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Colombie : le gourou indien qui murmurait à l’oreille des Farc

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Le gourou Sri Sri Ravi Shankar, à la tête d’une fondation prônant la non violence, a joué un rôle méconnu dans le processus de réconciliation entre Bogota et la guérilla des Farc. De passage à Paris, il a été reçu à l’Assemblée et au Sénat.

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Et si Manuel Santos, le président de la Colombie, devait une bonne partie de son prix Nobel à un gourou indien ? Sri Sri Ravi Shankar (aucun rapport avec le célèbre musicien décédé) est à la tête de la "Art of Living foundation" qui revendique 300 millions d’adeptes dans 150 pays.

En juin 2015, à La Havane, à la demande du président colombien, il a rencontré une délégation de l’état-major des Farc conduite par son chef, Ivan Márquez. En trois jours à peine, Il réussit à convaincre ces guérilleros marxistes d’abandonner la lutte armée pour adopter la "voix gandhienne", c’est-à-dire la méthode non violente qui permit au Mahatma Gandhi de libérer le sous-continent de la tutelle britannique. Au terme de ces trois jours de discussions à bâtons rompus avec le maître spirituel, les Farc annonçaient un cessez-le-feu unilatéral qui pava la voie à la signature, le 26 septembre dernier, de l’accord de paix de Bogota prévoyant une amnistie générale et un processus de réinsertion politique des guérilleros. Malgré l’échec du référendum populaire – un conflit armé de 52 ans ayant fait 260 000 victimes – pourrait bientôt connaître une issue pacifique.

Cela ressemble à un pur miracle. Mais cela n’en est pas un, comme le montre d’ailleurs le scepticisme de nombreux Colombiens qui estiment que des Farc à bout de souffle s’en tirent un peu trop à bon compte. De l’autre côté, il est certain que le président Santos, élu en 2010, était décidé à rompre avec l’intransigeance de son prédécesseur Álvaro Uribe. Il fallait quand même mener l’affaire à son terme et c’est surtout le ralliement spectaculaire de la guérilla à la "voie gandhienne", officialisée à La Havane, qui force l’admiration.

L’histoire est intégralement racontée dans ce documentaire dans lequel la mission du gourou est suivie pas à pas.

Pour voir la vidéo sur vos tablettes et mobiles, cliquez ici.

On y voit le leader spirituel rassurer ainsi des Farc assez hésitants devant la perspective de cette conversion en militants non violents : "Non, leur dit-il, la spiritualité n’est pas dissociable de la justice sociale. N’abandonnez pas votre combat. Mais si vous envoyez ce message et que le gouvernement fait du mal à un seul d’entre vous, la communauté internationale dans son ensemble sera à vos côtés."

À l’issue de la deuxième journée de discussions, Ravi Shankar invite ses hôtes à l’ambassade d’Inde à La Havane pour… une séance de méditation. Une invitation "au voyage du mouvement vers l’immobilité". Les révolutionnaires marxistes n’étaient pas prévenus et se prêtent au jeu. La scène est incroyable, mais le terrain était préparé.

Dans les pays où la fondation est présente, ses bénévoles initient à une méthode de méditation basée sur le souffle et le yoga, avec une attention particulière aux sujets violents ou en proie à des accès de violence. Elle a déjà à son actif de nombreux cas de déradicalisation de terroristes, et elle est très active dans les prisons, notamment en Colombie. Elle intervient aussi auprès de soldats de retour de missions de combat et affirme qu’elle parvient à réduire de 40 à 50 % les cas de stress post-traumatique.

Sri Sri Ravi Shankar est aussi intervenu dans les conflits du Sri Lanka et du Cachemire, qu’il suit évidemment de près. "J’aimerais, dit-il, aider les gens à être plus heureux. Et qu’ils se rendent compte que le bonheur des autres aura un effet sur le leur."

Il s’exprime toujours d’une voix posée. Prend son temps avant de répondre. Ce n’est ni un prêcheur, ni un orateur. Mais ceux qui travaillent à ses côtés remarquent qu’il transmet un fluide auprès des interlocuteurs et finit par convaincre les plus méfiants.

Lors de son passage à Paris, il a été reçu à l’Assemblée nationale et au Sénat. Nous lui avons demandé s’il pouvait faire quelque chose pour le conflit israélo-palestinien, qui devient de plus en plus une guerre de religion, avec le casse-tête des lieux saints. Après un long silence, il admet qu’il faut encore "élever le niveau de conscience de part et d’autre. En Inde, poursuit-il, nous voyons des hindouistes et des musulmans s’entendre pour prier à tour de rôle dans des lieux qui ont été successivement des mosquées et des temples. Mais il est vrai que les musulmans sont minoritaires dans le pays."

En juin 2017, le gourou sera présent à Jérusalem pour un rassemblement mondial des prix Nobel de la paix.

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