossier syrien", souligne Pascal Boniface. Il y a la question du rôle futur de Bachar al-Assad dont Erdogan ne veut pas entendre parler mais que Poutine soutient. Mais ce n’est pas là leur seul point de désaccord : "La Russie et la Turquie débattent encore sur quels groupes de l’opposition syrienne joueront un rôle dans la transition et lesquels seront sacrifiés à l’instar des Kurdes", explique Vladimir Frolov. Les Russes veulent ainsi en finir avec le groupe rebelle salafiste Ahrar al-Sham… soutenu par le Qatar, l'Arabie saoudite et la Turquie. La réconciliation entre la Turquie et la Russie apparaît donc comme fragile. Et Vladimir Frolov d’avertir : "Les relations entre la Turquie et la Russie peuvent de nouveau se dégrader".

*Pascal Boniface est l'auteur de "L'année stratégique 2017" aux édtions Armand Colin

 

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