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Pris entre les rebelles et le gouvernement, les civils d'Alep "ne savent pas à qui se fier"

À Alep-Est, un couple découvre ce qu'il reste de leur maison dans le quartier d'Haydariya.
À Alep-Est, un couple découvre ce qu'il reste de leur maison dans le quartier d'Haydariya. Youssef Karwashan, AFP

Le régime syrien gagne du terrain à Alep et la reprise totale aux rebelles de la partie Est de la ville semble n'être qu'une question de temps. Comment expliquer cette avancée et quelles en seront les conséquences ? Décryptage.

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Longtemps et âprement disputée, Alep est en passe de passer entièrement sous le contrôle du régime Damas. L’armée syrienne a gagné ces dernières semaines beaucoup de terrain dans la grande ville du nord de la Syrie, coupée en deux depuis l’été 2012. Les forces du pouvoir syrien contrôlent désormais environ 80 % des quartiers Est, aux mains des rebelles.

Régis le Sommier est reporter de guerre et directeur adjoint du magazine Paris Match. Il a couvert le conflit syrien en se rendant sur place à plusieurs reprises depuis 2011 et se trouvait à Alep encore fin septembre. Pour France 24, il analyse les raisons de l’avancée du régime à Alep et ses conséquences.

France 24 : Le régime syrien avait tenté à plusieurs reprises de reprendre la ville d’Alep aux rebelles sans y arriver, essuyant même des échecs cuisants et de lourdes pertes. Or, là les soldats syriens, au sol, semblent avancer rapidement. Qu’est-ce qui a changé ?
Régis Le Sommier : Alep a connu plusieurs phases dans le conflit. On l’oublie souvent, mais en 2013 par exemple, c’est la partie Ouest, contrôlée par le gouvernement, qui était encerclée par les rebelles. Dans sa stratégie de reconquête de la Syrie utile, le régime syrien a toujours tenté coûte que coûte de préserver une sorte de cordon ombilical avec Alep.

Deux facteurs ont été décisifs cette dernière année. En premier lieu, l’intervention militaire de la Turquie, qui s’est faite avec l’aval de Moscou, dans le but officiel de combattre l’EI. Elle a demandé l’appui de rebelles syriens. En réalité, l’intervention d’Ankara avait pour but d’empêcher les kurdes de faire la jonction entre leurs deux enclaves, celles d’Afrin et de Kobané. Mais en mobilisant des rebelles qui combattaient à l’origine à Alep, modérés et islamistes d’ailleurs comme la brigade Noureddine al-Zinki, elle a contribué à affaiblir la rébellion à Alep et donc à faciliter l’avancée de l’armée syrienne. L’autre facteur qui a marqué un tournant a été la prise de la fameuse route du Castello par Damas en juillet 2016. Avec moins de factions rebelles et aucun ravitaillement possible, la rébellion s’est retrouvée en position de faiblesse.

Quelles vont être les conséquences d’une reprise totale d’Alep pour le régime syrien ?
La décision de la Russie d’intervenir militairement dans le conflit syrien le 30 septembre 2015 a changé la donne. J’étais en Syrie quelques mois avant cela et l'on pouvait sentir à cette période une extrême fébrilité dans le pays. Dans les zones considérées comme sécurisées, il y avait des foyers rebelles actifs partout. Cette année-là, l’offensive des rebelles sur Idleb a montré la friabilité du régime et a poussé Moscou à agir.

Aujourd’hui, avec l’aide de la Russie, Damas a repris le dessus. Le départ d’Assad n’est plus du tout d’actualité. En même temps que l’avancée à Alep, il y a des négociations de trêve qui aboutissent dans d’autres villes assiégées, où les rebelles acceptent de sortir en rendant les armes. Ils sont ensuite conduits par les autorités syriennes à Idleb. Là-bas, les rebelles n’ont pas su proposer de projet alternatif, par exemple un modèle de société démocratique. La plupart de ceux qui mènent le combat sont islamistes, Idleb est devenue la capitale d’Al-Nosra (branche syrienne d’Al-Qaïda il y a encore quelques mois) et la charia y est appliquée.

Que préfigure ce rôle décisif de la Russie pour l’avenir de la relation entre Damas et Moscou ? Doit-on s’attendre à davantage d’implication de Moscou ?
Il ne faut pas se tromper là-dessus, l’implication de la Russie en Syrie n’est pas nouvelle. Cela fait déjà 40 ans que la Russie est présente en Syrie et les deux pays entretiennent des liens très étroits. Pour la Russie, la Syrie c’est l’ouverture vers la Méditerranée. L’appui de la Russie à Damas ne va que confirmer cela.

Avec l’avancée de l’armée syrienne dans les quartiers Est de la ville, ceux de l’Ouest voient arriver un afflux de personnes qui cherchent un refuge. Vous étiez en septembre dernier à l’Ouest, où vivent déjà près de 2 millions et demi de personnes, dont beaucoup de déplacés, dans des conditions difficiles. À la lumière de ce que vous avez vu, que pouvez-vous dire de la situation humanitaire ?
La situation des civils de l’Est est terrible. Les rebelles essaient de se servir d'eux comme boucliers humains, et de l’autre côté [à l'Ouest], c’est le gouvernement, mais les civils ne savent pas s’ils peuvent faire confiance et ont peur d’être arrêtés. On a pu voir ces derniers jours les images des bus verts de l’État qui amènent les déplacés d’un endroit à l’autre. Mais les destructions sont telles dans toute la ville qu’on imagine mal où ces personnes vont pouvoir être logées.

Quand j’étais à Alep Ouest en septembre, j’ai pu voir des personnes qui fuyaient des quartiers ciblés par les bombardements rebelles vers d’autres endroits plus sûrs, toujours à l’Ouest. Faute de véritable logement, ils trouvaient refuge dans des carcasses d’immeubles. Il n’y a pas un quartier dans tout Alep qui n’ait pas subi de dégâts. Sans oublier les pénuries alimentaires à l’Ouest : même si cette partie de la ville n’est pas assiégée, elle reste très difficile à approvisionner. Ce manque de nourriture m’a frappé en septembre.

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