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Aide à la Centrafrique : "Les bailleurs doivent passer des promesses aux engagements"

Le camp de déplacés de la ville de Kaga-Bandoro en Centrafrique, attaqué mi-octobre. Des affrontements entre bandes armées ont coûté la vie à 30 personnes.
Le camp de déplacés de la ville de Kaga-Bandoro en Centrafrique, attaqué mi-octobre. Des affrontements entre bandes armées ont coûté la vie à 30 personnes. Edouard Dropsy, AFP

La communauté internationale a promis une aide de 2,2 milliards de dollars sur 3 ans à la Centrafrique. Un montant qui va au-delà de la demande du président centrafricain. Mais les ONG craignent que ces promesses de dons ne se concrétisent pas.

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Le défi est immense. Minée par un conflit amorcé par le coup d’État perpétré par les ex-rebelles Séléka en mars 2013, la Centrafrique fait face à des besoins colossaux. Son président, Faustin-Archange Touadéra, a présenté jeudi 17 novembre à Bruxelles lors d’une conférence de donateurs (Union européenne, ONU, Banque mondiale, France…), un plan de redressement chiffré à 3,1 milliards de dollars sur 5 ans (2017 à 2021) dont 1,7 milliard pour les trois premières années. L'appel à la "solidarité" et la "générosité" lancé par le chef d'État a visiblement été entendu. Au terme d'une journée marathon, les promesses d'aides atteignent  2,2 milliards de dollars sur 3 ans, au-delà de l'objectif.

"Il faut faire confiance à ce pays"

"Mais ce qui compte le plus, ce ne sont pas les promesses, mais le décaissement réel", prévient le chargé de mission de Médecin sans frontière Belgique (MSF), Manu Lampaert, interrogé par France 24. Un impératif partagé par Isodore Ngueuleu, chargé de mission en Centrafrique pour Oxfam : "Les bailleurs doivent passer des promesses aux engagements. La Centrafrique est habituée à ce type de conférences à Bruxelles, c’est la quatrième en quelques années, pour très peu de résultat au final. La Centrafrique a besoin d’un vrai engagement. Il faut faire confiance à ce pays."

Car la Centrafrique est encore très  loin d’avoir retrouvée le chemin de la stabilité. La France a mis fin en octobre à l’opération militaire Sangaris, mais 12 000 hommes de la Mission des Nations unies en Centrafrique (Minusca) sont encore sur place. Et les affrontements entre groupes armés continuent de faire de nombreuses victimes, les populations civiles étant les premières touchées par cette insécurité. "La moitié de la population a besoin d’une aide humanitaire. Plus de 65 % n’a pas accès à l’eau potable et 45 % n’a pas accès à une alimentation de qualité", précise Oxfam. Malgré ce constat, l’aide de la communauté internationale a fondu ces trois dernières années.

"Le plan de financement n’est pas à la hauteur"

"Cette année, le besoin humanitaire n’est financé qu’à hauteur de 32 %. D’année en année, on constate une baisse progressive des dons, 68 % du financement nécessaire a été apporté en 2015, 56 % en 2014. C’est une crise très ancienne et oubliée, la communauté internationale intervient de manière ponctuelle au moment des pics de crise comme en 2014, mais après plus rien. Au lieu d’un engagement ponctuel, les bailleurs devraient avoir une approche plus durable", prévient Isodore Ngueuleu. "Chaque année, MSF s’engage à hauteur de 55 millions d’euros en Centrafrique, ce qui est plus que le budget du ministre de la Santé du pays", avance Manu Lampaert pour illustrer les immenses besoins et l’inquiétude sur l’engagement des grands bailleurs.

"Nous voulons tourner définitivement la page de ces violences, de ces conflits répétitifs", s'est engagé le président Touadéra au cours d’un point presse à Bruxelles. L'aide internationale doit permettre selon lui d'"investir dans l'armée" mais aussi et de réinstaller les déplacés internes et réfugiés centrafricains qui ont fui dans les pays voisins. Il a fait de la fermeture du camp situé près de l’aéroport Mpoko, où des milliers de déplacés vivent encore dans des conditions très difficiles, l'une de ses priorités.

Son plan quinquénal devra aussi servir à "la réconciliation". "Une Cour pénale spéciale sera bientôt opérationnelle, matérialisant au-delà de tout autre discours notre profonde foi dans la lutte contre l'impunité", a souligné le chef de l'État. La mise en place de cette juridiction, prévue par une loi de 2015, est vivement souhaitée par les ONG. Elle doit permettre de juger les crimes relevant du droit international. Dès janvier 2015, un rapport d'une commission d'enquête de l'ONU, fruit de plusieurs mois d'enquête, affirmait que des crimes contre l'humanité avaient bien été commis en Centrafrique. Les conclusions de ce rapport détaillaient les assassinats, les viols, les tortures, les incendies, les destructions commis par les deux camps.
 

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