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ÉTATS-UNIS

Attaques aux États-Unis : quel impact sur la campagne présidentielle ?

Donald Trump et Hillary Clinton.
Donald Trump et Hillary Clinton. Archives AFP
6 mn

Les États-Unis ont connu plusieurs attaques ou tentatives d’attaque sur leur sol ce week-end. Quel impact peuvent-elles avoir sur la campagne présidentielle ? France 24 a posé la question à Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis.

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L’apaisement d’un côté, l’embrasement de l’autre. Face à la menace terroriste qui s’est tout à coup intensifiée aux États-Unis à la suite d’un weekend marqué par plusieurs attaques ou tentatives d’attentat, les deux candidats à la Maison Blanche ont chacun abattu leurs cartes, révélant une vision très différente.

Donald Trump a joué la carte du nationalisme et du contrôle des frontières. "Ces attaques ont été rendues possibles à cause de l'ouverture extrême de notre système d'immigration, qui ne permet pas de contrôler suffisamment les individus qui entrent dans notre pays", a déclaré Donald Trump devant des milliers de partisans en Floride lundi 19 septembre.

Dans un discours virulent, il a de nouveau, comme il le fait depuis le début de sa campagne, lié menace islamiste et immigration. Il a longuement évoqué les attaques du week-end, l’immigration, et les attentats qui ont ensanglanté l’Europe, mettant en cause la politique menée par Hillary Clinton lorsqu'elle était secrétaire d'État d'Obama.

Celle-ci a de son côté accusé son rival de favoriser le recrutement de l'organisation État islamique (EI) par des discours incendiaires accréditant l'idée d'une guerre contre les musulmans. Mais elle a, au contraire de Trump, joué la carte de l’apaisement et cherché à rassurer les Américains. "Souvenez-vous que des millions et des millions d'Américains sont des citoyens naturalisés venus du monde entier, a-t-elle dit devant la presse lundi 19 septembre. Il y a des millions d'Américains musulmans pacifiques et qui n'ont aucun problème avec la loi. Surtout, je veux dire aux Américains, soyons vigilants, n’ayons pas peur."

Hillary Clinton a traité Donald Trump d'"agent de recrutement pour le terrorisme". Elle l’a accusé de "conforter l’EI" avec son dicours, l'accusant de mener  "une guerre contre l'Islam plutôt qu'une guerre contre les jihadistes". "Sa faiblesse et son inefficacité ont créé le problème et maintenant elle veut être présidente ? Je ne pense pas" a répliqué le milliardaire lundi.

Rassurer pour Clinton, insuffler la peur pour Trump

"Les stratégies des deux candidats sont opposées et le seront de plus en plus, prédit Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis et maître de conférence à l’Université Paris 2 Panthéon-Assas, interrogé par France 24. Hillary Clinton va continuer de mettre en avant son expérience et ses compétences, sans tomber dans le piège de répondre aux provocations et outrances permanentes de Trump. Le message qu’elle va faire passer aux Américains, c’est ‘je suis qualifiée, j’ai été aux affaires, je sais ce qu’est une coalition, je sais ce que c’est que de mener une guerre".

Trump, de son côté, va continuer à surfer sur la peur des Américains et à dérouler des thèses complotistes, comme lorsqu’il avance que l’administration Obama a créé l'EI, estime le chercheur. "Depuis le début, sa stratégie consiste à insuffler la peur. C’est une stratégie gagnante pour lui. Déjà, après les attentats du 13 novembre en France, il avait tenu un discours ultra-virulent, notamment sur l’interdiction du port d’armes en France, et avait gagné des partisans. Son objectif : désigner un ennemi intérieur, le 'musulman' ou 'l’arabe-musulman'".

Après l’attaque de San Bernardino puis celle d’Orlando, le candidat républicain a systématiquement durci son discours sur la sécurité et l’immigration et grimpé dans les sondages, poursuit le chercheur. "Physiquement, c’est un homme très imposant, un mastodonte qui se pose en protecteur, il parle haut et fort et passe pour quelqu’un de courageux lorsqu’il dit ‘je vais régler son compte à Daech’ [autre nom de l'EI]. Dans un contexte de peur, cela parle aux électeurs", analyse Jean-Éric Branaa.

Terreur à New York, dans le New Jersey et le Minnesota

En un week-end, les États-Unis ont connu plusieurs attaques ou tentatives d’attentat, à New York, dans le New Jersey et le Minnesota. Lundi 19 septembre, la police américaine a arrêté le principal suspect dans l'enquête sur l'explosion survenue samedi soir à New York. Il s’agit d’Ahmad Khan Rahami, un habitant du New Jersey d'origine afghane âgé de 28 ans, résident d'Elizabeth, dans le New Jersey. Il est soupçonné d’avoir posé une dizaine d’explosifs et d’être à l’origine de deux explosions qui ont terrorisé New York et le New Jersey ce week-end, sans toutefois faire de victimes.

L'auteur de l'attaque à l’arme blanche revendiquée par l'EI, qui a fait neuf blessés dans un centre commercial du Minnesota samedi avant d’été abattu par un policier, serait un Américain d'origine somalienne. Il aurait "fait des références à Allah", d’après la police.

Cette série est venue s’ajouter à plusieurs attaques, celle d’Orlando (Floride) - 49 morts en juin dernier-, et celle de Bernardino (Californie) qui a fait 14 tués en décembre 2015, toutes deux perpétrées par des assaillants s’étant dits en lien avec l’EI.

Les jeux sont encore largement ouverts entre les deux candidats de la présidentielle du 8 novembre. D’après un dernier sondage publié mardi 20 septembre par la chaîne NBC, et réalisé entre le 12 et le 18 septembre, soit en grande partie avant l’explosion à New York, Hillary Clinton bénéficierait de 50 % de soutien parmi les électeurs potentiels, contre 45 % pour Trump.

Mais il faut attendre quelques jours avant de pouvoir analyser les retombées réelles des attaques du week-end sur l’opinion, estime Jean-Éric Branaa. "Tant qu’on est loin de l’élection, la raison l’emporte sur l’émotion, mais plus on s’approche de la date fatidique, et plus l’émotion peut prendre le dessus, surtout dans un tel contexte. Si une attaque terroriste était perpétrée à quelques jours du vote, Trump pourrait l’emporter, comme José Maria Aznar en Espagne après l’attentat à la gare de Madrid-Atocha en 2004", prédit le chercheur.

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