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AFGHANISTAN

Le retour d'exode des réfugiés afghans du Pakistan, une crise en devenir ?

Deux réfugiées afghanes à Peshawar, au Pakistan, se préparant à retourner en Afghanistan le 28 juillet 2016.
Deux réfugiées afghanes à Peshawar, au Pakistan, se préparant à retourner en Afghanistan le 28 juillet 2016. A Majeed, AFP

Près de 100 000 réfugiés afghans ont quitté le Pakistan pour "revenir" en Afghanistan durant le seul mois de septembre 2016. Un phénomène dont l’ampleur surprend et inquiète les organisations humanitaires.

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Le sujet n’était pas au menu de la conférence internationale de donateurs pour l'Afghanistan qui s’est déroulée à Bruxelles jusqu'au 5 octobre 2016. Pourtant, ces dernières semaines, des centaines de milliers d’Afghans, réfugiés au Pakistan depuis une trentaine d’années, "sont rentrés" en Afghanistan.

>> À lire sur France 24 : "Conférence des donateurs – plus de 13 milliards d'euros pour l'Afghanistan"

Pour le seul mois de septembre 2016, ils sont 98 000 à être ainsi "revenus" (soit presque autant que sur les huit premiers mois de l’année), selon le Haut-Commissariat aux réfugiés (HCR). Du jamais vu depuis que les États-Unis ont chassé du pouvoir les Taliban il y a quinze ans. Et le reflux massif semble loin de se tarir : chaque jour, depuis le début du mois d’octobre, 5 000 réfugiés afghans quittent le Pakistan. Contactée par France 24, Angelline Rudakubana, directrice adjointe du Programme alimentaire mondiale (PAM) en Afghanistan, admet que l’ampleur du phénomène est une surprise pour les organisations humanitaires et la communauté internationale.

Mais l’urgence est là : "On ne peut pas encore parler de crise mais avec l’hiver qui arrive, le temps presse. C’est maintenant qu’il faut agir", souligne Angelline Rudakubana. Car les réfugiés afghans qui quittent le Pakistan pour l’Afghanistan après trois décennies retournent dans un pays qu’ils n’ont jamais connu, ou presque pas. Leur "rapatriement" ressemble donc surtout à un exil et à un déracinement : "Ils ont perdu le lien avec leur communauté en Afghanistan. Ils arrivent dans un pays où ils n’ont pas de nourriture, pas de toit, pas de terres, pas d’emploi", explique la directrice adjointe en précisant que la capacité du pays à recevoir ces réfugiés est "très basse". "Et puis il y a beaucoup de sous conflits en Afghanistan".

La fin de l'hospitalité pakistanaise

Mais pourquoi les réfugiés afghans quittent-ils le Pakistan si c’est pour regagner un pays où les conditions d’accueil et de sécurité sont si précaires ? "Pour beaucoup, ils n’ont pas vraiment le choix", pointe Angelline Rudakubana. Les raisons sont multiples.

L'exode des réfugiés afghans a débuté en 1979, lorsque les troupes soviétiques envahissaient l'Afghanistan pour épauler un gouvernement communiste affaibli. Dès la fin 1979, il y avait déjà 400 000 réfugiés afghans au Pakistan selon le HCR. Les décennies suivantes, de la lutte contre les Soviétiques à la guerre civile, de la dictature des Taliban à l'invasion américaine en 2003 et aux offensives actuelles des insurgés, la paix n'est pas revenue en Afghanistan mais l’hospitalité pakistanaise a fini par s'épuiser.

Le Pakistan abrite désormais 1,4 million de réfugiés enregistrés ainsi qu’environ un million de réfugiés non enregistrés selon le HCR, ce qui en fait, de facto, l’un des pays accueillant le plus de réfugiés au monde. Mais, même après des décennies passées au Pakistan, les réfugiés afghans restent des réfugiés "temporaires" pour les autorités. Depuis 2009, Islamabad a maintes fois repoussé la date-butoir à laquelle ils doivent quitter le pays, mais nombre d’entre eux craignent que le dernier ultimatum évoqué, pour mars 2017, ne soit le bon.

>> À voir sur France 24 : "Réfugiés afghans – le difficile choix du retour"

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Les réfugiés afghans sont aussi davantage sous pression depuis un raid particulièrement meurtrier des Taliban contre une école à Peshawar, en Pakistan, en 2014, organisé depuis l'Afghanistan selon des responsables pakistanais. Les autorités ont renforcé les contrôles aux frontières, notamment au principal poste, Torkham, jusqu'ici notoirement peu regardant. Dans ce contexte, selon le HCR, les réfugiés afghans pressentent un avenir incertain au Pakistan.

D’autres facteurs, plus incitatifs, entrent aussi en ligne de compte : pour la première fois, le président afghan, Ashraf Ghani, a incité les réfugiés afghans à revenir pour participer à la reconstruction de leur pays. Cette déclaration ajoutée au doublement des primes versées par le HCR aux réfugiés pour les inciter à rentrer – passées de 200 dollars à 400 dollars par personne en juin – et le reflux aux frontières a grimpé en flèche.

Près de 70 millions de dollars nécessaires pour éviter la crise

De retour en Afghanistan après parfois plus de trente ans au Pakistan, les anciens "réfugiés afghans" viennent rejoindre un nombre déjà ingérable de déplacés "intérieurs" du fait des combats et de l'insécurité qui secouent toujours, en effet,de nombreuses provinces afghanes. Ainsi, même à Kaboul, une des villes à plus forte croissance dans la région, l'ampleur du flux déborde largement les capacités du gouvernement à l'absorber.

D'après l'ONU, l’Afghanistan comptait plus de 265 000 déplacés ayant besoin d'assistance à la mi-septembre. Et les choses risquent d'empirer après l'accord signé dimanche 2 octobre 2016 avec l'UE, engageant l'Afghanistan à rapatrier les migrants déboutés du droit d'asile. Selon le PAM, 67 millions de dollars seraient nécessaires pour venir en aide à 550 000 réfugiés et déplacés afghans jusque juin 2017.

Avec AFP
 

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