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Un film russe sur des héros de la Seconde Guerre mondiale fait polémique

Une image officielle du film sorti le 24 novembre en Russie.
Une image officielle du film sorti le 24 novembre en Russie. 28panfilovcev.com

Le film "Les 28 de Panfilov", qui raconte le courage de soldats de l'Armée rouge, rencontre le succès sur les écrans russes. Mais pour certains historiens, cet acte bravoure, monté en épingle par le Kremlin, n'est qu'une légende.

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“Soldats de l’Armée rouge, l’ennemi avance sur Moscou. Aujourd’hui, le monde entier nous regarde, retenant son souffle, car ici sur cette ligne de front, nous nous tenons prêts à la défendre". C’est par ces paroles héroïques que débute la bande annonce du dernier succès au box-office russe sur les écrans depuis le 24 novembre : "Les 28 de Panfilov".

Depuis plus de 70 ans, les petits écoliers russes apprennent l’histoire de ces soldats, 28 hommes sous les ordres du général Ivan Panfilov, qui ont sacrifié leur vie en novembre 1941 dans la défense de Moscou, après avoir détruit 28 panzers allemands. Mais voilà, cette belle leçon de courage, tiendrait finalement plus de la légende que de la vérité historique.

La polémique enfle depuis plusieurs mois en Russie. Tout a débuté au printemps 2016, lorsqu’à l’approche de la sortie du film, le directeur des Archives nationales Sergueï Mironenko a révélé les résultats d’une enquête conduite dès 1948 par les autorités soviétiques sur cet épisode de la Seconde Guerre mondiale.

Selon celle-ci, les 28 de Panfilov ne sont pas tous morts sur le champ de bataille, six d’entre eux ont survécu. L’un de ces soldats a également été arrêté en 1947 et accusé de haute trahison. Il aurait avoué s’être rendu volontairement aux troupes allemandes.

Pour Sergueï Mironenko, cette enquête montre bien que les 28 hommes de Panfilov sont un "mythe", S'il admet que le 16 novembre 1941, d'intenses combats contre les nazis ont bien eu lieu et causé la mort de plus de cent soldats soviétiques, qui se jetaient parfois sous les tanks de leurs ennemis pour les faire exploser, le directeur des Archives nationales affirme haut et fort que l’histoire a été "inventée". "Le problème avec le régime soviétique, c'est que les héros fabriqués de toutes pièces sont plus importants que les véritables héros", a-t-il expliqué.

"Une légende sacrée"

Mais ces propos n’ont pas du tout plu au ministre de la Culture, Vladimir Medinski, qui a subventionné le film à hauteur de 30 millions de roubles (435.000 euros). Les historiens "essaient de briser les fondements de notre foi en des choses qui sont gravées dans la pierre et sacrées", a-t-il dénoncé à la télévision. "Même si cette histoire a été inventée du début à la fin, il s'agit d'une légende sacrée, tout simplement intouchable", a insisté ensuite le ministre auprès de l'agence de presse RIA Novosti. "Ceux qui [la critiquent] sont les pires gens au monde."

Plusieurs historiens sont venus au secours de Sergueï Mironenko, dont Andreï Issaïev, spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, qui assure également que l'histoire des 28 hommes de Panfilov n'a "aucun fondement". Malgré ces soutiens, le directeur des Archives nationales a présenté sa démission.

Comme le résume le journal britannique The Guardian, "sous le régime de Poutine, la victoire durant la Seconde Guerre mondiale est devenue l’un des blocs essentiels de l’identité moderne russe. Critiquer l’armée rouge ou mentionner les aspects sombres de ce conflit ne sont pas bienvenus".

Pour preuve, ces dernières années, le pays a renoué avec la tradition des films patriotiques de l'époque soviétique. De nombreux films de guerre ont été produits. En 2015, "Bataille pour Sébastopol" a rapporté plus de 6,5 millions d'euros, tandis que "Stalingrad" a raflé près de 23,5 millions d'euros.

Pour sa défense, l'équipe du film "Les 28 de Panfilov" explique s'être assurée de la véracité des événements en faisant appel à la Société de l'Histoire militaire russe, une institution fondée par Vladimir Poutine. Son président, Vladislav Kononov, qualifie l'épisode de "légende" et de "guide moral" pour les générations russes, tout en admettant qu'il est "possible qu'ils n'étaient pas 28 et qu'ils ne sont pas tous morts". "Mais le fait qu'ils ont eu énormément de courage et d'endurance ne peut pas être remis en cause", a-t-il aussitôt ajouté. "Laissons l'Histoire aux historiens".

La polémique n'a en tout cas pas empêché au film de faire recette. Lors du premier week-end suivant sa sortie, il a récolté plus de 154 millions de roubles (2,23 millions d'euros) et à Moscou, où une rue porte le nom des 28 hommes de Panfilov, les cinémas ne désemplissent pas dix jours, après sa sortie. 

Avec AFP

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