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Maroc : accusées d'homosexualité, deux mineures risquent trois ans de prison

Au Maroc, l'homosexualité est un crime puni sévèrement par la loi.
Au Maroc, l'homosexualité est un crime puni sévèrement par la loi. Dieter Nagl, AFP

Le procès de deux adolescentes soupçonnées d’homosexualité au Maroc s’est ouvert, vendredi. Un procès qui met en lumière "une société marocaine tiraillée entre ceux qui défendent les libertés individuelles et les tenants d’un certain conservatisme".

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L’affaire défraie la chronique. Deux jeunes filles âgées de 16 et 17 ans, arrêtées le 28 octobre au Maroc, comparaissaient, vendredi 25 novembre, devant le tribunal de première instance de Marrakech pour de présumés actes homosexuels, un crime dans le royaume chérifien. Surprises sur le toit d’une maison en train de s’embrasser et de s’enlacer, les adolescentes avaient été dénoncées puis livrées à la police par la mère de l’une d’entre elles. Détenues durant une semaine, elles avaient ensuite été remises en liberté provisoire.

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Lors de leur procès, dont le verdict doit être rendu le 9 décembre prochain, les jeunes filles ont "nié ce qui figurait dans le procès-verbal, à savoir qu’elles entretiennent une relation homosexuelle, et ont déclaré que leur relation était amicale", a expliqué à l’AFP Me Rachid Al Ghorfi, l’un des trois avocats de la défense.

L’article 489 du code pénal marocain criminalise les "actes licencieux ou contre-nature avec un individu du même sexe". "Une contradiction avec les protocoles internationaux signés par le Maroc et la Constitution marocaine", dénoncent les avocats de la défense.

Une affaire peu banale qui suscite des nombreuses réactions

Ce procès de femmes homosexuelles présumées est très inhabituel car "il y a peu d’arrestations ou de poursuites" de lesbiennes au Maroc, assure Ibtissame Betty Lachgar, co-fondatrice de M.A.L.I Maroc, le Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles. Un phénomène qui s’explique, selon elle, par le fait que l’homosexualité féminine est perçue différemment de l’homosexualité masculine, notamment parce qu’il n’y a pas d’acte de pénétration. Par ailleurs, "quel que soit leur âge, les filles sont proches entre elles. Quand on voit deux filles se tenir la main, on pense souvent qu’elles sont simplement copines", poursuit la militante marocaine.

Cette affaire peu banale suscite de nombreuses réactions du côté des associations de défense des droits humains et homosexuels. Dans un communiqué, publié vendredi, Human Right Watch (HRW) demande aux "autorités de Marrakech" d’"abandonner les poursuites engagées à l’encontre des adolescentes".

HRW et plusieurs collectifs avaient également condamné leur arrestation, les mauvaises conditions de détention et les mauvais traitements subis par les jeunes filles depuis la dénonciation. Le 3 novembre, le tribunal les a provisoirement relâchées et les adolescentes ont confié à l’association Aswat avoir été battues par la famille de l’une d’entre elles avant d’être livrées à la police. Aswat et Human Rights Watch ont d’ailleurs exprimé leur préoccupation quant au bien-être physique et émotionnel des jeunes filles, craignant qu’elles subissent d’autres violences domestiques.

"Des lois archaïques et un code pénal moyenâgeux"

"Le procès de ces deux jeunes femmes reflète une société conservatrice avec des lois archaïques et un code pénal moyenâgeux", assure Ibtissame Betty Lachgar. Selon elle, cela montre aussi que "le patriarcat n’est pas très ami avec la question du genre et des femmes". Et d’ajouter : "C’est une société misogyne".

Cette affaire fait beaucoup de bruit mais des affaires d’homosexualité masculine sont régulièrement présentées devant la justice, note de son côté Sara Doublier, la correspondante de France 24 au Maroc. Ces différents procès mettent en lumière "les tenants d’une société marocaine très tiraillée entre ceux qui défendent les libertés individuelles, notamment la fin de ces articles considérés comme liberticides et qui s’immiscent dans l’intimité des citoyens, et les tenants d’un certain conservatisme qui soutiennent l’interdiction de l’homosexualité. Mais aussi des relations sexuelles hors mariage et qui s’y opposent de manière très violente".

Dans une déclaration conjointe, les groupes et organisations travaillant sur les questions de sexualité et de genre en Afrique du Nord et au Moyen-Orient ont exprimé "leur profonde indignation" au sujet de l’arrestation des adolescentes. Ils demandent l’abolition de l’article 489 du code pénal ainsi que "l’adoption des lois et des politiques adéquates pour la protection des droits humains au Maroc".

Mais pour le moment, ces lois restent bel et bien en vigueur. Jeudi 24 novembre, deux homosexuels ont de nouveau été arrêtés. Selon le HuffPost Maroc, il s’agit d’un Marocain et d’un Espagnol surpris dans le même lit et dénoncés par la femme de ménage de l’hôtel, dans lequel ils séjournaient.

>> A lire aussi sur France 24 : "Journée de solidarité TenTen : "Être homosexuel en Algérie est une malédiction""

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