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La juge congolaise Wazuri dénonce les pressions subies pour condamner Moïse Katumbi

© Fiston Mahamba, AFP | L'opposant Moïse Katumbi arrive, entouré de ses avocats, au "tribunal de paix" de Lubumbashi dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RD Congo) en mai 2016.

Texte par Alcyone WEMAËRE

Dernière modification : 27/09/2016

Le 25 juillet 2016, la juge congolaise Chantale Ramazani Wazuri affirmait avoir été "obligée" de condamner l’opposant Moïse Katumbi à trois ans de prison. Réfugiée en France par craintes de représailles, elle attend une réaction des Nations unies.

Jusqu’en juillet dernier, Chantale Ramazani Wazuri était présidente du "tribunal de paix" de Lubumbashi dans le sud-est de la République démocratique du Congo (RD Congo). Mais début août, la magistrate quadragénaire s’est réfugiée en France, dans la région parisienne, aidée par les équipes de la Fédération internationale des droits de l'Homme (FIDH) après, assure-t-elle, avoir subi des pressions de la part du gouvernement de Joseph Kabila.

Les ennuis de Chantale Ramazani Wazuri commencent en juin dernier lorsque la juge reçoit la visite de l’avocat privé de Mutond Kalev, le chef de l’Agence nationale de renseignement (ANR), les services de renseignements congolais, comme le relate le journal Le Monde dans son édition de vendredi. Ce dernier la presse de juger "dès le 20 juin" une obscure affaire de spoliation immobilière "vieille de 10 ans". Le prévenu n’est pas n’importe qui : il s’agit de l'opposant au président Joseph Kabila, Moïse Katumbi, ancien gouverneur de la province du Katanga passé dans l'opposition en septembre 2015. L'homme a confirmé en mai dernier sa candidature à la présidentielle congolaise. "C’est un dossier de la présidence", précise l’émissaire de Mutond Kalev à la juge avec qui Le Monde qui s’est entretenu.

"J’ai été obligée"

Le 22 juin 2016, le jugement tombe : la cour donne raison à un ressortissant grec accusant Moïse Katumbi de faux et usage de faux pour l'acquisition d'un immeuble dont le plaignant estime qu'il devait lui revenir en héritage. Moïse Katumbi est condamné à trois ans d’emprisonnement et un million de dollars de dommages et intérêts. Une condamnation qui rend l’opposant inéligible.

Mais un mois plus tard, le 25 juillet, Chantale Ramazani Wazuri prend la plume. Dans un courrier intitulé "Extorsion de ma signature et menace sur ma personne" auquel France 24 a eu accès, la juge s’adresse au ministre de la Justice, au président de la République et au Premier ministre de son pays mais aussi à l’ONU, à l’Union européenne, à l’Union africaine et à la FIDH. Dans sa lettre, la juge dénonce "les contraintes physiques et morales" exercées sur sa personne "avant l’audience et pendant le délibéré" et accuse : "J’ai été obligée par monsieur Kalev Mutond, administrateur général de l’ANR, la présidence de la République, le premier président de la cour d’appel de Lubumbashi (mon chef hiérarchique et inspecteur de l’ANR, accompagné de 12 éléments de la Garde républicaine) et le procureur général près de la cour d’appel de Lubumbashi, de condamner monsieur Moïse Katumbi Chapwe". Et la juge enfonce le clou : "Cette condamnation avait notamment comme objectif d’obtenir son inéligibilité en cas de présentation de sa candidature à la présidence de la République".

Dans l'attente d'une déclaration de l'ONU

Dans sa lettre, Chantale Ramazani Wazuri détaille les menaces qu'elle a subies pour condamner l'opposant : révocation, 10 ans d'emprisonnement... "Je ne peux me résoudre à voir un innocent illégalement condamné", précise-t-elle enfin.

Ses supérieurs hiérarchiques n'ont pas tardé à réagir. Le 27 juillet, soit deux jours après l'envoi du courrier de Chantal Ramazani Wazuri, le cabinet du premier président de la cour d’appel de Lubumbashi affirme que la juge n’a "jamais fait état d’une quelconque pression qui aurait été exercée sur elle ni sur un autre membre de la composition" et indique que la magistrate se trouve sous le coup d’une enquête disciplinaire "pour s’être rendue sans autorisation à Kinshasa le 22 juillet 2016".

Une menace de plus sur les épaules de la magistrate. Pour Chantale Ramazani Wazuri, retourner RD Congo n'est pas envisageable, selon la FIDH qui est en contact quotidien avec elle. Mais la juge s’inquiète pour sa famille restée sur place.

Le 19 août 2016, l’Observatoire pour la protection des défenseurs des droits de l’Homme, le programme d'alerte piloté par la FIDH et l'Organisation mondiale contre la torture (OMCT) a saisi la rapporteure spéciale des Nations unies sur l’indépendance des juges et des avocats ainsi que le rapporteur spécial sur la situation des défenseurs des droits de l’Homme. "L’objectif est que les Nations unies se prononcent publiquement sur les dysfonctionnements de la justice congolaise et que les autorités nationales soient interpellées sur les pressions visant à rendre inéligible Moïse Katumbi", explique Hugo Gabbero, responsable adjoint de l’Observatoire à France 24.

La réaction des Nations unies devrait intervenir dans les semaines à venir. "Chantale Ramazani Wazuri y tient beaucoup", selon la FIDH qui dit continuer à faire preuve de "vigilance" sur la sécurité de la magistrate. Même alors qu’elle se trouve désormais en région parisienne ? "Le dossier est sensible et le risque zéro n’existe pas".

Première publication : 23/09/2016

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