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Les "unités dédiées" : un programme de déradicalisation en prison toujours polémique

La maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, dans le département de l'Essonne.
La maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, dans le département de l'Essonne. Eric Feferberg, AFP

Les surveillants de la maison d’arrêt d’Osny ont manifesté, lundi, après un nouvel incident au sein de l'unité de déradicalisation (UD) de leur prison. L'efficacité de ces fameux programmes, mis en place en 2016, fait plus que jamais débat.

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"On n’en peut plus ! Ce qu’il s’est passé ce n’est pas une simple agression, c’est un acte terroriste". Stéphane Touil, le secrétaire général adjoint de FO Pénitentiaire, contacté par France 24, se remet difficilement de l'agression au couteau de deux surveillants de la prison d'Osny, la semaine dernière. Lundi 19 septembre, il a manifesté aux côtés de ses collègues pour dénoncer l'insécurité croissante sur son lieu de travail. "Ces actes ont été perpétrés par des profils extrêmement dangereux. Nous avons besoin d’un personnel encadrant, d’effectifs supplémentaires pour gérer au mieux ces unités spéciales". Le détenu mis en cause, Bilal Taghi, avait peint avec le sang d'une des victimes un cœur sur le mur de la prison.

Le détenu ultra-radicalisé faisait pourtant partie d’une "unité dédiée" (UD), sorte de programme de déradicalisation. Ce n’est pas la première fois que les UD se retrouvent au cœur d’une polémique. Ces cellules de regroupement d’individus radicalisés, mis en place au début de l’année 2016, font débat. Pour les uns, ils constituent un terrain fertile pour l’élaboration de projets terroristes ou la création de réseaux jihadistes. Pour les autres, ils permettent de protéger la population carcérale, d’éloigner les autres détenus d’un possible embrigadement.

Mais comment fonctionnent-ils ? Que proposent-ils ? Et quels sont les critères de sélection pour y être transférés ? France 24 fait le point.

Cinq "unités" réservées aux hommes seuls

Il existe actuellement cinq "unités dédiées" en France : une à la maison d’arrêt de Fresnes, une à celle d’Osny, deux à celle de Fleury-Mérogis, et une au centre de détention de Lille-Annœullin. Leur mise en place, entre janvier et mars 2016, a été décidée dans le cadre du plan de lutte contre le terrorisme (PLAT) lancé par le Premier ministre l’année dernière. Il s’agissait alors "d’éviter d’une part les pressions et la propagation du prosélytisme religieux radical et, d’autre part, de favoriser la prise en charge de personnes radicalisées."

En d’autres termes, de tenter de les remettre sur le droit chemin. "On nous a dit qu’il fallait ramener ces individus à une vie normale", explique Stéphane Touil. "Qu'il fallait ‘casser’ leur quotidien."

Selon le rapport du Contrôleur général des lieux de privation de libertés (CGLPL), en juin 2016, les UD sont réservées aux hommes seuls, prévenus ou condamnés. Les femmes et les mineurs ne sont pas concernés. Les 5 "unités dédiées" offrent au total une capacité de 117 places.

Chaque UD regroupe entre 20 et 30 personnes. Elle est généralement située dans une partie du centre pénitentiaire située à l’opposé de la zone où est détenue le reste de la population carcérale, ou à un étage supérieur. Les détenus y sont incarcérés en cellule individuelle pendant une durée limitée, d’environ 6 mois, avant de retourner en détention classique.

Ils ne reçoivent aucune contrepartie à leur présence au sein de ces programmes spéciaux : aucune remise de peine n’est possible.

Quels profils dans les UD ?

Selon le CGLPL, les personnes susceptibles d’être dirigées vers les programmes des UD sont "principalement" celles qui ont été écrouées "pour des faits de terrorisme liés à l’islamisme radical violent". Mais peuvent y être admises aussi des personnes "repérées comme radicalisées" et prônant une action violente.

Jamais les "participants" des UD ne doivent entrer en contact avec les autres détenus. En théorie, du moins. "À Osny, on sait que les détenus des UD peuvent communiquer avec les autres prisonniers, notamment par les fenêtres, précise Stéphane Touil. On a également retrouvé dans certaines cellules, des armes artisanales et des téléphones portables. Il n’y a pas d’étanchéité."

• Comment les répartir ?

L’affectation est liée au degré de radicalisation de la personne. On trouve à Osny ou à Fleury-Mérogis les personnes censées être les "moins" radicalisées, les plus "accessibles à une remise en question". Les cas les plus sévères sont dirigés vers Lille-Annœullin, en raison de son quartier haute-sécurité.

Mais toujours selon le syndicaliste Stéphane Touil, la maison d’arrêt d’Osny n’a pas les épaules pour accueillir ce "programme carcéral expérimental". "Ici, cinq agents se relaient pour encadrer les 18 détenus de l’UD. Sur place, ils sont deux par jour". Trop peu, estime-t-il.

"Nos ressources sont inexistantes. Ce qui est arrivé [au surveillant agressé] est susceptible de se reproduire. Tout ce qu’on veut, c’est la sécurité du personnel. On ne demande pas des armes à feu mais plus de personnel et au moins quelque chose pour se défendre. Face à 18 détenus dangereux, nous n’avons ni menottes, ni gaz lacrymogène. Juste un sifflet."

• Quels programme de réhabilitation suivent les détenus ?

Dans la mesure où les UD ont été crées pour "déradicaliser" les détenus, le gouvernement a mis en place une importante structure éducative. Les détenus des UD ont donc droit à des activités culturelles, sportives (comme des cours d’escrime à Osny), et à des ateliers.

>> Sur France 24 : "Face à la radicalisation dans les prisons, la France fait appel aux aumoniers musulmans"

L’accent est surtout mis sur la curiosité intellectuelle. Des cours d’histoire, de religion, d’anglais, de théâtre sont dispensés, sur la base du volontariat. Des éducateurs, des psychologues viennent épauler les équipes en place. À Osny, par exemple, un professeur agrégé d’histoire vient donner des leçons de géopolitique aux détenus. Un programme obligatoire hebdomadaire a également été mis en place par l’Éducation nationale (alphabétisation, arts plastiques…)

"Ces dispositifs éducatifs porteront peut-être leurs fruits mais ça ne marchera pas avec tout le monde, déplore Stéphane Touil. Certains sont trop radicalisés. Ils parlent d’égorger des surveillants". Le syndicaliste s’étonne aussi qu’aucune mesure de sécurité particulière ne soit mise en place pour protéger les éducateurs. Le professeur d’histoire, par exemple, "est seul avec les détenus".

Le syndicat FO réclame la fermeture pure et simple des UD. "S’il faut les regrouper, je pense qu’il faudrait les rassembler dans un établissement spécifique avec un encadrement spécifique", conclut Stéphane Touil. Ca ne va pas plaire à tout le monde, mais je pense qu’il faudrait songer à créer une sorte de Guantanamo à la française."
 

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