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Découvertes

La France met du big data dans son vin

BLOOMBERG / GETTY IMAGES

Capteurs, drones de vidéosurveillance, robots et logiciels de gestion... : le vigneron de demain troquera-t-il bientôt sa chemise à carreaux en flanelle et son sécateur contre un recours massif au big data ?

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Et si l'on vous disait que ce verre de côte-de-beaune que vous portez à vos lèvres n'est peut-être pas passé entre les mains passionnées d'un vigneron ? Savoir que c'est un drone qui s'est occupé des vignes dénaturerait-il de quelque manière votre dégustation ?

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"C'est un peu comme les publicités de comté qu'on voit à la télé : la paume vigoureuse que le fromager passe sur la meule, elle rassure le consommateur sur l'authenticité du produit", nous lance un viticulteur (NDLR celui qui travaille la vigne) bourguignon présent au 38e salon des vignerons indépendants, fin novembre à Paris.

Notre rapport contradictoire à la technologie

Ce commentaire d'analyse de l'image croque en quelques mots notre rapport contradictoire à la technologie dont on attend  qu'elle perfectionne à l'envi nos existences, tout en exigeant que jamais elle ne fasse de l'ombre aux arts, à l'intervention humaine, à l'histoire et aux coutumes. 

Triche ou pas triche, le big data ?

Alors, triche ou pas triche, le recours au big data pour aider les vignerons (NDLR : celui qui en plus de travailler la vigne, s'occupe aussi de transformer le raisin en vin) ? Encore balbutiante, l'analyse de mégadonnées dans les vignes pourrait bientôt se généraliser. Car si pour l'heure, l'observation des cultures se limite souvent à l'œil du vigneron aidé par quelques machines, bientôt les capteurs, drones, robots et logiciels de gestion pourraient se généraliser, en toute cas dans un premier temps dans les grandes exploitations.

En effet, quand ils entendent que leurs homologues espagnols ont réduit de 20 % le recours aux produits phytosanitaires, les vignerons français sont bien inspirés de travailler eux aussi avec des objets connectés.

Vers une agriculture de précision

Car aujourd'hui, nombreux sont les outils high-tech permettant aux vignerons de non seulement accumuler les données concernant leur domaine, mais aussi d'analyser et de transformer en stratégies ces nouvelles informations.

Branchés sur les pieds de vignes ou traversant les champs, installés une saison entière ou seulement déployés par à-coups, ces objets connectés aident à moderniser la capacité d'anticipation des vignerons et leur prise de décisions. Une ressource d'autant plus bienvenue que l'art de faire un bon vin n'est pas une science exacte : chaque année est différente, notamment à la faveur du réchauffement climatique.

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Ainsi, dans le Bordelais, de prestigieux crus utilisent désormais des drones afin d'identifier le degré de maturité des raisins. Plus généralement, on dénombre en Europe déjà 10 millions d'hectares couverts par les logiciels d'aide à la décision Smag. Le but ? Faire des économies d'énergie, réduire les traitements phytosanitaires, avoir une visibilité sur les risques, privilégier des façons de faire selon les contextes...

Il faut dire que jamais les données n'ont été si nombreuses : elles émanent désormais des machines utilisées (les pulvérisateurs, les tracteurs...), des capteurs (de stress hydrique par exemple) mais aussi des machines dédiées à la captation d'images aériennes (images satellites, drones, etc).

Du vigneron au e-manager de vignes ?

Christophe Millot, un informaticien de la société Wall-YE basée à Mâcon, a même été jusqu'à créer un robot complètement autonome. Celui-ci se déplace en fonction des données collectées par les logiciels de cartographie.

VIDEO Robotisation : Le VIN de Wall Ye, encore au stade prototype

Avec ses six capteurs de vision et ses deux bras, V.I.N. (c'est son nom) est capable de remonter les rangs de vignes et d'éxécuter tout ce qu'un vigneron fait d'ordinaire : la taille, l’ébourgeonnage et la vendange.

