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Syrie : pourquoi la guerre ne prend pas fin à Alep

De la fumée s'élève au-dessus des derniers quartiers est d'Alep encore tenus par les rebelles, le 12 décembre 2016.
De la fumée s'élève au-dessus des derniers quartiers est d'Alep encore tenus par les rebelles, le 12 décembre 2016. Karam al-Masri, AFP

Nombreux sont les soutiens du régime à se féliciter de la reprise d’Alep. Certains vont même jusqu’à affirmer qu’elle augure la fin de ce conflit qui ensanglante le pays depuis cinq ans. Mais sur le terrain, la guerre semble loin d'être terminée.

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Damas crie victoire. Mercredi 14 décembre, le pouvoir syrien s'apprête à annoncer la reprise totale d’Alep, sa plus grande victoire depuis le début de la guerre en Syrie, en mars 2011. Elle est d’autant plus éclatante qu’il y a encore un an, elle était hors de portée, quasi inimaginable, tant la rébellion était puissante dans la province septentrionale du pays.

Cela faisait trois ans – depuis mars 2013 – que le pouvoir syrien tentait de reprendre l’ancienne capitale économique de la Syrie, essuyant parfois de cuisants échecs, à l'instar de l'offensive ratée de février 2015. Cette fois, la coupure de la dernière route permettant de ravitailler Alep-Est, en juillet 2016, et l’intervention de la Turquie qui a fermé sa frontière aux rebelles, ont précipité les choses.

"Alep, un nouveau Stalingrad"

Aux yeux de nombreux observateurs, la reprise d’Alep est déterminante. Fabrice Balanche, spécialiste de la Syrie et chercheur invité au Washington Institute, compare cette bataille avec celle de Stalingrad en 1943 qui, elle aussi, avait marqué un tournant lors de la Seconde Guerre mondiale. Il évoque même "un tour de force" tant la bataille a été rude, la ville étant encerclée par les groupes rebelles. Pour lui, le président Bachar al-Assad avait besoin de cette victoire car "sans Alep, il était un demi-président". Il lui était "difficile de présider aux destinées de la Syrie sans tenir la deuxième ville du pays". "Avec sa victoire, il peut se présenter comme le président de toute la Syrie", ajoute-t-il.

Rédacteur en chef de la revue Orients Stratégiques, David Rigoulet-Roze y voit également "un point de bascule" non seulement sur le plan militaire, mais aussi idéologique. "Depuis l’été 2012 [date à laquelle la ville a été coupée en deux par l’offensive des rebelles, ces derniers contrôlant les quartiers est et le régime les quartiers ouest, NDLR], il y avait cet idée que l’est d’Alep représentait une sorte de laboratoire urbain de gouvernance pour l’opposition à Bachar al-Assad", observe-t-il. "Or, la reprise d’Alep marque l’échec d’une éventuelle alternative politique au régime", poursuit le chercheur.

Toujours plusieurs fiefs rebelles

Mais même si la reprise d'Alep par Damas marque un tournant indéniable, cela ne signifie pas pour autant que le conflit est terminé. "Stalingrad, c’était en mars 1943. Il a fallu attendre 1945 pour que la guerre prenne fin", note Fabrice Balanche. Et pour cause, une zone importante échappe toujours au contrôle du régime : la province d’Idleb, fief de Fatah al-Cham, ex-Front al-Nosra, et autres groupes jihadistes. Selon le chercheur, "la reprise d’Idleb va vraisemblablement être le prochain objectif de l’armée syrienne". "Une autre bataille d’ampleur et qui sera longue, car la zone est très peuplée, et on y compte 50 000 à 60 000 rebelles", explique-t-il. Sans compter que de nombreux civils, soutiens ou familles de rebelles – sunnites pour la grande majorité – y ont trouvé refuge, fuyant des zones bombardées ou ayant fait l'objet d'un accord de reddition avec le régime, comme le quartier Waer de Homs.

Dans le reste du pays, des poches de résistance rebelles demeurent également, en particulier dans les villes de Douma et Harasta, dans la Ghouta, bastion de la rébellion, en périphérie de la capitale Damas. Selon Fabrice Balanche, le sort d’Alep peut avoir un effet boule de neige. "Les redditions vont se multiplier autour de Damas, Douma ne veut pas connaître le même sort qu'Alep-Est", estime-t-il.

>> À lire sur France 24 : Pris entre les rebelles et le régime, "les civils d'Alep ne savent pas à qui se fier"

L’EI s’empare à nouveau de Palmyre

De nombreux Syriens, las de la guerre ou soutiens du régime, se sont félicités de la reprise d'Alep qu’ils considèrent comme une avancée, préfigurant pour eux la fin du conflit et un retour vers plus de stabilité. Pourtant, au même moment, Palmyre retombait entre les mains de l’organisation État islamique (EI). Un revers d’autant plus cuisant que ce joyau archéologique avait été repris aux jihadistes par l’armée syrienne appuyée par l'allié russe avec force célébrations.

La concomitance de la reprise d'Alep par le régime et de la nouvelle chute de Palmyre aux mains de l'EI rappelle cyniquement à quel point le conflit syrien est complexe et multiforme, et que sa résolution est loin de se réduire à la reprise d’une ville aussi grande, importante et aussi disputée soit-elle. Pour David Rigoulet-Roze, "il n’est pas surprenant que le régime ait perdu Palmyre au moment où tous les efforts étaient concentrés à Alep : le régime syrien ne peut pas être sur tous les fronts".

Vers une situation à l’irakienne ?

À terme, avec la reprise des zones rebelles, les combats et offensives devraient être moins violents. Les deux chercheurs s'accordent à dire que le conflit en Syrie pourrait, dans une certaine mesure, suivre la même évolution que la guerre en Irak, officiellement terminée : si un calme relatif y règne de nouveau, l’Irak n’en est pas moins régulièrement secoué par de sanglants attentats.

Mais "la Syrie telle qu’elle était avant 2011 n’existera plus", prévient David Rigoulet-Roze évoquant les transformations démographiques et communautaires, provoquées par la guerre. Selon lui, "en ce moment se joue une sorte de partage de zones d’influence en Syrie". Un point de vue que partage Fabrice Balanche : "On voit se dessiner un protectorat russo-iranien sur la Syrie, mais aussi une zone d’influence turque dans le nord, qu’Ankara a toujours souhaitée, et où les sunnites proches des rebelles pourraient trouver refuge. Les Kurdes jouiraient d’une autonomie de facto".

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