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La tuerie mafieuse de Manaus illustre la faillite du système pénitentiaire au Brésil

La police militaire de l'État d'Amazonie au Brésil à la recherche de dizaines de prisonniers en fuite après le massacre intervenu dans le complexe pénitentiaire Anisio Jobim de Manaus le 2 janvier 2017.
La police militaire de l'État d'Amazonie au Brésil à la recherche de dizaines de prisonniers en fuite après le massacre intervenu dans le complexe pénitentiaire Anisio Jobim de Manaus le 2 janvier 2017. Marcio Silva, AFP

Après le massacre de 56 prisonniers liés au gang mafieux du PCC à Manaus, 184 détenus courent toujours. Les autorités ont engagé une chasse à l'homme après cette mutinerie qui met en lumière la faillite du système carcéral et judiciaire au Brésil.

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Le massacre d'une extrême violence de 56 détenus dans un centre pénitencier de Manaus en Amazonie suscite, au Brésil, de nombreuses interrogations sur l'intégrité et l'éfficacité de plusieurs institutions.

Officiellement 184 détenus se sont enfuis lundi 2 janvier après la mutinerie mais certains journaux brésiliens parlent de plus 300 prisonniers en cavale. En dépit du dispositif de recherche mise en place par la police militaire de l'État d'Amazonie et du blocage des principales voies d'accès aux prisons, seuls une quarantaine ont été appréhendés.

Sur les réseaux sociaux, plusieurs fugitifs narguent les autorités en publiant des photos de leur cavale.

Le selfie de Brayan Bremer et de ses compagnons de cavale : 10 000 like sur Facebook

Devant les portes du centre pénitentiaire Anísio Jobim (Compaj) à Manaus, les familles de détenus attendent toujours de connaitre l'identité des prisonniers massacrés dans la nuit de dimanche à lundi, pendant la mutinerie qui a duré 17 heures.

Une attente insoutenable pour certaines femmes qui se masquent le visage devant les caméras et les photographes par peur d'être prises à leur tour pour cible par les auteurs de la tuerie.

La lenteur de l'identification des victimes comme la peur des familles découle de l'ultra violence du carnage. Les médecins légistes ont fait savoir qu'il n'avait jamais rien vu de tel.

80 % des corps retrouvés ont été décapités. Certains ont été éviscérés, d'autres carbonisés. Pour identifier les prisonniers massacrés, l'Institut médico légal de la ville a recours à des groupes Whatsapp pour montrer des photos de tatouages aux proches...

Un réglement de compte sanguinaire entre le PCC et "La famille du Nord"

Le ministère de la Justice a informé mardi que les responsables du massacre étaient en cours d'identification et devraient être transférés dans des prisons fédérales à la sécurité renforcée. Cent trente détenus ont été déjà été déplacés dans une prison publique rouverte pour l'occasion, a précisé le gouvernement de l'État d'Amazonie.

Des résultats bien maigres quand l'on sait que le massacre du Compaj est le plus sanglant de ces 25 dernières années.

D'après les premiers éléments de l'enquête, la tuerie est considérée comme une "vengeance" du groupe local FDN (Familia do Norte), contre le PCC (Primeiro Comando da Capital), une hydre mafieuse née dans les prisons Sao Paulo.

Les 56 victimes étaient visiblement liées à cette organisation qui était parvenue à terroriser la capitale économique du continent latino-américain pendant plusieurs semaines en 2006.

Selon la police brésilienne, le FDN a lui commencé à se structurer en 2007, en réponse aux velléités d'expansion du PCC pour occuper le terrain dans cette région stratégique, à la frontière de la Colombie, du Pérou et de la Bolivie, pour contrôler la route de la cocaïne.

En octobre, d'autres mutineries avaient déjà fait 33 morts dans deux prisons de la région amazonienne, dans les États du Rondonia, frontalier avec la Bolivie, et du Roraima, limitrophe avec le Venezuela, suite à des affrontements entre membres du PCC et du Comando Vermelho (CV), la principale faction criminelle de la ville de Rio de Janeiro.

L'état calamiteux du système pénitentiaire

Avec 622 000 détenus recensés par le ministère de la Justice fin 2014, le Brésil compte la quatrième population carcérale au monde, derrière les États-Unis, la Chine et la Russie.

Au niveau national, le taux d'occupation est de 167 %, soit 1,67 détenu par place disponible, un chiffre qui s'élève à 2,59 en Amazonie, qui comptait 8 868 détenus en 2014.

Pour faire face à ce problème, le ministre de la Justice Alexandre de Moraes a rappelé mardi que le gouvernement fédéral avait transféré des fonds publics aux États pour créer 20 000 places supplémentaires pour "séparer les leaders, plus dangereux, des détenus moins dangereux".

Le ministre a aussi annoncé des investissements pour installer dans les prisons une technologie capable d'empêcher l'entrée de téléphones mobiles.

Des annonces bien dérisoires quand l'on sait que les autorités fédérales aussi bien que régionales avaient été alertées par les services de renseignement de l'imminence d'une tentative de mutinerie dans ce complexe pénitentiaire à l'approche des fêtes de fin d'année.

En ce début d'été austral, les services de police de Rio de Janeiro et de Sao Paulo mettent également en garde contre de possibles actes de représailles entre gangs dans les périphéries et les prisons du pays.

Avec AFP

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