Querelle des Anciens et des Modernes

L'arrivée des technologies dans le milieu de la viticulture fait encore office de querelle entre les Anciens et les Modernes. "Certains exploitants sont complètement dépassés par cette réalité-là", explique le caviste Antoine Gueguen des Caves Saint-Martin, à Paris. "Pour eux, la modernité va se limiter à travailler avec des machines robotiques, pas forcément des machines connectées", poursuit celui qui travaille avec de nombreux petits exploitants.

C'est que le recours au big data doit être surtout intéressant pour les grosses structures qui abattent un travail quasi industriel. Mais ce constat n'est pas rigide : ainsi, les vignerons de la coopérative de Buzet, dans le Lot-et-Garonne, utilisent eux aussi des drones grâce auxquels ils peuvent observer leurs parcelles sur un iPad. D'autre part, en discutant avec les acteurs du vin présent au Salon des vignerons indépendants 2016, un consensus se dégage : si le big data peut aider les vignerons, il ne les supplante pas nécessairement. C'est un argumentaire que l'on retrouve aussi au sein du corps médical qui utilise des robots pour affiner certains actes chirurgicaux, mais assure que la supervision humaine reste essentielle.

Un enjeu de souveraineté nationale

Flairant le bon filon, des entreprises américaines (telles que The Climate Corporation) proposent aux vignerons, depuis les années 2000, une aide au traitement des données. Intéressant sur le papier puisqu'elle évite aux acteurs du vin d'acquérir les objets connectés et leur permet de fonctionner sur abonnement. Le deal pose néanmoins des questions de souveraineté nationale. Les viticulteurs gagnent-ils à ce que depuis la Californie, les salariés de Climate Corp, filiale de Monsanto, en sachent plus sur leurs parcelles du Médoc qu'eux-mêmes ?

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"Imaginez que la société américaine puisse conseiller les meilleures semences, les meilleurs engrais, les meilleures rations, grâce à une multitude de données fournies par l'agriculteur lui-même, ses machines agricoles, des capteurs placés dans les champs ou sur les animaux. Imaginez qu'elle le prévienne avant tout le monde de l'émergence d'un risque de grêle ou de maladie, et qu'elle puisse leur désigner la vache ou le mètre carré de terre à traiter", lance l'agence d'information agroéconomique Agra, qui renchérit : "C'est le mauvais rêve que font la profession agricole et certains parlementaires français : qu'un big player américain s'empare des données de plus en plus importantes produites par les agriculteurs, en leur proposant des services ultraperformants."

À la vôtre, les acteurs numériques français !

Pour éviter un tel travers, des parlementaires français et des professionnels agricoles ont discuté de cette situation lors d'une audition organisée en juillet 2015 par l'Office parlementaire des choix technologiques (Opecst) autour du "big data agricole". Mission : faire en sorte que les progrès apportés par la technologie ne supposent pas une perte de souveraineté des agriculteurs français.

Le robot ne remplace pas forcément le vigneron

Dans cet état d'esprit, l'entreprise française InVivo a lancé une union des caves coopératives (déjà 23 caves dans le sud de la France, et bientôt, 6 ou 7 autres supplémentaires). "Nous démarrerons l’année 2017 avec une trentaine de caves partenaires, capables de nous livrer des qualités répondant à un cahier des charges pour l’élaboration de vins premium", explique Thierry Blandinières, le directeur général du premier groupe coopératif agricole français. L'objectif fixé est de lancer 1 000 fermes numériques d'ici 2020, dont 200 en viticulture. Avec cette organisation, l'exploitant reste l'unique propriétaire de ses informations puisque c'est lui qui les saisit dans un logiciel de gestion d'exploitation (Agreo ou Atland). Ensuite, libre à lui de choisir le partage de ses données, dont il reste propriétaire, en s'abonnant s'il le souhaite aux services dont il pourrait avoir besoin.

Ce rapprochement entre la French Tech et le monde du vin, soit un des grands piliers de la gastronomie hexagonale, se veut sans conteste être une fierté à l'internationale. Cul sec, la modernité !

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