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Crèche de Noël dans une mairie : signe religieux ou objet festif populaire ?

Des crèches pourront être installées, sous certaines conditions, dans des bâtiments publics.
Des crèches pourront être installées, sous certaines conditions, dans des bâtiments publics. Brendan Smialowski, AFP

Le Conseil d'État a estimé vendredi que des crèches de Noël pouvaient être installées, sous certaines conditions, dans des bâtiments publics. Le débat faisait rage depuis plusieurs mois : la Nativité est-elle compatible avec la laïcité ?

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L’âne, le bœuf et le petit Jésus ont-il leur place dans une mairie de la République au moment des festivités de Noël ? À l’approche des fêtes de fin d’année, la question revient dans l’espace public. Mais elle agitait depuis plusieurs mois la sphère politique. Revenons en 2015, il y a tout juste un an. François Baroin (LR), président de l’Association des maires de France (AMF), délivrait alors, à l’intention de toutes les municipalités de l’Hexagone, une série de recommandations sur le comment-vivre-ensemble-en-respect-avec-la-laïcité.

L’AMF appelait, entre autres choses, les maires à ne pas installer de crèche dans les bâtiments administratifs au nom de la "neutralité religieuse" de l’État. Levée de boucliers : des dizaines d’élus ont dénoncé une "laïcité intégriste". De nombreux édiles frontistes se sont alarmés de "l’abandon des racines chrétiennes". D'autres au contraire ont applaudi la recommandation. "Il n'y aura pas de #CrechesDeNoel à la mairie de #Conches. Un sapin oui. Des boules oui. Mais aucun signe religieux ou apparenté !", a tweeté un adjoint d'une mairie de Normandie.

La crèche est-elle vraiment incompatible avec la laïcité ? Le rapporteur public du Conseil d’État a tranché, vendredi 21 octobre. Non, la crèche n’est pas une atteinte aux valeurs de la République. La représentation de la Nativité dans les bâtiments administratifs sera désormais autorisée sous plusieurs conditions : être "temporaire", sans "aucun signe de prosélytisme religieux" et de caractère "festif".

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Folklore catholique et foi

À quelques semaines de Noël, il y avait urgence à statuer. Ces derniers mois, deux cours administratives d'appel avaient rendu des arrêts diamétralement opposés. En octobre 2015, la cour d'appel de Nantes avait validé l'installation d'une crèche au conseil général de Vendée. Une semaine plus tard, la justice de Paris avait au contraire refusé son aménagement à la mairie de Melun, pour non-respect de la loi de 1905 : "Il est interdit […] d'élever ou d'apposer aucun signe ou emblème religieux sur les monuments publics ou en quelque emplacement public que ce soit, à l'exception des édifices servant au culte, des terrains de sépulture dans les cimetières, des monuments funéraires, ainsi que des musées ou expositions."

Cette contradiction juridique n’a rien d’étonnant pour François Mabille, chercheur au Groupe religion, société et laïcité (GRSL) au CNRS. La crèche, explique-t-il à France 24, se situe à mi-chemin entre un emblème religieux et un objet du patrimoine. "Dire qu’une crèche est un objet religieux n’est pas tout à fait exact. Il relève du domaine du folklore catholique et non pas de la foi. Beaucoup de croyants savent que la crèche, l’âne et le bœuf sont une légende. Une crèche est plutôt un support folklorique de la religion", développe-t-il.

Sa représentation n’appartient pas pour autant au domaine patrimonial. "La crèche dépend plutôt de la culture européenne occidentale, relève-t-il. Dans le conscient collectif de la plupart des Français, la crèche est l’équivalent du père Noël. Elle revêt un caractère populaire, dénué de toute signification religieuse. Elle s’associe à l’idée d’une fête de fin d’année." Et l’expert de citer des exemples : "Prenez les grands magasins [à Paris]. À Noël, ils proposent des animations avec des symboles [comme des chandelles, des anges, NDLR] qui ont pu être religieux mais qui ne le sont plus."

Laïcité ou la gestion du pluralisme religieux

Pour François Mabille, le débat reste surtout éminemment politique. "Ce qui a fait peur à l’AMF, ce sont les possibles revendications des autres groupes religieux, juifs, musulmans, protestants [dans l’espace public]… ", précise-t-il. Le problème de fond, ce n’est pas tant la laïcité que la "gestion du pluralisme religieux en France".

Un argument qui se tient quand on se souvient de la sortie de Robert Ménard, le maire FN de Béziers, qui n’avait pas hésité à se servir allègrement de la polémique sur la crèche pour la transformer en un débat sur l’islam et non plus sur la laïcité. "Quand la Mairie de Paris organise une soirée festive pour le début du ramadan, c'est considéré comme un événement culturel par Manuel Valls lui-même, et quand il s'agit d'une crèche on dit : 'C'est religieux'", avait-il déclaré en décembre 2014.

Le seins nus de Marianne

Confondre religion et politique de la religion est un écueil dangereux, argue enfin François Mabille. Doit-on, au nom de la laïcité, également revendiquer un athéisme de l’État ? "Faudrait-il interdire la présence de représentants du gouvernement au dîner du Crif [dîner annuel organisé par le Conseil représentatif des institutions juives de France auquel sont invités de nombreuses personnalités politiques], faudrait-il dénoncer la présence des représentants de l’État à la rupture du jeûne du ramadan ? Faudrait-il interdire l’épiphanie et la tradition de la galette des rois à l’Élysée ?" Tout cela pourrait "marginaliser" la France en matière de laïcité.

Pour décrisper la situation, il reste l’humour. Sur les réseaux sociaux, les internautes ont rivalisé de dérision pour évoquer la laïcité et la place du petit Jésus dans l’espace public. L’un d’eux a proposé un accord républicain que d’aucuns pourraient trouver raisonnable et adéquat. "OK pour les #crèches dans les mairies, si on met un buste de Marianne les seins à l'air dans les églises."

Avec AFP
 

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