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Assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon : "L'État français ne dit pas tout"

France 24

Trois ans après la mort des deux journalistes de RFI, abattus dans le nord du Mali le 2 novembre 2013, l'enquête progresse lentement. Pour France 24, leur ex-collègue Christophe Boisbouvier revient sur les zones d'ombre qui entourent l'enquête.

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Il y a trois ans, jour pour jour, le 2 novembre 2013, Ghislaine Dupont et Claude Verlon étaient enlevés puis assassinés près de Kidal, dans le nord du Mali, où ils couvraient la tenue des élections législatives. Depuis le drame, les proches de la journaliste et du technicien de Radio France internationale (RFI) ne cessent de militer pour que toute la lumière soit faite sur les circonstances du double assassinat et les motivations de leurs auteurs.

Sur le plateau de France 24, Christophe Boisbouvier, journaliste à RFI et membre de l’association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, fait le point sur les zones d’ombres qui entourent l’enquête.

Depuis le 2 novembre 2013, les investigations menées au Mali et en France ont-elles connu des avancées ?

L’enquête n’a pas vraiment progressé. Il y a eu quelques points positifs comme la déclassification d’un certain nombre de pièces. Mais l’armée française n’a déclassifié que la moitié des documents demandés par le juge d’instruction. Et cette moitié comporte de nombreux trous, nous disent des sources proches de l’enquête.

Aujourd’hui, nous avons deux grosses interrogations. La première se situe au niveau de la justice malienne. Nous venons d’apprendre que le juge d’instruction Mamadou Kassogué, chargé du dossier à Bamako, n’appartient pas au pôle antiterroriste. Une unité qui a été créée il y a plus de trois ans et qui dispose de moyens que le tribunal de grande instance de Bamako n’a pas. On se demande donc pourquoi dans une affaire évidemment terroriste comme celle de Claude et Ghislaine, le juge d’instruction ne dispose pas de ces moyens-là. Notons tout de même que le ministre malien de la Justice, Mamadou Ismaël Konaté, a annoncé ce matin sur RFI qu’une cour d’assises spéciale antiterroriste sera mise en place à Bamako.

La deuxième interrogation porte sur ce que les autorités françaises, notamment le ministre de la Justice et le président de la République, ne disent pas au juge d’instruction antiterroriste Jean-Marc Herbaut.

L’association des Amis de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, dont vous faites partie, dénonce effectivement un "silence d’État". Qu’est-ce que les autorités françaises tenteraient de cacher ?

Deux exemples très concrets : en mars dernier, lorsque nous avons rencontré le ministre français de la Défense, Jean-Yves Le Drian, il nous a dit à propos de Ghislaine et Claude : "ils ont été trahis". Trahis par qui ? Trahis pour quoi ? Il ne nous en a pas dit plus. Depuis, nous ne cessons de lui demander un rendez-vous pour en connaître davantage et nous n’avons eu, pour l’instant, aucune réponse. Il en a dit trop ou pas assez, mais le fait est qu’il sait des choses.

Deuxième fait très troublant : c’est une confidence de François Hollande qui se trouve dans le livre sorti récemment "Un président ne devrait pas dire ça...". Il y confie aux journalistes du Monde, cinq jours seulement après le drame, que les assassins sont sans doute les mêmes que ceux qui avaient enlevé Serge Lazarevic et Philippe Verdon deux ans plus tôt dans le Nord-Mali. Chose qu’il ne nous avait jamais dite en trois ans et, apparemment, ni au juge d’instruction.

>> À lire sur RFI : Assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon – 3 ans après, un silence d’État ?

Tout cela est d’autant plus troublant que les mêmes François Hollande et Jean-Yves Le Drian nous ont toujours dit qu’il n’y avait aucun lien entre le drame de Kidal et toute prise d’otage antérieure. Avec les confidences du président Hollande, on a aujourd’hui la preuve que si.

Pourquoi l’État maintiendrait-il le flou ?

De fait, la grande question que nous nous posons, c’est celle d’un éventuel lien avec les négociations ayant mené à la libération des otages français d’Arlit, au Niger, le 29 octobre 2013, c'est-à-dire quatre jours avant le drame de Kidal. Il s’agit de savoir s’il y a des intermédiaires, des agents-double, des gens qui ont compté dans ces négociations et qui seraient en même temps impliqués dans l’assassinat de Ghislaine et Claude, mais dont on ne veut pas révéler les noms parce qu’ils ont servi la France. Il peut s’agir de personnes qui ont été à la fois intermédiaire pour la libération des otages d’Arlit et à la fois assassins de Ghislaine et Claude.

Le 7 octobre 2006, la journaliste russe Anna Politkovskaïa était assassinée à Moscou. Dix ans après, l’enquête n'a toujours pas permis de connaître le ou les commanditaires. Ne craignez-vous pas un même scénario pour l’assassinat de vos anciens collègues ?

Si le travail de justice n’est pas fait, on redoute qu’un jour tous les suspects soient tués un par un, puisqu’ils sont sur un théâtre de guerre où l’opération française Barkhane continue d’agir. Il y a un risque d’élimination des suspects et le dossier pourrait être fermé faute de personnes qui pourraient comparaître. Il faut donc vraiment que les justices française et malienne fassent leur travail pour qu’un jour les auteurs du double assassinat répondent de leur crime.

De notre côté, à RFI, nous nous battons pour que la mémoire de Ghislaine et Claude soit honorée. Tous les ans, une bourse est décernée en leurs noms à un journaliste et à un technicien d’un pays d’Afrique pour qu’ils puissent continuer leur travail. Il ne faut pas désarmer face à tous ceux qui veulent tuer la presse.  

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