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Attentat d'Istanbul : "La responsabilité du président Erdogan est engagée"

Le président Erdogan a affirmé que l'attentat du Reina visait à "détruire le moral du pays et semer le chaos".
Le président Erdogan a affirmé que l'attentat du Reina visait à "détruire le moral du pays et semer le chaos". Ozan Kose, AFP

L’EI a revendiqué, lundi, l’attentat perpétré dans une boîte de nuit huppée d'Istanbul, en le liant directement à la politique étrangère du président Erdogan. Ce dernier a récemment effectué un revirement à 180 degrés sur la crise syrienne.

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"Le gouvernement apostat turc doit savoir que le sang des musulmans versé sous le feu des avions et de l'artillerie allumera le feu sur ses propres terres." L’organisation État islamique (EI) a revendiqué, lundi 2 janvier, l’attaque meurtrière commise contre la discothèque stambouliote Reina, en la liant directement à la crise en Syrie et aux opérations militaires turques menées depuis quatre mois dans le nord du pays

L’attentat du Nouvel An est intervenu, alors que l'armée turque est engluée depuis plusieurs semaines dans des combats visant à déloger l’EI de la ville d'al-Bab, un bastion jihadiste situé dans la province d'Alep, où elle a essuyé la semaine dernière de lourdes pertes.

Une cible prioritaire des jihadistes de l'EI

Dans son communiqué, l'EI qualifie également le pouvoir turc de "protecteur de la croix" en référence, dans le jargon jihadiste, à la coalition internationale antijihadiste menée par Washington à laquelle appartient Ankara. L’organisation terroriste entend aussi dénoncer la récente alliance de la Turquie avec la Russie, opérée dans le cadre d’un revirement diplomatico-militaire spectaculaire, modèle de realpolitik, récemment opéré par le président Recep Tayyip Erdogan sur la question syrienne. 

Après avoir longtemps été le principal soutien des rebelles syriens dans la région et affiché son intransigeance contre le président Bachar al-Assad, Ankara s’est sensiblement rapproché de Moscou et Téhéran, les deux puissants alliés de Damas. Ensemble, ils ont conclu un accord de cessez-le-feu, actant la reprise d’Alep par le régime de Bachar al-Assad, aux dépens des rebelles soutenus il y a encore peu par… les Turcs.

La Turquie qui se vantait d’être le pays le plus stable du Moyen-Orient, et qui se voulait le protecteur des sunnites arabes, se retrouve désormais sur une pente glissante, alors qu’un violent conflit interne l’oppose déjà aux indépendantistes kurdes, elle semble être devenue une cible prioritaire du terrorisme jihadiste.

Les explications de Jana Jabbour, docteure associée au CERI, enseignante à Sciences Po Paris et à l'Université Saint-Joseph de Beyrouth.

"Erdogan paie l’aspect erratique de sa politique étrangère"

"La Turquie du président Erdogan paie aujourd’hui l’aspect erratique de sa politique étrangère et, surtout, son rapprochement stratégique avec la Russie, et donc indirectement avec l’Iran, explique David Rigoulet-Roze, chercheur spécialiste du Moyen-Orient, interrogé par France 24. On peut penser qu’il y a certains acteurs de la crise syrienne qui entendent montrer leur désaccord de manière sanglante".

Le retour de bâton est rude pour le pouvoir turc, qui a longtemps été critiqué, jusqu’au milieu de l’année 2015, pour son laxisme à l’égard des milliers de combattants étrangers qui transitaient par son territoire pour rejoindre le champ de bataille syrien et qui s’en servaient comme base arrière.

"Le président Erdogan semble avoir été piégé par son propre jeu. La Turquie a été un temps décrite comme l’autoroute du jihad, ce n’est plus le cas aujourd’hui, mais les liens qui avaient pu être noués par le passé peuvent se retourner contre elle. C’est, semble-t-il, ce qu’il se passe aujourd’hui".

Après avoir indirectement contribué à l’essor de l’EI, afin de nuire au régime de Damas, mais surtout d’empêcher à tout prix la constitution d’un territoire autonome kurde dans le nord de la Syrie, l’obsession d’Ankara, la Turquie se retrouve être lla cible d'actions meurtrières commises sur son sol et revendiquées par ces mêmes groupes.

"La responsabilité du président Erdogan est engagée, car c’est son pouvoir qui avait permis à des milliers de combattants se rendant en Syrie et en Irak de jouir d’une liberté de circulation totale dans le pays et ses aéroports", explique Jaouad Gük, écrivain et analyste politique turc interrogé par France 24. Et de conclure : "Certains citoyens turcs que les autorités n’ont pas empêchés de rejoindre les rangs de l’EI, en laissant la frontière grande ouverte, sont en train de revenir au pays, sur lequel ils font désormais peser une menace considérable".

 

 

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