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Galileo prend son envol pour concurrencer le GPS américain

L’un des quatre satellites Galileo mis en orbite le 17 novembre.
L’un des quatre satellites Galileo mis en orbite le 17 novembre. P. Carril, ESA

Galileo, le système de positionnement européen concurrent du GPS, devient fonctionnel ce jeudi. Il arrive avec beaucoup de retard, mais compte sur ses avantages pour s’imposer.

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GPS, gare à toi ! Galileo arrive (enfin) ! Les premiers services de ce système de navigation par sattelite made in Europe ont été lancés jeudi 15 décembre, après dix-sept ans d'attente.

Les équipes de l'Agence spatiale européenne (ESA), qui chapeaute le programme, ont enfin atteint le bout d’un long tunnel. Pour débuter, seuls les possesseurs du smartphone Aquarius, fabriqué par le constructeur espagnol BQ, pourront bénéficier de la précision de la localisation de Galileo.

Mais les Espagnols et le monde ont-t-ils encore besoin d’un nouveau système de géolocalisation ? Le paysage a beaucoup changé depuis 1999, lorsque le GPS (Global Positioning System) américain n’était opérationnel que depuis moins de cinq ans et que le concurrent russe – Glonass – était à la dérive après l’effondrement de l’Union soviétique. Moscou a depuis lors réussi à redresser la situation, la Chine a déployé son alternative, baptisée Beidou, et GPS est devenu synonyme de géolocalisation pour un grand nombre d’utilisateurs de smartphone.

Dépendance technologique

Cependant, l’Europe doit pouvoir offrir, pour des raisons stratégiques, son propre système de géolocalisation. Le Vieux continent "peut difficilement prétendre jouer un rôle de premier plan technologique et dans l’espace s’il passe à côté de la géolocalisation", soutient Isabelle Sourbes-Verger, géographe pour le CNRS, contactée par France 24. Le système de positionnement est devenu essentiel dans un nombre toujours plus vaste de domaines, du monde militaire à celui des transports.

L’enjeu est particulièrement sensible sur le terrain de la Défense. Actuellement, les armées européennes dépendent du GPS américain, qui est sous contrôle des militaires de l'Oncle Sam. "C’est une question d’autonomie ; si vous n’êtes pas capable de générer un signal de positionnement dont vous avez la clé, vous êtes en position d’infériorité", explique Isabelle Sourbes-Verger.

Cette recherche d"une souveraineté dans le domaine de la géolocalisation n'est pas qu’une affaire de principe. "Durant la guerre du Kosovo [1998-1999], les États-Unis avaient brouillé le signal GPS, ce qui faisait que les armées européennes se retrouvaient sans repère, en plein cœur de l’Europe", rappelle à  France 24 Jonathan Chenal, ingénieur à l’Institut géographique national (IGN) qui collabore au projet Galileo.

L’avènement prochain de Galileo va donc changer la donne pour les armées européennes et les sortir de leur dépendance envers la technologie américaine. Pour les utilisateurs civils, l’avantage de la solution européenne apparaît moins évident. Il existe sur le papier pourtant : Galileo est plus précis que le GPS. Il est capable de donner un positionnement à 5 mètres près (dans sa version gratuite, tandis que l’option payante a une précision d'un mètre), contre 10 mètres pour le GPS.

Il n’y a pas que Pokémon-Go

Une différence qui importera surtout aux corps de métier qui peuvent avoir besoin de la plus grande précision possible. "Dans des domaines comme le transport, le BTP ou encore dans la prospection du pétrole et pour le travail des services de secours, cela peut jouer un rôle crucial", détaille Jonathan Chenal. Isabelle Sourbes-Verger, du CNRS, prévoit aussi que "les entreprises sauront faire preuve d’imagination pour trouver des applications à cette plus grande précision".

Le piéton ou l’automobiliste ne verra pas forcément la différence sur son smartphone. "Peut-être que le joueur de Pokémon-Go débusquera plus facilement le Pokémon", s’amuse Jonathan Chenal. Il précise, néanmoins, que les avantages de Galileo sur le GPS ne s’arrêtent pas à la précision. "Le signal est aussi plus robuste", affirme l’ingénieur de l’IGN. La solution européenne fonctionnera mieux en milieu urbain où la densité de population et des constructions perturbent parfois la réception d’un signal GPS.

Le projet Galileo repose aussi sur une philosophie différente qui peut jouer en sa faveur. Il est le seul système de position qui sera géré par un organisme civil, l’Agence européenne de navigation par satellite (GSA).

Le GPS, Glonass ou Beidou sont tous entre les mains des militaires. "Le projet européen présente, à ce titre, davantage de garantie de transparence que ses concurrents", résume Jonathan Chenal.

Au final, les utilisateurs n’auront probablement pas à choisir. Actuellement déjà, peu de férus de smartphone savent que leur téléphone combine souvent à la fois une puce GPS avec celle de Glonass. Galileo peut très bien venir ajouter son grain de géolocalisation au smartphone sans avoir à mettre le GPS hors-jeu. Cohabitation ou concurrence féroce : c’est, selon Isabelle Sourbes-Verger, le prochain enjeu de la bataille de la géolocalisation qui va connaître une phase de "négociations et d’accords entre États et avec les opérateurs" pour savoir comment faire une place au petit dernier des systèmes de positionnement.

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