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Centenaire de la bataille de Verdun : hommage aux troupes coloniales

Une gerbe a été déposée par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian à l'entrée du fort de Douaumont.
Une gerbe a été déposée par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian à l'entrée du fort de Douaumont. Jean-Christophe Verhaegen, AFP

Il y a 100 ans, le 24 octobre 1916, les Français reprenaient aux Allemands le fort de Douaumont. Lors de cet épisode de la bataille de Verdun, les troupes coloniales se distinguèrent particulièrement. Lundi, une cérémonie leur rendait hommage.

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En ce 24 octobre 2016, c'est un épais brouillard qui enveloppe les collines du champ de bataille de Verdun. L'atmosphère est humide et le gris du ciel lugubre. Surplombant cette terre de la Meuse, le fort de Douaumont est à peine visible.

Il y a cent ans jour pour jour, le temps était le même : c'est sous une brume particulièrement tenace que les soldats français s'élançaient pour reprendre ce fort tombé aux mains des Allemands depuis la fin février 1916 et le début de la bataille de Verdun. “Dans un paysage inondé aux allures de marécage, la progression est particulièrement difficile. On a de la boue jusqu'aux genoux, les tranchées et les trous d'obus qui laminent le terrain sont envahis d'eau”. Ainsi le Ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, qui présidait lundi une cérémonie de commémoration de cette date anniversaire, a-t-il décrit la situation des soldats de l'époque. “Arrivés aux abords des fortifications, on se bat au fusil-mitrailleur, à la grenade et au lance-flammes pour emporter les positions ennemies”.

"Le lieu d'une fraternité d'armes"

En quelques heures, le 24 octobre 1916, après un déluge d'artillerie et un assaut de plusieurs milliers d'hommes, l'enceinte militaire est finalement de nouveau occupée par l'armée tricolore. Ce succès est d'une forte portée symbolique. Après huit mois d'occupation et la perte de près de 100 000 hommes à Verdun, la France récupère son fort. Ce jour là, plusieurs régiments se distinguent et tout particulièrement celui des combattants de l'Outre-Mer provenant des colonies et des territoires français. Ainsi, pour les honorer, le ministère de la Défense a-t-il choisi cette date particulièrement symbolique.

“C'est à eux que la France veut rendre hommage aujourd'hui, pour leur bravoure et leur sacrifice, ici à Douaumont, et sur tous les fronts du premier conflit mondial. Aux côtés des régiments de métropole, ce champ de bataille fut le lieu d'une fraternité d'armes à l'échelle du monde, dont nous honorons aujourd'hui le souvenir”, a déclaré Jean-Yves Le Drian. “Car avec le régiment d'infanterie coloniale du Maroc ce sont les bataillons de tirailleurs sénégalais, somalis, tunisiens et algériens qui partent à l'assaut du fort. Je pense également aux combattants venus de la Corne de l'Afrique, et notamment de Djibouti, de Madagascar et des Comores, comme à tous les combattants d'Afrique, zouaves et tirailleurs”.

"Que les Français reconnaissent le rôle que nous avons eu"

Derrière le ministre, des militaires de chacun de ces pays se tiennent debout sous une pluie battante avec leur drapeau. Ils représentent le Bénin, le Burkina-Faso, le Congo-Brazzaville, la Côte d'Ivoire, le Sénégal, le Tchad, le Maroc ou encore la Tunisie.

Gérard Konze, jeune élève officier originaire de Centrafrique, avoue ressentir une profonde fierté d'être là. Il découvre aussi tout ce pan de l'histoire partagée entre la France et l'Afrique. “J'avais étudié la Première Guerre mondiale dans mon pays, mais il y a des choses que je ne connaissais pas. En venant ici, j'ai pu comprendre beaucoup de choses”, explique-t-il. Le lieutenant-colonel Abderrazak Sediki a lui aussi ressenti beaucoup d'émotions, à la fois en tant que soldat, mais aussi comme citoyen algérien. “C'est très important que les Français reconnaissent le rôle que nous avons eu et aussi le sacrifice que nous avons fait spécialement dans cette zone”.

Pendant la bataille de Verdun, ce sont ainsi environ huit divisions issues de tout l'Empire français, soit 90 000 à 96 000 hommes, dont 50 000 soldats indigènes, qui ont pris part à la bataille de Verdun de février à décembre 1916, selon l'historien Eric Deroo, chercheur au CNRS. Au total, pendant toute la durée du conflit, près de 700 000 soldats des colonies ont été mobilisés.

Cent ans après, leurs actions n'ont pas été oubliées. À l'entrée du Fort de Douaumont, plusieurs plaques célèbrent leurs faits d'armes. Pour Amara Camara, l'ambassadeur de la Guinée à Paris, ce rappel du passé n'est pas seulement une manière de rendre hommage aux soldats morts ici-même, il est également nécessaire pour comprendre le présent. "Les relations entre la France et l'Afrique ne datent pas d'aujourd'hui. Notre continent a versé beaucoup de son sang ici à Douaumont ou ailleurs, également pendant la Seconde Guerre mondiale". Mais aussi une manière de préparer l'avenir. "Nous avons des enfants, des petits-enfants, qui sont nés en France et qui méritent de connaître ce passé. Par les temps qui courent, le populisme a tendance à gommer ce genre de mémoire", estime l'ambassadeur. "C'est en cela que ce genre de commémoration est importante. Nos relations sont de sang". 

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