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De Vienne à Paris, l'histoire du film autrichien qui avait prédit l'avènement du nazisme

Filmarchiv Austria

"La ville sans juifs", film de 1924 évaporé lors de la Seconde Guerre mondiale, avait été retrouvé en 2015 sur une brocante parisienne. 91 ans après sa première diffusion, la Cinémathèque autrichienne a réussi à réunir les fonds pour le restaurer.

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Tout est parti d'une petite pellicule jaunie datant des années 1920, retrouvée l'année dernière sur un marché aux puces parisien. Le collectionneur anonyme qui s'était procuré l'insoupçonné trésor cinématographique était loin de se douter qu'il venait de mettre la main sur l'un des films les plus recherchés de l'histoire du cinéma autrichien : "La ville sans juifs".

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Adapté du roman dystopique d'Hugo Bettauer en 1922, la version originale du film "Die Stadt ohne Juden", sortie en salles deux ans plus tard, avait défrayé la chronique en offrant une plongée dans le Vienne des années 1920, alors gouverné par le maire Karl Lueger, connu pour son antisémitisme assumé. "La ville sans juifs", n'est pas juste un énième film annonciateur de la Seconde Guerre mondiale, sa date de diffusion – 1924 – en fait un film quasi-visionnaire pour les archives autrichiennes.

Un film engagé, évaporé... et censuré

En 1924, en effet, le parti nazi était illégal, Hitler étant encore occupé à rédiger son "Mein Kampf" dans une cellule de Munich. "Le fait que le film ait été tourné en Autriche représente un héritage et une responsabilité très spéciale. Nulle part ailleurs dans le monde, un film n’a été aussi intransigeant sur le sujet", a affirmé Nikolaus Wostry, directeur général de l’Austria Film Archive.

"Nulle part ailleurs dans le monde, un film n’a été aussi intransigeant sur le sujet"

Hélas, les archives autrichiennes n'avaient jamais pu remettre la main sur le film d'époque, mystérieusement disparu pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1991, seule une version incomplète avait été découverte par des archivistes du Musée néerlandais du cinéma. Mais au grand dam des cinéphiles, plusieurs scènes d'agressions de juifs en pleine rue dans Vienne, qui donnaient au film toute sa portée politique, s'y trouvaient coupées, certainement censurées pour ne pas choquer un public étranger, la version étant destinée à être exportée.

Le hasard faisant bien les choses, Filmarchiv Austria – l'équivalent de la Cinémathèque française – a pu visionner la pellicule retrouvée à Paris et se rendre compte qu'il s'agissait bien du film d'époque dans son intégralité, avec toutes les scènes censurées dans la version découverte en 1991.

Une campagne de financement à succès

Pour restaurer le film d'époque (retrouvé en très mauvais état) au format numérique, une campagne de crowdfunding a été lancée sur la plate-forme We Make It, le 28 octobre dernier.

L'objectif fixé à 75 000 euros a été atteint en quelques semaines 

L'objectif fixé à 75 000 euros a été atteint en quelques semaines : 663 contributeurs ont au total apporté plus de 77 000 euros. D'après un porte-parole de Filmarchiv Austria, cité par le Guardian, des sommes considérables ont été allouées au projet par une association anonyme de juifs américains au lendemain de l'élection de Donald Trump. Les dons ont également doublé après la défaite du candidat de l'extrême-droite, Norbert Hofer, à l'élection présidentielle.

Si la restauration du film a suscité autant d'intérêt, c'est justement parce que "La ville sans juifs" fait franchement écho à l'actualité. Y sont dépeints la crise politique et économique secouant la ville d'Utopia au sortir de la Première Guerre mondiale, le climat délétère qui y règne et le comportement des politiques qui trouvent en la personne du "juif" le coupable idéal. Agressions, lynchages et stigmatisations se multiplient au point d'aboutir à l'expulsion de tous les juifs d'Utopia. 

Dans une vidéo diffusée le 6 décembre, les membres de la Cinémathèque autrichienne à l'origine de la campagne de crowdfunding ont ainsi remercié tous les donateurs d'avoir participé à "conserver la mémoire du passé pour l'avenir".

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