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Privations, bombardements, exécutions : un blogueur tient le journal de Mossoul occupée

Des membres de l'organisation État islamique contrôlent un point de passage à Mossoul, le 17 juin 2014.
Des membres de l'organisation État islamique contrôlent un point de passage à Mossoul, le 17 juin 2014. Karim Sahib, AFP

Depuis le mois de juin 2014, un blogueur de Mossoul raconte la vie quotidienne des habitants de la ville. À l’approche des troupes irakiennes, ses récits sont teintés d’espoir mais reflètent aussi les craintes de la population locale.

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"Temps passé depuis l’invasion de Mossoul par l’organisation État islamique [EI] : 869 jours, soit 20 856 heures ou 1 251 360 minutes". Depuis le 18 juin 2014, quelques jours avant la proclamation par Abou Bakr al-Baghdadi d’un "califat islamique" à cheval sur l’Irak et la Syrie, un historien de Mossoul compte les jours.

Sur son site baptisé Mosul eye, "l’œil de Mossoul", il s’est improvisé blogueur et témoin des atrocités commises par le groupe jihadiste dans sa ville. Bien sûr, il ne donne pas son nom. Sous l’autorité de l’EI, une simple référence à son identité suffirait à le condamner à mort, ainsi que sa famille.

Au journal américain The New Yorker, il a raconté qu’il devait sans cesse, et même souvent en pleine nuit, changer de place son matériel informatique pour assurer sa sécurité et celle des siens.

Malgré les risques, l’auteur de Mosul eye s’est astreint à écrire presque tous les jours sur la vie quotidienne des habitants de Mossoul. Des exécutions sommaires pratiquées par l’EI aux pénuries de nourriture. Toujours avec la même approche : celle, rigoureuse, d’un historien. "Je ne communiquerai que les faits que j’aurai vu", promet-il en juin 2014 dans l’un de ses premiers messages qui tient lieu de profession de foi.

Il n’a donc raconté que des faits : le 31 juillet 2014, quatre frappes aériennes touchent le quartier d’Al-Mansour et l’EI distribue des tracts interdisant toute "pratique religieuse polythéiste". Le 19 décembre 2015, la valeur du dinar irakien chute encore après l’effondrement du marché boursier de Mossoul. Les conséquences s’en font ressentir. Les salaires des combattants de l’EI connaissent des coupes drastiques. Le 5 juin 2016, le kilo de tomates se négocie 1 500 dinars irakiens (environ 1,17 euros) sur le marché de Mossoul, les taxes imposées par l’EI s’élèvent chaque mois à 50 000 dinars irakiens (environ 39 euros) et un ampère d’électricité est vendu 7 000 dinars irakiens (environ 5,5 euros).

"L’EI a piégé tous les ponts avec des explosifs"

Depuis l’annonce le 17 octobre dernier du lancement de l’offensive des troupes irakiennes sur Mossoul, les textes postés sur Mosul eye sont plus fréquents. Plus personnels et plus inquiétants aussi. Ils disent l’ampleur des destructions dans la ville, la multiplication des exécutions de prisonniers de l’EI ou encore la confiscation des cartes sim des habitants.

L’auteur de Mosul eye rapporte aussi l’explosion des prix des denrées alimentaires et les craintes de la population de subir une crise alimentaire majeure. Une crainte parmi tant d’autres car les habitants semblent savoir que la libération totale de la ville sera difficile. Majoritairement sunnites, ils redoutent notamment le sort que leur réserveront les milices populaires chiites qui, elles, arrivent par le sud.

Quant aux troupes irakiennes qui s’apprêtent à entrer dans la ville par le front est, leur avancée devrait être rapidement freinée par l’Euphrate qui traverse la ville. Selon Mosul eye, "l’EI a piégé tous les ponts avec des explosifs et une voiture piégée est cachée sous le 5ème".

Lundi soir, les troupes gouvernementales n’étaient plus qu’à quelques kilomètres de l’enceinte de la deuxième ville d’Irak. Dans ses textes les plus récents, le blogueur se dit désormais paralysé par la peur, "ce monstre aux yeux de pierre", de ne pas connaître l’issue de la bataille finale de Mossoul.

Pourtant, mardi matin, sans se départir de sa crainte, il s’autorise une note d’espoir : "Cette nuit sera décisive. Peut-être que tout ce qui adviendra après cette nuit sera beau et bon. Ou peut-être pas".
 

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