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Le casse-tête de l'évacuation du dernier bastion rebelle d'Alep-Est

Des civils, encadrés par l'armée, fuient Alep-Est, le 8 décembre 2016.
Des civils, encadrés par l'armée, fuient Alep-Est, le 8 décembre 2016. Youssef KARWASHAN, AFP

L'évacuation finale d'Alep-Est est toujours interrompue et a laissé place à un imbroglio diplomatico-militaire. Tandis que que des milliers de civils patientent dans le froid, Moscou, Damas et Téhéran négocient la suite des opérations.

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Des milliers de personnes attendaient samedi 17 décembre la reprise des évacuations du dernier bastion rebelle d’Alep-Est. Il resterait environ 40 000 civils dans le réduit que tiennent encore les insurgés à Alep et entre 1 500 et 5 000 combattants avec leurs familles, selon l'émissaire de l'ONU pour la Syrie Staffan de Mistura.

Selon l'AFP, un responsable rebelle a assuré qu'un accord entre Damas et la rébellion avait été trouvé, mais aucune confirmation n'a été donnée par le régime. Les évacuations parrainées par la Russie et la Turquie avaient été suspendues vendredi, après le départ de quelque 8 500 personnes. Lancées jeudi, elles devaient pourtant durer plusieurs jours et, une fois terminées, permettre au régime de proclamer la reprise totale de la ville, enregistrant ainsi sa plus importante victoire dans la guerre sanglante qui dure depuis 2011.

>> À lire sur France 24 : "Édito - 'Alep : la défaite de la pensée occidentale, la mort de l'information'"

Dans le quartier d'Al-Amiriyah, encore tenu en partie par les insurgés, des milliers de personnes, dont des enfants, ont passé la nuit dans les ruines des immeubles par des températures avoisinant les - 6 °C. Privés d'eau potable et de nourriture, les habitants subsistent en mangeant des dattes.

Le rôle de l’Iran

Selon le directeur de l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH), Rami Abdel Rahmane, la suspension de l’évacuation vendredi a été décidée après l’intervention de Téhéran, qui épaule souvent l’armée régulière syrienne sur le terrain. L’Iran exige que les blessés des villages chiites pro-régime de Foua et Kefraya, aux mains des rebelles anti-Assad, dans la province voisine d'Idleb (nord-ouest), soient évacuées aussi.

"Les évacuations devraient reprendre à Alep, en synchronisation avec le départ de Foua et de Kafraya de quelque 4 000 personnes : des blessés et leurs familles, ainsi que des civils et des orphelins", a souligné Abdel Rahmane.

>> À lire sur France 24 : "Syrie : pourquoi la guerre ne prend pas fin à Alep"

Les rebelles, de leur côté, cherchent également à tirer profit de ce deal. Ils réclament à leur tour l'évacuation de localités sunnites de Zabadani et de Madaya, assiégées par le régime dans la province de Damas contre celle de Foua et Kafraya. Des évacuations devraient donc y avoir lieu, selon Abdel Rahmane.

Selon la Russie, les rebelles d'Alep seront transportés en direction de la ville d'Idleb, située à une soixantaine de kilomètres au sud-ouest d'Alep, où le front Fatah al Cham (ex-Front al Nosra) est notamment très implanté.

Qui sont les derniers rebelles à Alep-Est ?

Mais qui sont ces derniers rebelles à Alep-Est qui négocient leur "sécurité" avec le régime ? Selon Damas, il s’agit des jihadistes de l’ex-Front al Nosra, la branche syrienne d’al-Qaïda, aujourd’hui rebaptisé Fatah al Cham. "C’est un peu plus compliqué que ça", explique Marine Pradel, la correspondante de France 24 au Liban.

>> À voir sur France 24 : "Infographie : qui combat qui en Syrie ?"

"Le Front al Nosra s’est implanté tardivement dans Alep-Est", précise la journaliste. Pendant longtemps, les quartiers à l’est de la ville était tenue par des rébellions proches de l’armée syrienne libre (ASL), dont le projet politique est aux antipodes de celui des jihadistes. "Mais vu la violence du siège [par les soldats du régime]", il y a eu des synergies entre les différentes factions anti-Assad. Des alliances de circonstance, en d’autres termes. "Surtout que l’ASL n’a toujours eu que peu de soutiens financiers et militaires alors que le Front al-Nosra est bien financé, bien armé grâce à ses soutiens dans le Golfe [Qatar et Arabie saoudite]", ajoute Marine Pradel. Il serait vain de pouvoir distinguer les "modérés" des autres, "il serait illusoire de vouloir trier le bon grain de l’ivraie".

>> À voir dans la Revue de presse française : "Ci-gît Alep"

Si le régime tient le Front al-Nosra dans son viseur, c'est parce que le groupe a une assise dans la population. "Ses membres sont connus pour leurs succès militaires. Mais ils sont aussi réputés pour leur stratégie d’implantation dans les communauté locales", précise Marine Pradel. Contrairement aux jihadistes du groupe État islamique, composés de beaucoup d’étrangers, qui se comportent en "colons du jihad", le Front al-Nosra "a fait son nid" au sein de la rébellion et de la population.

Reste a savoir ce que le régime fera une fois l'évacuation des combattants vers Idleb achevée. La province est déjà la cible de frappes aériennes. On ignore si les forces syriennes lanceront un assaut terrestre ou si elles se contenteront de contenir les rebelles dans cette zone.

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