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Donald Trump doit-il son élection à l’évasion fiscale ?

À quel point l'évasion fiscale a-t-elle joué un rôle dans l'élection de Donald Trump à la présidence américaine ?
À quel point l'évasion fiscale a-t-elle joué un rôle dans l'élection de Donald Trump à la présidence américaine ? Mandel Ngan, AFP

Dans un rapport remis au Parlement européen, le prix Nobel d’Économie Joseph Stiglitz et le spécialiste de la lutte anti-corruption Mark Pieth expliquent le lien entre évasion fiscale, inégalités et succès des populistes comme Donald Trump.

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Cherchez le coupable, énième acte. Après Facebook, la misogynie, la rupture entre les élites de Washington et l’Amérique profonde, c’est au tour de l’évasion fiscale d’être accusée d’avoir favorisé l’élection de Donald Trump. La thèse peut paraître saugrenue, mais elle est avancée par deux sommités dans leur domaine : le prix Nobel d’Économie 2001 Joseph Stiglitz et l’expert suisse de la lutte anti-corruption Mark Pieth.

Ils présentent au Parlement européen, mercredi 16 novembre, un rapport intitulé "surmonter l’économie de l’ombre" où ils évoquent, entre autres, les conséquences politiques de l’évasion fiscale. "Je crois qu’il existe un rapport direct entre ces paradis fiscaux et le succès des politiciens populistes", affirme Mark Pieth au quotidien britannique The Guardian.

Des "Panama Papers" à l’élection de Trump

Ces deux experts connaissent leur sujet. Ils avaient accepté en juillet 2016 de participer au comité de spécialistes nommés par le gouvernement panaméen pour tirer les leçons des révélations des "Panama papers" sur les pratiques d’évasion et d’optimisation fiscale. Un mois plus tard, ils avaient claqué la porte, dénonçant le manque de coopération des autorités locales.

Pour eux, l’évasion fiscale est un formidable carburant à inégalités : celles-ci sont ensuite montées en épingle à des fins électoralistes par Trump et ses semblables. Économiquement, l’argument se défend : "Les sommes dissimulées dans les juridictions non coopératives sont autant de revenus qui échappent à l’impôt, réduisant les rentrées fiscales des États et leur capacité de redistribution", explique Vincent Touzé, économiste à l’Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE). Ainsi, environ 12 % du patrimoine des Européens se trouvent dans des paradis fiscaux, d’après les travaux de l’économiste français Gabriel Zucman, l’un des principaux spécialistes des paradis fiscaux.

Dans le contexte de la globalisation, ce manque à gagner est crucial. "La libéralisation des échanges est certes bénéfique aux économies nationales, mais à l’intérieur des frontières, l’État doit se montrer plus interventionniste pour atténuer les effets négatifs de l’ouverture des frontières sur certains secteurs qui, inévitablement, sont les perdants de ce phénomène", souligne Vincent Touzé. L’État aurait bien besoin des sommes qu’une partie de ses nationaux a placées dans des pays fiscalement plus cléments, pour soutenir les laissés-pour-compte de la mondialisation. En France, le coût cumulé du secret bancaire a été estimé par Gabriel Zucman à 500 milliards d’euros en 2013.

"États-Unis et Europe ont préféré détourner le regard"

Cet argument économique se double d’un argument moral. "Il y a une opinion largement répandue selon laquelle ces paradis fiscaux existent seulement parce que les États-Unis et l’Europe, sous pression d’intérêts individuels [les plus fortunés et les grands groupes], ont préféré détourner le regard plutôt que de s’attaquer vraiment au problème", a ainsi affirmé Joseph Stiglitz devant le Parlement européen. "Après tout, ces pays ont démontré qu’ils avaient les moyens, dans le contexte de la lutte contre le terrorisme, de travailler efficacement ensemble", a ajouté l’économiste.

"Les richesses cachées alimentent un sentiment de défiance à l'égard des autorités", résume Vincent Touzé. Les pouvoirs en place sont perçus comme complices des fameux 1 % [les plus fortunés] qui peuvent creuser un peu plus les inégalités à leur avantage grâce aux petits arrangements fiscaux au Panama, en Suisse ou même dans l’État du Delaware aux États-Unis. Du pain béni pour les candidats populistes toujours prompts à dénoncer l’"establishment" et la "corruption des élites".

De ce fait, Joseph Stiglitz juge que "les paradis fiscaux doivent être traités comme des maladies dangereuses" menaçant la démocratie. Les dangers qu’ils font planer sur celles-ci sont le rejet de la mondialisation et le besoin urgent d’un repli sur soi. Donald Trump a largement exploité ces aspirations durant la campagne présidentielle en dénonçant, notamment, les accords de libre-échange et en appelant à construire un mur à la frontière mexicaine.

La limite de l’exercice consiste à ne voir la montée des inégalités qu’à travers le prisme des paradis fiscaux. "Un auteur comme Thomas Piketty a analysé le phénomène sans prendre en compte l’argent dissimulé [dans son best-seller "Le capital au XXIe siècle"]", note Vincent Touzé. Une manière de souligner que l’évasion fiscale n’est pas la seule fautive de ce creusement des disparités de richesse.

Reste que l’évasion fiscale a un impact grandissant, ne serait-ce qu’à travers la multiplication des scandales de corruption qui font souvent un détour par l’un ou l’autre des paradis fiscaux. C’est pour cela que Joseph Stiglitz et Mark Pieth appellent tous les pays à la transparence fiscale absolue sous peine d’”être mis en quarantaine de la communauté internationale”, sauf à vouloir que des candidats populistes l’emportent ailleurs qu’aux États-Unis. Comme en France en 2017 ?

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