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La Bulgarie et la Moldavie désormais "pro-russes" ? Pas si sûr

Une femme passe devant des affiches électorales dans la banlieue de Sofia, en Bulgarie, deux jours avant le scrutin du 13 novembre 2016.
Une femme passe devant des affiches électorales dans la banlieue de Sofia, en Bulgarie, deux jours avant le scrutin du 13 novembre 2016. Dimitar Dilkoff, AFP

Le 13 novembre, les Bulgares et les Moldaves ont élu des présidents qualifiés de "pro-russes". Pourtant, la Bulgarie fait partie de l’Union européenne et la Moldavie cherche à l’intégrer. Explications.

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Vent d’Est sur les Balkans ? Dimanche 13 novembre, Roumen Radev, candidat favorable au rapprochement avec la Russie, a remporté la présidentielle en Bulgarie. Le même jour, en Moldavie, un candidat pro-russe, Igor Dodon, était élu président.

Cet élan pro-russe peut étonner : la Bulgarie, ancien pays du bloc de l’Est, a rejoint l’Union européenne en 2007. Quant à la Moldavie, ex-république soviétique, elle a signé un accord d'association avec l'Union européenne qu'elle souhaite intégrer. Pourtant, en Bulgarie, Roumen Radev l’a emporté face à une candidate europhile, proche du Premier ministre, et en Moldavie, Igor Dodon a battu une candidate pro-européenne.

Depuis que la crise ukrainienne a éclaté en 2013, les pays de la région sont plus que jamais tiraillés entre leur inclination européenne et l’influence russe. Faut-il voir, alors, dans le résultat des élections en Bulgarie et en Moldavie un désaveu pour l’Union européenne et une victoire stratégique pour la Russie ? Vladimir Frolov, expert russe en relations internationales, relativise : "C’est avant tout symbolique car les deux présidents n’ont aucun pouvoir politique." De fait, la Bulgarie étant une république parlementaire, le président a des fonctions protocolaires et représente une autorité morale. En Moldavie aussi, les pouvoirs du président sont limités même s’il peut convoquer un référendum. En résumé, selon Vladimir Frolov : "Cet affichage pro-russe ne devrait pas être vu comme une concurrence pour l’Union européenne."

Un "général rouge"… formé aux États-Unis

Joint par France 24, Parvan Simeonov, directeur l'institut Gallup en Bulgarie, est peu ou prou du même avis : "Si l’UE n’est plus tout à fait aussi attrayante qu’elle l’a été pour les Bulgares, elle tient toujours la première place pour eux. L’Union européenne reste un idéal et un espoir de bien-être, de justice d’humanité… et de financement." L’expert voit surtout l’arrivée au pouvoir de Roumen Radev comme le résultat d’un mouvement protestataire populiste et anti-élite en résonance avec le contexte international. À l’instar d’autres spécialistes, Parvan Simeonov juge réducteur de taxer Roumen Radev de "pro-russe". "Roumen Radev a étudié aux États-Unis, il a été commandant dans les forces aériennes bulgares et général de l’Otan. Il a été formé pour faire la guerre à la Russie", ironise le directeur l'institut Gallup en Bulgarie.

Durant sa campagne, Roumen Radev a semblé vouloir donner des gages de neutralité en déclarant notamment : "L'appartenance à l'UE et à l'Otan n'a pas d'alternative. Cela ne signifie pas que nous devons nous déclarer ennemis de la Russie." Celui qui est surnommé "le général rouge" par ses opposants a aussi affirmé qu'il défendrait une "position active" et "pas docile" de son pays au sein de l'UE et de l'Otan. Il a, par ailleurs, clairement pris position en faveur d'une levée des sanctions européennes contre la Russie. Le renouvellement des sanctions contre Moscou devant être décidé à l'unanimité par les 28 pays de l'UE, la Russie a, par mesure de rétorsion, imposé les prix de son gaz à la Bulgarie. Or, "la Bulgarie veut maintenir sa relation avec l’UE mais aussi développer ses liens commerciaux avec la Russie", résume Parvan Simeonov.

Le double rapprochement comme seule issue

Quid de la Moldavie ? Pour Arta Seiti, chercheuse en géopolitique, responsable du groupe d’études balkaniques auprès de l’Institut prospective et sécurité en Europe (IPSE) et auteur du blog "Passions électives", l’arrivée au pouvoir du pro-russe Igor Dodon résulte d’"un vote de protestation contre l’oligarchie et contre un gouvernement en proie à des dérives de corruption sans précédent et placé sous les auspices de l’Union européenne". Le défi du nouveau président Igor Dodon ? "Tenir compte de l’existence d’un courant d’opinion favorable au maintien d’un partenariat avec l’Union européenne tout en renforçant les débouchés économiques avec Moscou."

Le président élu a promis d'œuvrer à modifier le volet l'accord d'association avec l'Union européenne signé en 2014 au grand dam de Moscou. Pour faire en sorte que le pays puisse "faire du commerce avec la Russie comme avec l'UE". Cet accord a notamment permis l'ouverture graduelle du marché européen aux produits moldaves… mais a suscité la colère de Moscou qui a aussitôt imposé un embargo sur les fruits et la viande moldaves, pénalisant une population vivant principalement de l'agriculture.

"Les sanctions contre la Russie mettent ces pays dans un clivage dommageable", déplore Marina Glamotchak, chercheuse indépendante et auteure de "L'Enjeu énergétique dans les Balkans : Stratégie russe et sécurité européenne". "On demande à ces pays un positionnement pro-européen ou pro-russe, mais cela ne peut se réduire à ce simple choix", critique-t-elle. "Ces pays ont besoin de l’UE pour renforcer leur État mais ils ont aussi besoin de relations économiques avec la Russie. En sanctionnant la Russie et en demandant aux pays de l’Est de choisir leur camp, l’UE défend ses intérêts mais elle met en porte-à-faux ces pays. Et les conséquences économiques sont terribles surtout dans un pays pauvre comme la Moldavie", estime Marina Glamotchak.

Pour la chercheuse, les résultats des élections en Bulgarie et en Moldavie sont "le signe que l’UE doit se remettre en question". La seule issue selon elle ? "Un double rapprochement."

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