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Pourquoi le feu vert britannique à la centrale de Hinkley Point C importe autant à la Chine qu'à EDF

Le site nucléaire de Hinkley Point C selon EDF
Le site nucléaire de Hinkley Point C selon EDF AFP/EDF Energy

EDF n’est pas le seul gagnant du feu vert donné par le Royaume-Uni à la construction de la centrale nucléaire de Hinkley Point C. C’est également un grand bond en avant pour la Chine et ses ambitions nucléaires.

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Le patron d’EDF soulagé, Pékin rassuré. La décision du gouvernement britannique de donner, jeudi 15 septembre, son feu vert à la construction de la centrale nucléaire d’Hinkley Point C a ôté un poids sur les épaules des deux partenaires associés à ce projet de 21,1 milliards d’euros.

L’accord de Londres “marque la relance du nucléaire en Europe”, s’est réjoui Jean-Bernard Lévy, PDG du groupe EDF, très impliqué dans ce projet. Il avait craint le pire lorsque la nouvelle Première ministre britannique, Teresa May, avait décidé en juillet de repousser sa décision sur la construction de la centrale.

>> EDF perd son directeur financier, opposé au projet de centrales britanniques

Le géant public chinois du nucléaire China General Nuclear (CGN), qui va financer le projet à hauteur de sept milliards d’euros, s’est aussi déclaré “enchanté” de l’issue de l’affaire Hinkley Point C. Le “Yes, we can” final de Teresa May était aussi - sinon plus - important pour Pékin que pour EDF. Car la Chine joue beaucoup plus qu'un investissement de quelques milliards d'euros.

Londres avait justifié le report de la décision finale sur la centrale nucléaire par des considérations de sécurité nationale. La Chine n’était pas nommément visée, mais personne n’était dupe : “Le Royaume-Uni menaçait de devenir le premier pays européen à adopter une position similaire aux États-Unis et à certains alliés de Washington comme l’Australie qui, craignant l’espionnage économique, ont des réticences à travailler avec des entreprises chinoises sur des chantiers stratégiques”, souligne Jean-François Dufour, responsable du China Control Panel du cabinet de conseil Montsalvy consulting, contacté par France 24.

Le Royaume-Uni futur vitrine du savoir faire nucléaire chinois ?

Une contagion de cette méfiance risquait d’être commercialement catastrophique pour Pékin, surtout “sur un marché aussi stratégique pour la Chine que l’Europe”, note l’économiste français. Le Vieux continent est perçu comme un partenaire économique moins hostile que les États-Unis.

De ce point de vue, le feu vert donné par Teresa May est une grande victoire économique pour Pékin. Mais il est aussi important pour l’avenir des ambitions nucléaires chinoises. Si tout se passe sans accroc, le Royaume-Uni “a vocation à devenir la vitrine commerciale du savoir-faire chinois en matière nucléaire”, résume Jean-François Dufour.

Hinkley Point C n’est qu’une étape sur la route britannique de Pékin. Le groupe CGN a sorti le chéquier afin d’être associé à un projet qui lui permettra “de faire connaissance avec le réseau électrique britannique et d'approfondir son savoir-faire aux côtés d’EDF”, note l’expert de l’économie chinoise. CGN s’offre en fait une clef qui doit lui ouvrir la porte de Bradwell. Cette ville du comté d’Essex doit en effet accueillir le premier réacteur nucléaire conçu entièrement par des Chinois à l'étranger. C’est du moins ce qu’espère Pékin, qui avait reçu en 2015 le soutien de David Cameron, alors Premier ministre, pour qu’un projet en ce sens démarre en 2016.

Mais Teresa May n’est pas David Cameron. Il n’y a aucune mention de Bradwell dans le communiqué du gouvernement britannique annonçant qu’Hinkley Point C serait mené à bien. Un oubli qui n’a pas échappé à Pékin qui, dans son propre communiqué, s’est réjoui de pouvoir “aller de l’avant sur ce chantier et le projet de développer” une centrale à Bradwell.

Ce hameau dans l’Essex est devenu crucial pour Pékin, qui veut s'imposer sur le marché des centrales nucléaires à l'international. En 2015, la Chine a mis au point son propre réacteur nucléaire destiné à l’export. Un accord de vente a déjà été signé avec le Pakistan, mais démontrer son savoir-faire au Royaume-Uni serait autrement plus prestigieux et permettrait à la Chine de rattraper, en terme de réputation, ses concurrents. Et pour ce faire, tous les chemins passent par Hinkley Point.

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