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Netflix, Hollywood, prix Nobel... mais qui sont les Casques blancs syriens ?

Des Casques blancs lors d'une intervention à Alep, le 3 juin 2016.
Des Casques blancs lors d'une intervention à Alep, le 3 juin 2016. Thaer Mohammed , AFP

Netflix leur consacre un documentaire, des stars d'Hollywood militent pour que le prix Nobel de la paix leur soit décerné : l'action des Casques blancs syriens est en passe d'être mondialement reconnue.

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Depuis que la guerre a éclaté en Syrie en 2011, il est souvent très difficile de vérifier les informations en provenance du terrain, relayées par les différents acteurs locaux. En conséquence, l’opinion publique internationale reste partiellement informée sur les difficultés quotidiennes des civils qui sont restés au milieu des bombardements et du chaos.

Elle est encore moins sensibilisée sur le sort de ceux qui, comme les Casques blancs syriens, portent secours bénévolement à leurs compatriotes en défiant la mort, dans l’une des zones les plus dangereuses du monde.

Depuis sa création en 2013, cette organisation appelée Défense civile syrienne, et dont les membres portent un casque blanc, joue un rôle vital au milieu des décombres, puisqu’elle arrive toujours en premier sur les lieux pulvérisés par des bombardements aériens ou par les barils d'explosifs lachés du ciel par le régime syrien.

Selon les chiffres publiés par leurs soins, les Casques blancs syriens, qui affirment être neutres et impartiaux par rapport au conflit qui ravage leur pays, ont sauvé plusieurs dizaines de milliers de personnes blessées ou ensevelies dans les zones tenues par les rebelles. Composé de plus de 3 000 bénévoles, issus de la société civile, ils sont souvent l’unique alternative aux services d’urgence médicale.

Un documentaire à couper le souffle

Leur action remarquable, accomplie dans des conditions extrêmes, n’a pas manqué d’attirer l’attention de la machine hollywoodienne. Netflix, la célèbre plateforme de streaming à la demande, a ainsi décidé de consacrer un "court métrage documentaire" à ce groupe.

Diffusée la semaine dernière, la bande annonce de cette production intitulée "Les Casques blancs" est digne de celle d’une nouvelle série à succès signée Netflix. Pourtant, les images sont bien réelles et souvent à couper le souffle. Elles montrent crûment les difficultés rencontrées sur le terrain par trois sauveteurs du groupe.

Réalisé par Orlando von Einsiedel, le documentaire, qui a été retenu dans les sélections officielles du Festival du Film de Toronto et du Festival du film de Telluride, sera disponible sur la plateforme de VOD à partir du 16 septembre. Les Casques blancs sont également l'objet du webdocumentaire Casques sur le front disponible sur le site de France 24.

Le Nobel de la paix ? Clooney et Affleck s’engagent

Mais ce n’est pas tout, car les Casques blancs syriens pourraient bientôt bénéficier d’une reconnaissance internationale encore plus prestigieuse. Des stars planétaires comme George Clooney, Ben Affleck, Daniel Craig, Daniel Day Lewis et Alejandro González Iñárritu ont en effet signé une pétition demandant que le prix Nobel de la paix soit remis à l’organisation.

S’il est impossible d’anticiper l’influence que cette campagne, lancée par le groupe Syria Campaign, aura sur le choix final du jury du Nobel, il n’en reste pas moins que ce genre d’initiative, couplée avec le documentaire, aura pour effet de mettre en lumière l’action de ce groupe. Sur leur compte Twitter, les Casques blancs syriens ont qualifié cette campagne "d’énorme coup de boost moral".

Et pour cause, rien ne prédestinait ces hommes et ces femmes, qui risquent quotidiennement leur vie (plus de 130 sauveteurs sont morts depuis 2013), à exercer ce type de mission dans un anonymat relatif et avec peu de moyens au début de leur engagement.

Soutenus financièrement par les États-Unis, via l'agence américaine de développement USAID (une aide de 23 millions de dollars a été évoquée par un porte-parole du Département d’État en avril 2016), le gouvernement britannique et ponctuellement par la France, l’organisation envoie ses volontaires se former et se spécialiser dans la fouille des décombres, à l’extraction des survivants et aux premiers secours en Turquie, auprès de l’ONG turque Akut.

Malgré la nature de leur mission, ils affirment pourtant être régulièrement et délibérément pris pour cible lors de leur interventions.

Accusés d’avoir partie liée avec les rebelles

Car si nul ne peut mettre en doute leur bravoure et l’utilité de leur mission, certains doutent ouvertement de leur impartialité, qui fait pourtant partie des principes fondamentaux revendiqués par ce groupe, un temps financé par l’opposition syrienne. Sans surprise, on trouve au premier rang de leurs détracteurs le régime syrien et son allié russe.

Damas et Moscou accusent notamment les Casques blancs d’avoir à la fois partie liée avec les groupes les plus extrémistes de la rébellion syrienne, tel que l’ex-Front al-Nosra, qui a récemment rompu ses liens avec Al-Qaïda, en portant notamment assistance aux jihadistes blessés dans les bombardements, et d’être à la solde des services de renseignements occidentaux qui seraient à l'origine de sa création.

Pour étayer ces accusations, ils rappellent que le chef du groupe, Raed Saleh, qui avait prononcé un discours devant le Conseil de sécurité des Nations unies en juin 2015, s’est pourtant vu refuser l’entrée sur le territoire américain en avril 2016. Et ce, sans que l’administration américaine ne donne d'explication.

Enfin, le groupe est souvent visé par des médias russes qui l'accusent de désinformation à des fins de propagande en faveur des rebelles. Récemment, une pétition a même été lancée pour exiger que le prix Nobel ne lui soit pas attribué.

Ces accusations sont rejetées par l’organisation, qui n’a jamais caché que ses membres se retrouvent de facto en contact avec des groupes rebelles, puisqu’ils n’opèrent que dans des zones échappant au contrôle de Damas.

"Nous ne faisons pas de distinction sur le terrain. Nous sauvons toutes les vies, même si de fait, nous intervenons essentiellement dans les zones libérées ou sous contrôle de l’EI. C’est dans ces zones qu’il y a des bombardements", expliquait, fin 2014, Raed Saleh aux Observateurs de France 24.

Et d’ajouter : "À Idleb, il nous est arrivé que les combattants du Front al-Nosra nous viennent en aide. Ils portent les blessés jusqu’aux ambulances. Nous constatons avec regret que le régime syrien, cependant, lui, ne respecte pas notre neutralité."

Le prix Nobel de la paix sera remis le 7 octobre prochain. Et les Casques blancs syriens, qui bénéficient actuellement de la trêve en vigueur dans le pays, y seront sans nul doute attentifs.
 

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