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Le gouvernement colombien et les Farc signent un accord de paix revu et corrigé

Manifestation en faveur de l'accord de paix révisé à Bogota.
Manifestation en faveur de l'accord de paix révisé à Bogota. Diana Sanchez, AFP

Après l’échec du référendum, le gouvernement colombien et la guérilla ont signé une version remaniée des accords de paix. Les Farc ont fait d’importantes concessions mais le camp du "non" rejette toujours ce nouvel accord. Explications.

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Tout va très vite en Colombie. Pour sauver l’interminable processus de paix entamé en 2012, et permettre qu’il survive à l’échec du référendum du 2 octobre 2016, Bogota et les Farc ont signé un nouvel accord de paix ce jeudi 24 novembre. Il y a moins de deux mois, les Colombiens avaient dit non à 50,2 % au premier accord que le gouvernement et les Farc avaient signé en grande pompe et en chemise blanche.

Un mois et demi plus tard, le 12 novembre, les adversaires d’hier rendent publique une seconde mouture de l’accord de paix qui prend en compte les 500 objections formulées par le "Front du refus". Peine perdue. Mardi, après une réunion de 7 heures avec les représentants du gouvernement, l’ex-président Alvaro Uribe, champion du non, a déclaré qu’il n’y aurait pas "d’accord national" sur ce texte.

Qu’est ce qui a changé entre la version 1 et 2 des accords de paix ?

Pour obtenir la révision de l’accord de paix (65 % du texte de 300 pages a été revu) ce sont les Farc qui ont fait d’importantes et multiples concessions pour répondre aux attaques des partisans du non.

Juridiction spéciale de paix. L’organe chargé de juger les crimes de guerre commis par les deux camps ne comprendra finalement pas de magistrats étrangers. Les entreprises, dont certaines multinationales qui ont financé les "escadrons de la mort", pourront échapper à cette juridiction, sauf celle qui ont joué un "rôle déterminant".

Restrictions de mouvement et confiscation de biens. Les guérilleros acceptent de livrer leurs biens, qui seront utilisés pour la réparation individuelle et collective des victimes du conflit. Le périmètre dans lequel devront vivre les combattants démobilisés (qui vont effectuer des peines de substitution à la prison) a été précisé.

Protection de la propriété privée. Il est explicitement précisé que la modernisation du cadastre dans les zones rurales, prévue par l’accord, n’aura pas de conséquences fiscales. Au grand soulagement des grands propriétaires terriens, les demandes de restitution de terre par des communautés paysannes accusées de soutenir les Farc sera plus difficile.

Réference à la théorie du genre. Le nouveau texte ne fait presque plus allusions aux droits des homosexuels et des personnes LGBT. Il souligne le rôle de la famille et des groupes religieux. Les églises catholiques et protestantes du pays avait vu dans l’accord de paix l’introduction de la théorie du genre dans la Constitution et avaient fait une ardente campagne pour le non.

Valeur constitutionnelle. L’accord de paix ne sera pas intégré à la Constitution. C’était une demande des Farc pour se prémunir en cas de retour au pouvoir d’une droite dure.

Narcotrafic. Les Farc acceptent de révéler de façon "exhaustive" tout ce qu’ils savent des réseaux de trafic de drogue dans lesquels ils ont pu être impliqués.

Pourquoi le camp de non s’oppose-t-il toujours à cet accord renégocié ?

Le point de désaccord majeur entre les deux camps réside dans la transformation de la guérilla en un mouvement politique. Le premier accord stipule que les chefs des Farc pourront concourir aux élections et que 10 sièges leur sont réservés dès 2018. Cette disposition est maintenue.

Pour le président Juan Manuel Santos, architecte opiniâtre de l’accord avec les Farc, "la transformation d’un mouvement armé en parti politique est la raison d’être de toute négociation de paix". Pour la droite colombienne, siéger au sein d’une même assemblée avec d’anciens guérilleros est une ligne rouge. De même, le tribunal spécial de paix est maintenu. Les chefs guérilleros coupables de crimes graves devront comparaître mais n’iront pas en prison.

Comment sera-t-il ratifié ?

Dans une Colombie "plus polarisée que jamais", selon Juan Manuel Santos, le gouvernement colombien a décidé de privilégier la vitesse et de passer par la voie législative. Le président a décidé de précipiter la signature et la ratification de ce nouveau texte, car le cessez-le-feu en vigueur depuis fin août est très sérieusement menacé.

Le 16 novembre, deux guérilleros des Farc étaient abattus dans des circonstances confuses. Ces deux dernières semaines, l’assassinat de 5 militants de mouvements paysans et de défense des droits de l’Homme a fait resurgir le spectre du passé. À savoir la terreur qu’ont fait régner les paramilitaires d’extrême droite dans les campagnes colombiennes pendant des décennies.

Selon El Espectador, le Congrès colombien devrait ratifier l’accord de paix dès mardi 29 novembre par voie parlementaire et non référendaire.

L’objectif du gouvernement est, selon le sénateur Armando Benedetti de Partido de la U, soutien du président Santos, que "le désarmement des Farc soit effectif dans six mois" afin de couper l’herbe sous le pied des opposants à tout accord de paix. Ces derniers réclament un nouveau référendum et entendent continuer le combat contre l’accord de paix par tous les moyens. Sa principale figure, l’ex-président Alvaro Uribe, dit vouloir "aller dans la rue" et appeler à la "désobéissance civile". Il affirme aussi vouloir négocier directement avec les Farc plutôt qu’avec les émissaires du gouvernement.

Cette seconde mouture de l’accord de paix est selon lui un coup de force. "S’ils veulent se la jouer rude, nous avons les outils pour la jouer rude" a déclaré la sénatrice Paloma Valencia, du Centro Democratico. Ce parti, qui rassemble les partisans de l’ex-président Uribe, menace de mener une campagne de collecte de signatures pour faire révoquer le Congrès.

Face au climat délétère qui règne actuellement dans le pays, Juan Manuel Santos se rendra à Oslo le 10 décembre pour recevoir son prix Nobel de la paix et aura grandement besoin de l’appui de la communauté internationale pour ne pas laisser échapper l’opportunité historique de mettre fin à la plus ancienne et à la plus sanglante des guerres civiles en Amérique du Sud.
 

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