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Amende de 14 milliards de dollars : la Deutsche Bank rattrapée la crise des subprimes

Daniel Roland, AFP

Les autorités américaines veulent infliger une amende de 14 milliards de dollars à la Deutsche Bank. Washington estime en effet que la banque allemande est l'un des principaux responsables de la crise des subprimes. Rappel des faits.

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Ce serait la plus lourde amende jamais infligée par les États-Unis à une banque étrangère. La banque allemande Deutsche Bank a révélé, dans la nuit de jeudi 15 à vendredi 16 septembre, que le département américain de la Justice lui réclamait la somme de 14 milliards de dollars (12,4 milliards d’euros) pour mettre un terme à une procédure en cours relative à la crise des subprimes. À côté, les 8,9 milliards de dollars que la BNP a dû payer en 2014 font figure d’aimable réprimande.

"Ce n'est que le début des négociations. La banque s'attend à ce qu'elles débouchent sur une issue similaire à celle que d'autres banques ont pu connaître [une révision à la baisse de l'amende après les négociation, NDLR]", a prévenu la Deutsche Bank dans un communiqué. Elle ne pourrait, de toute façon, pas payer cette somme "sans procéder à une augmentation de capital", a assuré Clemens Fuest, le président de l’Institut IFO, l’un des principaux centres de recherche économique allemands. Les réserves de la Deutsche Bank ne sont que de 60 milliards d’euros et "les investisseurs ne supporteraient pas que ce filet de sécurité soit réduit", précise l’économiste allemand à l’agence Reuters.

Moteur de la bulle des subprimes

Cette annonce a d’autant plus de mal à passer côté allemand que la banque s’attendait à devoir payer entre deux et trois milliards de dollars. La plupart des analystes estiment que toute amende au dessus de cinq milliards de dollars pourrait mettre la Deutsche Bank en difficulté financière.

Ces 14 milliards de dollars placent la Deutsche Bank au même niveau que les établissements américains Bank of America et JP Morgan, considérés par les autorités américaines comme les moutons financiers les plus noirs de la crise des subprimes (des prêts immobiliers hautement risqués). La première a accepté de payer 16,65 milliards de dollars en août 2014 et la deuxième a reçu une amende de 13 milliards de dollars en novembre 2013.

La sévérité du ministère américain de la Justice peut se comprendre : la Deutsche Bank a été l’un des principaux moteurs de la bulle des subprimes. Elle a même été l’acteur étranger le plus actif sur ce marché dont l’effondrement, à partir de 2007, est à l’origine de la crise financière de 2008.

La banque allemande a ainsi droit à un chapitre entier dans le très volumineux rapport "Wall Street et la crise financière : Anatomie d’un effondrement financier" publié par la Commission d’enquête permanente du Sénat américain en 2011. Aux yeux des autorités américaines, la Deutsche Bank a pêché par excès de CDO (collateralized debt obligation). Ces produits financiers étaient des pots-pourris de créances plus ou moins douteuses (comme les subprimes) vendus par les banques à prix d’or à des investisseurs peu regardants. Entre 2006 et 2007, la banque allemande était le quatrième plus important créateur et revendeur de CDO derrière Merrill Lynch, JP Morgan et Citigroup.

Les financiers allemands ont mis au point 47 CDO jusqu’en 2008 pour une valeur totale de 32,2 milliards de dollars. La commission sénatoriale reproche à la Deutsche Bank d’avoir "agressivement" cherché à écouler ses titres spéculatifs alors même que le marché des subprimes commençait à montrer des signes de faiblesse au début de l’année 2007. Lorsque les investisseurs américains ont commencé à se détourner de ces CDO remplis de créances qui apparaissaient de plus en plus toxiques, les banquiers de la Deutsche Bank ont cherché des clients en Asie et en Europe, semant ainsi les germes de la contagion de la crise des subprimes à l’international.

Les avertissements du patron des traders

La Deutsche Bank n’est pas la seule institution financière à avoir misé trop longtemps sur les subprimes. Mais elle a une circonstance aggravante : elle cherchait frénétiquement à vendre ses CDO d’un côté, et misait sur leur effondrement de l’autre.

Dès 2006, Greg Lippmann, le patron des traders de la Deutsche Bank incarné par Ryan Gosling dans le film "The Big Short", se doute que le marché de l’immobilier américain va s’effondrer à cause des crédits hypothécaires accordés trop libéralement à des acheteurs qui n’ont pas les moyens de rembourser leurs dettes (les subprimes). Il avertit à plusieurs reprises ses supérieurs et obtient le droit de… miser sur l’effondrement de ce système.

Cette stratégie, qui allait à l’encontre des efforts de la banque pour vendre des produits financiers remplis de subprimes, a rapporté cinq milliards de dollars à la Deutsche Bank. Un pari qui a permis de compenser en partie les pertes dues à la chute brutale de valeur des CDO créés par la Deutsche Bank.

Greg Lippmann a donc peut-être permis à son employeur de s’en tirer sans trop de bosses au lendemain de la crise financière. Mais tous ses avertissements et ses emails dans lesquels il qualifie de "pourries" des créances que ses équipes doivent, par ailleurs, revendre, sont autant de munitions dont le ministère américain de la Justice entend se servir pour dépeindre la Deutsche Bank en grand méchant de la crise financière et lui faire payer le prix fort de son double jeu.

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